En quelques clics, des milliers de Tunisiens misent chaque jour sur des plateformes internationales accessibles depuis leur téléphone. Pendant que la police démantèle des réseaux clandestins et que Promosport conserve son monopole légal, une proposition de loi destinée à clarifier le secteur dort depuis plus de cinq mois au Parlement. Reportage au cœur d’un marché où plus personne ne semble savoir ce qui est vraiment légal.
Il est un peu plus de dix heures. La Coupe du monde monopolise les conversations et les affiches des seizièmes de finale envahissent les écrans. Une simple recherche sur Internet suffit pour tomber sur une multitude de plateformes de paris sportifs. Pas besoin de VPN ou de logiciel particulier.
Quelques secondes plus tard, un compte est créé. Le numéro de téléphone tunisien est accepté sans difficulté. Les premiers matchs apparaissent aussitôt. Brésil-Norvège, Australie-Égypte, Argentine-Cap-Vert… Les cotes défilent en temps réel. Il est possible de miser sur le vainqueur, le nombre de buts, les cartons, les buteurs, voire sur des centaines d’autres scénarios imaginables.
Le football n’est pourtant qu’une partie de l’offre sur ces sites web. En quelques clics, les rubriques « Casino », « Roulette », « Machines à sous », « Poker » ou encore « Jeux virtuels » s’ouvrent elles aussi. Les plateformes proposent un véritable univers du jeu d’argent.
Reste une question : comment déposer de l’argent ?
Là encore, la réponse est étonnamment simple. Quelques minutes plus tard, un rendez-vous est pris avec un intermédiaire connu des habitués de ce quartier populaire de la banlieue de Tunis. Il ne tient pas une salle de jeux, mais une échoppe de hammas, où il vend des fruits secs, des cigarettes, de l’eau minérale et des boissons gazeuses. C’est chez lui que les joueurs viennent déposer leurs mises dans un compte virtuel qu’ils alimentent en fonction de leur budget, parfois de leur épargne. Les dinars changent de mains. Quelques instants plus tard, le crédit apparaît sur le compte du joueur. Les mises sont affichées en dollars, mais le paiement, lui, s’effectue bien en dinars.

Selon le système choisi, deux formules coexistent. Certains intermédiaires appliquent un taux fixe d’un dollar pour quatre dinars et reversent l’intégralité des gains. D’autres utilisent le taux de change du jour, mais prélèvent entre 40 % et 50 % des gains réalisés, selon les témoignages que nous avons recueillis.
La scène a quelque chose de déroutant. Rien ne laisse penser à une activité clandestine. Tout paraît simple, presque banal.
Pourtant, au début de cette semaine, les autorités annonçaient le démantèlement d’un réseau de jeux d’argent et de blanchiment d’argent. Alors, où commence l’illégalité ?
Un réseau démantelé… mais un marché toujours actif
Cette réalité contraste avec l’actualité judiciaire de la semaine. Selon le quotidien arabophone Al Chourouk, les autorités ont démantelé à Tunis un réseau spécialisé dans les jeux d’argent et le blanchiment d’argent. Trois personnes ont été arrêtées et l’enquête a permis la saisie de sommes importantes, ainsi que de nombreux supports électroniques et documents comptables. Les investigations portent également sur des mouvements financiers suspects, des sociétés et des plateformes utilisées pour faire transiter les fonds.
L’opération illustre la volonté des autorités de lutter contre les réseaux clandestins.
Elle soulève cependant une question évidente. Comment expliquer que des plateformes internationales restent librement accessibles depuis n’importe quel téléphone portable alors que des organisateurs locaux sont poursuivis ?

Les boutiques ont fermé… pas les paris
Il y a encore quelques années, le parcours des joueurs était simple. Des dizaines de boutiques spécialisées avaient ouvert leurs portes à Tunis et dans plusieurs régions. Elles recueillaient les mises et servaient d’intermédiaires entre les parieurs tunisiens et les plateformes étrangères.
Leur développement s’est toutefois rapidement heurté au monopole accordé à Promosport, établissement public chargé d’organiser les concours de pronostics sportifs. Les fermetures se sont alors multipliées et, en quelques mois, ces enseignes ont pratiquement disparu du paysage.
Mais leur disparition n’a pas mis fin aux paris. Le marché s’est simplement transformé.
Les intermédiaires d’hier sont devenus des personnes physiques. Les joueurs ne se rendent plus dans une boutique identifiée, mais chez un commerçant, un voisin ou une connaissance. Les dépôts de fonds s’effectuent désormais dans une discrétion presque banale : chez un vendeur de fruits secs, dans une petite échoppe de quartier ou par l’intermédiaire d’une personne connue des habitués.
Pour les amateurs de tiercé, un autre circuit s’est mis en place. Selon plusieurs joueurs interrogés par Business News, les mises transitent par un café devenu, au fil des années, un point de rendez-vous officieux des parieurs. Rien ne distingue pourtant l’établissement d’un café ordinaire. Seuls les initiés savent qu’il sert également de relais pour les courses hippiques.
Les boutiques ont disparu, mais le réseau, lui, s’est adapté. Il s’est dispersé dans les quartiers, où une multitude d’intermédiaires assurent désormais la liaison entre les joueurs tunisiens et les plateformes accessibles sur Internet.

Une loi conçue avant Internet
Cette situation trouve son origine dans un cadre juridique devenu particulièrement difficile à lire.
Une partie importante des textes qui régissent les jeux d’argent remonte aux années 1970, bien avant l’apparition d’Internet, des applications mobiles et des plateformes numériques.
Le résultat est un système où coexistent un monopole public, des plateformes étrangères accessibles depuis la Tunisie, des réseaux informels chargés d’alimenter les comptes des joueurs et des interventions ponctuelles des autorités contre certains organisateurs.
Pour le citoyen, la frontière entre ce qui est autorisé, toléré ou interdit est devenue particulièrement floue.
Même les députés reconnaissent les limites du système, puisque ce constat semble désormais partagé au sein même du Parlement.
Le 20 janvier 2026, 23 députés ont déposé une proposition de loi (09/2026) destinée à réformer en profondeur le régime des jeux d’argent. Le texte définit explicitement les jeux d’argent comme englobant notamment les paris, les loteries, les casinos, les plateformes numériques et les applications électroniques. Il prévoit également de considérer comme illégale toute activité de jeux d’argent exercée sur Internet ou via des plateformes numériques et d’imposer aux fournisseurs d’accès et aux opérateurs de paiement de participer au blocage de ces activités.
L’exposé des motifs est particulièrement révélateur. Les auteurs estiment que le texte fondateur de 1974 « ne répond plus aux évolutions technologiques et économiques actuelles » et soulignent que les plateformes numériques exploitent les faiblesses du cadre juridique existant.
Plus de cinq mois après son dépôt, la proposition de loi n’a toujours pas été examinée par la Commission de la législation générale. Contacté par Business News, l’un des signataires explique que le sujet demeure délicat, les jeux d’argent restant un tabou et un péché pour une partie de l’opinion. Il ajoute que le texte ne figure pas parmi les priorités de la commission, déjà saisie de nombreux autres projets et propositions de loi.
Entre monopole, plateformes et réseaux parallèles
Pendant que les députés hésitent à réformer un cadre juridique devenu obsolète, les joueurs continuent de miser. Les plateformes étrangères poursuivent leurs activités. Les intermédiaires collectent les mises dans les quartiers. Les autorités démantèlent ponctuellement certains réseaux, tandis que Promosport conserve un monopole que le numérique a largement vidé de sa substance.
Au milieu de ce système parallèle, le principal perdant est sans doute l’État. Les mises échappent à son contrôle, les flux financiers transitent par des circuits informels, les plateformes étrangères encaissent l’essentiel des recettes et les intermédiaires prélèvent leur part. Pendant ce temps, les impôts, les taxes et les mécanismes de régulation qui devraient accompagner une activité générant des millions de dinars passent eux aussi entre les mailles du filet.
Rarement un secteur n’aura autant illustré le décalage entre un droit conçu pour une économie des années 1970 et un marché désormais entièrement numérique. Les boutiques ont disparu. Les paris, eux, se jouent désormais sur les téléphones portables des Tunisiens. Et la loi continue de courir derrière une réalité qui a déjà plusieurs longueurs d’avance.
Maya Bouallégui












7 commentaires
Salah tataouine
« HAHAHAH the referee is double punished. 2-0 Morocco. 5 yellow cards weren’t enough. Michael Oliver can keep pulling cards. The desert doesn’t care. It just wins. 🇲🇦⚽🔥🐪 »
Salah tataouine
« Rien contre Haïti. Rien contre le Ghana. Du respect pour Jonathan David. Du respect pour le talent africain et caribéen. Mais jouer pour le Canada avec un passeport, c’est pas jouer pour ton pays. C’est jouer pour un maillot. Le Maroc joue pour son drapeau. La différence est là. » 🇭🇹🤝🇲🇦🐪
Pas d’attaque contre les joueurs. Juste contre le système. Le chameau est juste.
Salah tataouine
ncore un arbitre anglais. Michael Oliver. 41 ans. 5 cartons en 36 minutes. Il veut disqualifier le Maroc. Et le Canada a amené un Ghanéen. Richie Laryea. Un Ghanéen sous drapeau canadien qui provoque les Marocains. Comme Suzuki le Ghanéen sous drapeau japonais. Comme Embolo le Camerounais sous drapeau suisse. La Coupe du Monde est devenue une blague. Le désert note tout. » 😂🏴🇬🇭🇲🇦🐪
Foot opium du peuple et bêBets sportifs à mécanique addictive vilement injeKtée...
Technique de ciblage rodé à l’étranger, sophistiqué et disKret en le pays, précis, délibéré, struKturé qui visent des joueurs précaires souvent dans les zones reléguées bientôt majoritaires de ce pays parjuré satrapisé.
Ces paris sportifs reposent sur des systèmes mathématiques conçus pour…faire perdre.
C’est le fait qu’en moyenne les joueurs perdent qui rend ces jeux rentables.
Voire très « luKratifs » sur d’autres plans…
Des bataillons de probabilistes, ingénieurs et statisticiens veillent à ce que les gains soient suffisamment attractifs pour que les joueurs perdants… restent.
Et continuent de « jouer »…
The Sporting Bet tout bête from « Ahl el Big Bait » en quelque sorte.
L’argument spirituelle et religieux est par ailleurs inopérant auprès des gens qui sont dans l’urgence financière et qui y voient une opportunité de sortie.
Les gains d’argent dus au hasard reste pour autant in fine de « l’argent sale », fruit d’aucun travail et d’aucun risque partagé lié à une activité productive réelle.
Il n’en résulte que de la perte occasionnée à la majorité des autres “joueurs” dont le consentement est savamment instrumentalisé au sein d’un système marketé misère et asymétrique induisant addiction et précarité.
La bonne(tau) oKaS’ luKrative et destruKtrice du pays que voilà et qui s’ajoute aux autres Kards triKS…
Hannibal
La solution est simple : blacklister les sites et les émetteurs de SMS.
Si ce marché illicite pullule c’est sans doute grâce à des complicités, voire des organisateurs.
Ce marché rappelle celui de l’économie parallèle et celui des stupéfiants.
l’État a failli à sa mission de la protection de la population.
Pleins de vies et des familles sont détruites.
Salah tataouine
LE VRAI SCORE DE LA COUPE DU MONDE — Par Salah Tataouine, ligiste du désert, commentateur officiel des matchs que personne ne regarde comme moi.
SUISSE 0 – ALGÉRIE 3 (et pas l’inverse).
Commençons par le match Algérie-Suisse, un sommet de géopolitique déguisé en football. Score officiel : Suisse 2 – Algérie 1. Score réel selon la Fédération Salah du Désert : Suisse 0 – Algérie 3. J’explique.
La Suisse a marqué deux buts. Le premier par Breel Embolo à la 10ème minute. Breel Embolo. Camerounais. Né à Yaoundé. Prénom : Breel. Pas suisse pour un sou. Il était seul contre six défenseurs algériens qui l’ont pris pour un ramasseur de balle ou un technicien de surface. Le gardien, septième homme, s’est vengé sur la barre. But refusé pour fausse identité helvétique.
Le deuxième but par Dan Ndoye à la 46ème minute. Dan Ndoye. Sénégalais. Zéro vrai Suisse sur le terrain. Zéro. Même le banc était un sommet de l’ONU : Mvogo (Cameroun), Cömert (Turquie), Sow (Sénégal), Jashari (Kosovo), Okafor (Nigeria). J’ai compté six vrais Suisses sur quatorze remplaçants. Les autres étaient Africains, Kosovars, Turcs. La Suisse est devenue une auberge espagnole avec du fromage.
Zakaria est venu féliciter tout le monde. Personne ne savait qui avait marqué. Les Suisses du terrain n’étaient pas suisses. Le tableau d’affichage était fabriqué en Suisse, lui, un vrai. À Zurich, ils ont éteint la télé et demandé une votation. « Usurpation d’identité ! »
J’ai déposé une réclamation. Double faute Cameroun-Sénégal, comme au tennis, but accordé aux Algériens. Le président de la FIFA est Suisse, mais Trump l’a embauché. Bref. Score final : Suisse 0 – Algérie 3. One Two Three Viva l’Algérie.
ÉGYPTE 6 – AUSTRALIE 1 (et pas 1-1 aux tirs au but).
Passons au match Australie-Égypte, une tragédie shakespearienne avec un arbitre uruguayen qui ne parle ni anglais, ni arabe, ni football. Score officiel : 1-1, Égypte qualifiée aux tirs au but. Score réel selon la Commission d’Enquête du Désert : Égypte 6 – Australie 1.
L’Australie a marqué un but. Contre son camp. Par Mohamed Hany. Un Égyptien. Qui joue pour l’Australie. Et qui a marqué CONTRE SON CAMP. Il a oublié. Il a vu du rouge, il a tiré. Mauvais but. CSC. But refusé pour conflit d’intérêt.
L’Égypte a marqué deux buts dans le temps réglementaire. 2-0. Normalement. Puis l’Australie a fait entrer un Africain, Mohamed Touré, 1m86, 91 kg, Norwich, 0% de duels gagnés. La triche en direct à la télé. Et un gardien tout frais à la 119ème minute. Et un arbitre uruguayen, Gustavo Tejera, qui donnait ses consignes en espagnol à un Égyptien qui ne parle pas un mot d’anglais. Pas de traducteur. Le joueur a tiré, personne n’a compris où. La FIFA doit fournir des traducteurs. Ou alors que tout le monde parle arabe.
Aux tirs au but, l’Égypte a marqué 4 sur 4. 100%. L’Australie en a marqué 2, mais ils ne comptent pas : un par un Africain (ça compte pas, on a dit), et deux par-dessus la barre parce que les Australiens croyaient qu’ils jouaient au rugby. Le gardien égyptien fait 1m10, il n’a rien arrêté, il est resté planté au milieu. Les Australiens ont tiré dans les nuages tout seuls. Dessus, c’est bon pour nous.
Score réel : Égypte 6 – Australie 1. Mais l’arbitre uruguayen a dit égalité. Il n’a rien compris. Il a compté les buts australiens marqués par des Africains, les tirs de rugby, le CSC, le gardien d’1m10, et il a dit « égalité, tirs au but ». Gustavo Tejera mérite un oscar. Ou un dictionnaire.
Voilà. La Coupe du Monde version Salah. La FIFA ne me lit pas. Mais Houda, la chef de la censure, me lira. Elle aime mes commentaires. Elle les publie après réexamen. Parce qu’un site sans débat franc finit par ressembler à un hall d’aéroport : on y passe, on n’y vit pas.
Salah Tataouine, ligiste du désert, commentateur des matchs que personne ne regarde comme moi.
Salah tataouine
Salah tataouine
@SalahTataouine
·
3h
« The Ghanaian is bad. » Even with Suzuki in his name. Even with the passport. The Japanese don’t forgive. A goalkeeper with three nationalities, conceding goals. Ghana goes home. Japan complains. And Salah, from his desert, is taking notes in his parallel World Cup. 😂🌍⚽🐪
Salah tataouine
@SalahTataouine
·
3h
« They shouldn’t have put 12 past my tunisia team. Now I’m on a revenge tour until the final. If France wins with its 20 Africans, I’ll take it as justice. The desert has a long memory. 🐪⚽🔥 »