L’Institut arabe des chefs d’entreprise (IACE) a appelé à accélérer l’adoption d’au moins trois textes législatifs jugés prioritaires dans le cadre des réformes économiques engagées en Tunisie. L’organisation recommande également la création d’une unité de pilotage relevant directement de la cheffe du gouvernement, chargée de superviser l’exécution des réformes selon un calendrier contraignant.
Dans une note publiée vendredi et intitulée « Cartographie des principaux codes économiques en attente de réforme en Tunisie », l’IACE estime que le retard pris dans l’adoption de ces textes pénalise déjà la croissance économique et l’investissement. Selon l’institut, l’année 2026 constitue une fenêtre d’opportunité qu’il serait particulièrement coûteux de laisser passer.
Trois réformes jugées prioritaires
Parmi les textes considérés comme les plus urgents figure tout d’abord le Code des changes. L’IACE souligne que ce cadre réglementaire, en vigueur depuis 1976, n’est plus adapté aux réalités de l’économie numérique ni à l’évolution des flux financiers internationaux.
L’institut plaide également pour l’adoption d’un nouveau cadre juridique consacré aux énergies renouvelables, estimant qu’il favoriserait les investissements dans le secteur tout en renforçant l’indépendance énergétique de la Tunisie.
Enfin, l’IACE insiste sur la nécessité de réformer le Code de l’investissement. À l’appui de son analyse, il relève que le taux d’investissement global est passé de 19,3 % du PIB en 2016 à 16 % en 2024. Les flux moyens d’investissements directs étrangers (IDE) ont, quant à eux, reculé de 25 %, s’établissant à 728 millions de dollars par an entre 2019 et 2023, contre 974 millions de dollars sur la période 2014-2018.
L’exécutif pointé du doigt
Selon l’IACE, les blocages ne proviennent pas principalement du Parlement, mais de l’exécutif. L’institut évoque notamment des arbitrages interministériels toujours inachevés, des résistances sectorielles, des réformes ayant modifié certains équilibres administratifs ainsi que des hésitations concernant la gouvernance de textes jugés sensibles.
L’organisation rappelle, dans ce contexte, que cinq codes prioritaires – ceux relatifs à l’investissement, à l’eau, à l’environnement et aux hydrocarbures – ont déjà été finalisés sur le plan technique et approuvés en Conseil des ministres, sans jamais être transmis à l’Assemblée des représentants du peuple. Elle estime qu’« une simple décision gouvernementale » suffirait à débloquer une large partie de ces réformes.
Une gouvernance à revoir
L’IACE met également en cause la dispersion des responsabilités. Selon lui, seize projets de réformes structurelles ont été lancés simultanément et répartis entre plusieurs commissions sectorielles, sans mécanisme de coordination ni calendrier commun.
L’institut déplore enfin l’absence d’une structure unique chargée de piloter les réformes législatives économiques. Une telle lacune empêche, selon lui, de définir une vision cohérente, de hiérarchiser les priorités législatives et d’assurer une coordination efficace de l’ensemble du programme de réformes.
M.B.Z










