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Réserves en devises à 97 jours : pour Moez Soussi, le vrai problème est ailleurs

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Par Imen Nouira

    La baisse des avoirs nets en devises de la Tunisie à l’équivalent de 97 jours d’importation ne constitue pas, à elle seule, un signal d’alarme, estime l’économiste Moez Soussi. Pour le professeur à l’Université de Tunis, cette évolution reflète surtout des déséquilibres structurels persistants, alimentés par le déficit commercial, le poids de la facture énergétique et les importantes échéances de la dette extérieure.

    Les avoirs nets en devises de la Tunisie sont revenus à l’équivalent de 97 jours d’importation, soit 24,54 milliards de dinars, à la date du 3 juillet 2026. Invité, lundi 6 juillet 2026, de Wassim Ben Larbil dans l’émission Expresso sur Express FM, M. Soussi, a estimé que ce recul devait être interprété avec prudence. Selon lui, ce n’est pas tant le niveau des réserves qui doit retenir l’attention que les facteurs qui continuent d’exercer une pression sur leur évolution.

    Un indicateur à relativiser

    Pour Moez Soussi, le seuil des 90 jours d’importation, souvent retenu comme référence par les institutions financières internationales, ne permet pas à lui seul d’apprécier la solidité des réserves en devises d’un pays. Il rappelle que chaque économie présente des spécificités. En Tunisie, les réserves en devises sont principalement centralisées auprès de la Banque centrale, contrairement à d’autres pays où une partie importante des devises est détenue par les banques commerciales.

    L’universitaire estime ainsi que le passage de plus de cent jours d’importation à 97 jours ne constitue pas, à lui seul, un signal d’alerte. En revanche, il traduit une pression persistante sur les réserves, liée à l’évolution du commerce extérieur et aux besoins croissants en devises.

    Il illustre cette situation par un chiffre parlant : au rythme actuel des échanges, une seule journée d’importation représente environ 253 millions de dinars. Chaque hausse de la facture des importations, notamment des produits énergétiques, se répercute directement sur les besoins en devises et accélère l’érosion des réserves.

    Le déficit commercial et la facture énergétique en première ligne

    Pour l’économiste, la principale explication réside dans la dégradation des équilibres du commerce extérieur. Il rappelle que, durant les cinq premiers mois de 2026, les exportations ont progressé de 5%, tandis que les importations ont augmenté de 9,6%, soit presque deux fois plus vite.

    Cette évolution s’est traduite par une aggravation du déficit commercial de près de 2,05 milliards de dinars, tandis que le taux de couverture des importations par les exportations est passé de 76,2% à 73%. Selon Moez Soussi, cette détérioration représente, au rythme actuel des échanges, l’équivalent d’environ huit jours d’importation supplémentaires.

    Le déficit énergétique demeure, selon lui, le principal facteur de cette dégradation. Il rappelle qu’il s’est aggravé de 1,49 milliard de dinars à fin mai 2026 par rapport à la même période de l’année précédente et qu’il représente, à lui seul, près des trois quarts du déficit commercial, ce qui exerce une pression permanente sur les besoins du pays en devises.

    À ces déséquilibres structurels s’ajoutent des facteurs conjoncturels. L’économiste estime que les tensions géopolitiques autour de l’Iran et les risques pesant sur le détroit d’Ormuz pourraient renchérir davantage la facture énergétique de la Tunisie. Il rappelle que la Loi de finances 2026 a été bâtie sur une hypothèse de prix du pétrole de 63,3 dollars le baril, alors que le Brent évolue actuellement entre 72 et 73 dollars. Selon lui, chaque hausse d’un dollar du prix moyen du baril sur une année représente un surcoût d’environ 170 millions de dinars pour le budget de l’État, avec un impact direct sur la facture énergétique et les besoins en devises.

    Il attire également l’attention sur les importantes échéances de la dette extérieure. La Tunisie doit notamment rembourser, le 15 juillet 2026, une euro-obligation de 700 millions d’euros émise en 2019. Selon lui, cette échéance représente un décaissement d’environ 2,5 milliards de dinars, soit l’équivalent de près de dix jours d’importation, ce qui accentuera mécaniquement la pression sur les réserves en devises.

    Des solutions qui passent d’abord par les exportations

    Pour Moez Soussi, la réponse à la baisse des réserves en devises ne réside pas dans des mesures ponctuelles, mais dans un renforcement durable de la capacité de l’économie tunisienne à générer des devises.

    La priorité, selon lui, est de stimuler les exportations. L’économiste souligne toutefois que cet objectif ne se résume pas à accroître la production. Il appelle à améliorer l’ensemble de la chaîne exportatrice, depuis la production jusqu’à la commercialisation, en passant par le conditionnement, la logistique, le transport, les infrastructures portuaires, l’assurance et la prospection de nouveaux marchés.

    Il mise également sur la période estivale, durant laquelle les recettes touristiques et les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger (TRE) viennent traditionnellement renforcer les réserves en devises. Il souligne toutefois que le secteur touristique reste confronté à plusieurs défis, notamment la concurrence régionale, la politique tarifaire et les efforts de promotion de la destination Tunisie.

    L’universitaire insiste par ailleurs sur la nécessité d’accélérer la réalisation des projets financés par les bailleurs de fonds internationaux. Selon lui, une meilleure exécution de ces projets permettrait de décaisser plus rapidement les financements déjà mobilisés et, par conséquent, de renforcer les réserves en devises.

    Moez Soussi plaide également pour un environnement plus favorable à l’investissement. Il estime que les investissements directs étrangers permettent non seulement de renforcer les réserves en devises, mais aussi d’accroître les capacités de production et, à terme, de soutenir les exportations.

    Enfin, l’économiste considère que, dans le contexte actuel, la Tunisie ne peut se passer des financements extérieurs. « Les emprunts extérieurs sont un mal nécessaire », affirme-t-il. Il cite, à titre d’exemple, le récent financement de 500 millions de dollars accordé par Afreximbank, précisant qu’il servira notamment à soutenir le budget de l’État, à financer une partie des importations de produits énergétiques et à contribuer au respect des engagements financiers extérieurs du pays.

    En définitive, pour Moez Soussi, la baisse des avoirs nets en devises n’est pas le véritable problème, mais la conséquence de déséquilibres plus profonds qui continuent de fragiliser l’économie tunisienne. La réduction durable de ces tensions passe avant tout par un redressement du commerce extérieur, une maîtrise de la facture énergétique, une amélioration de la compétitivité des exportations et une capacité accrue à attirer les investissements et les financements en devises.

    I.N.

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    Commentaire

    1. le financier

      Répondre
      6 juillet 2026 | 19h35

      Prochaine etape comme l a anticipè Mr Ben yezza , sera la devaluation …
      https://www.webmanagercenter.com/2025/12/11/557498/21112025tunisie-2025-le-piege-des-deficits-jumeaux/

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