À quelques semaines d’un congrès annoncé du Parti destourien libre (PDL), une lettre ouverte de l’ancien député Majdi Ben Khiareddine Boudhina vient jeter un pavé dans la mare. Adressée à Abir Moussi, actuellement détenue, la missive appelle la présidente du parti à renoncer à briguer un troisième mandat à la tête de la formation, au nom de la cohérence politique et du respect du principe de l’alternance.
Une prise de position qui, selon plusieurs échos internes, a été fraîchement accueillie par une partie des militants et cadres du PDL, où le soutien à la présidente demeure largement dominant.
Un appel à la cohérence politique
Dans son texte, Majdi Ben Khiareddine Boudhina affirme avoir appris que le PDL prépare son congrès dans les prochaines semaines et qu’Abir Moussi envisagerait de se présenter pour un troisième mandat.
Pour l’ancien député, cette éventualité pose une question de principe. Il estime qu’un parti qui critique une éventuelle candidature de Kaïs Saïed à un troisième mandat présidentiel ne peut, dans le même temps, s’affranchir des règles internes limitant les mandats à sa propre tête.
Il va jusqu’à établir un parallèle avec les expériences de Habib Bourguiba et de Zine El Abidine Ben Ali, appelant à tirer les leçons des longues présidences qui ont marqué l’histoire politique tunisienne.
Plaidoyer pour un renouvellement des dirigeants
L’ancien élu ne se contente pas de contester une nouvelle candidature d’Abir Moussi. Il plaide également pour une révision du règlement intérieur du parti afin de favoriser un véritable renouvellement générationnel.
Selon lui, le PDL, comme d’autres formations politiques, a laissé passer plusieurs occasions de convaincre une partie de l’électorat. Il appelle ainsi à faire émerger une nouvelle génération de responsables capables de porter le projet du parti.
Prenant les devants, il précise qu’il ne revendique aucun poste de responsabilité et affirme être prêt à quitter lui-même les instances du parti dans le cadre de ce renouvellement.
Un conseil stratégique à Abir Moussi
Au-delà de la question statutaire, la lettre prend également une dimension stratégique.
Majdi Ben Khiareddine Boudhina invite Abir Moussi à concentrer davantage le discours du PDL sur les préoccupations économiques et sociales des Tunisiens, estimant que les difficultés du pouvoir d’achat, de l’emploi et du quotidien doivent devenir le cœur de l’action politique du parti, plutôt que des débats qu’il qualifie de politiques ou élitaires.
Il conclut en lui demandant, si le congrès devait effectivement avoir lieu, de renoncer volontairement à un troisième mandat, estimant qu’elle conserverait ainsi son statut de « dirigeante » tout en démontrant sa capacité à préparer une nouvelle génération de leaders.
Une sortie qui divise en interne
Cette lettre intervient dans un contexte particulièrement sensible pour le PDL. La préparation du congrès se déroule alors que sa présidente demeure en détention, une situation qui complique naturellement le fonctionnement normal des instances du parti.
Si le texte se présente comme un appel à la réforme interne, il n’a manifestement pas fait l’unanimité. D’après plusieurs réactions observées parmi les sympathisants et responsables destouriens, une partie de la base considère cette initiative comme malvenue, voire comme une remise en cause de la direction à un moment où le parti continue de faire de la libération d’Abir Moussi sa priorité politique.
Cette séquence met néanmoins en lumière un débat rarement exprimé publiquement au sein du PDL, celui de la gouvernance interne et de la succession. Un sujet longtemps resté en arrière-plan, mais qui pourrait progressivement s’inviter dans les discussions à l’approche du congrès, tant les questions de leadership et de renouvellement des élites deviennent un enjeu pour l’ensemble de la classe politique tunisienne.

S.H










