Deux ans après l’arrestation de Lotfi Mraïhi, sa famille est sortie de son silence dans une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux. Entre témoignages poignants, accusations politiques et évocation des conditions dans lesquelles le président de l’Union populaire républicaine (UPR) a été arrêté, les proches du médecin et ancien candidat à la présidentielle dressent le portrait d’un homme qu’ils présentent comme un « prisonnier politique » et un « détenu de la liberté d’expression ».
La séquence, diffusée à l’occasion du deuxième anniversaire de son incarcération, alterne les interventions de sa mère, de son épouse, de ses enfants et de membres de son entourage.
« Deux ans sans voir ses enfants »
Le témoignage le plus émouvant est celui de sa mère, qui raconte l’absence devenue insupportable.
« Cela fait plus de deux ans que je ne l’ai pas vu. J’espère seulement pouvoir le serrer dans mes bras avant de fermer les yeux », confie-t-elle, la voix chargée d’émotion.
Son épouse évoque quant à elle les conséquences psychologiques de cette détention sur toute la famille.
« Je ne dors plus. Je pense constamment à lui », explique-t-elle, rappelant que son mari est médecin et affirmant qu’il n’a commis « ni vol, ni meurtre, ni enlèvement », mais qu’il s’est simplement engagé en politique « pour sortir le pays de la pauvreté ».
Un procès présenté comme une élimination politique
Les proches de Lotfi Mraïhi développent une lecture résolument politique de son incarcération.
Selon eux, l’objectif avait été de l’écarter de toute activité politique et surtout de toute éventuelle candidature électorale.
« Il fallait l’empêcher de participer aux élections parce qu’il représentait un véritable concurrent », affirme l’un de ses proches.
La famille estime que tous les opposants susceptibles de représenter une alternative seraient progressivement neutralisés « par les moyens de l’État », évoquant enquêtes judiciaires, poursuites et pressions.
Le récit d’une perquisition musclée
La vidéo revient également sur la perquisition menée au domicile familial au moment de l’arrestation.
Les proches décrivent une intervention nocturne particulièrement impressionnante, avec plusieurs agents investissant simultanément les différentes pièces de la maison.
Sa mère raconte avoir été profondément choquée par cette opération.
Elle affirme avoir perdu connaissance sous le choc et assure que son état de santé cardiaque s’est fortement dégradé depuis cette nuit.
La famille dénonce également la fouille systématique des documents personnels, des téléphones et des effets privés du foyer, estimant que les moyens employés étaient disproportionnés.
« Nous sommes fiers de lui »
Loin d’afficher un quelconque découragement, les membres de la famille affirment rester pleinement solidaires de Lotfi Mraïhi.
« Nous sommes fiers de lui parce qu’il a dit ce qu’il pensait. Il est puni pour avoir dit la vérité », affirme son entourage.
Ils assurent que cette épreuve n’a pas entamé leur conviction et qu’ils continueront à soutenir le dirigeant politique.
Le message de Lotfi Mraïhi depuis sa cellule
La vidéo se conclut par un extrait d’une déclaration attribuée à Lotfi Mraïhi.
Il y affirme ne nourrir « ni regret ni amertume » quant à son engagement politique, expliquant avoir choisi la vie publique après avoir accompli sa carrière professionnelle « pour servir le pays ».
Il réaffirme également son attachement à « la parole de vérité », estimant que ceux qui commettent des injustices « n’en récolteront que la honte », tout en appelant ses soutiens à poursuivre leur engagement avec détermination.
Une communication calibrée pour marquer les deux ans de détention
Diffusée à la date symbolique du deuxième anniversaire de son incarcération, cette vidéo constitue un nouvel épisode de la campagne de communication menée par les proches de Lotfi Mraïhi pour maintenir son dossier dans le débat public.
À travers une succession de témoignages personnels, la famille cherche à déplacer le regard du terrain judiciaire vers la dimension humaine et politique de l’affaire, en présentant l’ancien candidat à la présidentielle comme une victime de ses prises de position plutôt que comme un simple détenu. Le récit met ainsi en avant les répercussions familiales de son emprisonnement, tout en renouvelant les accusations d’instrumentalisation de la justice à des fins politiques, des accusations que les autorités tunisiennes contestent systématiquement.
S.H










