Les médecins, pharmaciens et médecins-dentistes hospitalo-universitaires observent, lundi 6 juillet 2026, un sit-in devant le Centre hospitalo-universitaire Fatouma Bourguiba de Monastir, et organisent une marche en direction du Tribunal de première instance de la ville. Une mobilisation qui dépasse, selon leurs représentants, le simple soutien à un confrère agressé et se veut un véritable cri d’alarme sur la situation de l’hôpital public tunisien.
Invité de Jawhara FM, Adnen Hanchi, secrétaire général du Syndicat général des médecins, pharmaciens et médecins-dentistes hospitalo-universitaires, a expliqué que cette action s’inscrivait dans un contexte marqué par une dégradation continue des conditions de travail, la multiplication des violences contre les professionnels de santé et l’absence de dialogue avec les autorités.
« Ce n’est pas seulement le problème des médecins », a insisté Adnen Hanchi notant que la crise dépasse largement des revendications sectorielles.
Selon lui, l’ensemble des professionnels de santé — médecins, pharmaciens, dentistes, personnels paramédicaux, techniciens et agents hospitaliers — vivent une profonde situation de tension alimentée par deux facteurs majeurs : la dégradation des conditions dans les établissements publics de santé et l’absence de politiques publiques capables d’apporter des solutions durables.
« Nous faisons face à une fermeture totale du dialogue social », a-t-il déploré, estimant que les difficultés du secteur ne sont plus traitées de manière structurelle.
Le mouvement de protestation fait suite, notons-le, à l’agression d’un médecin du service de chirurgie du CHU Fatouma Bourguiba.
Selon Adnen Hanchi, les faits se sont produits lundi dernier. Le praticien, qui assurait une garde, a été violemment agressé par un patient qu’il avait lui-même opéré.
Le responsable syndical a expliqué que ce patient s’était montré particulièrement agressif dès son admission, multipliant les insultes envers le personnel soignant avant d’exiger la prescription d’un médicament qui ne correspondait pas à son état de santé. Lorsque le médecin est intervenu pour tenter d’apaiser la situation, celui-ci a été victime d’une violente agression.
Blessé, le chirurgien a dû subir une intervention chirurgicale mercredi. Il bénéficie actuellement d’un arrêt de travail de 28 jours et une plainte a été déposée contre son agresseur.
Au-delà des blessures physiques, Adnen Hanchi a affirmé que son confrère traversait également une profonde détresse morale. Le médecin envisage sérieusement de démissionner de l’hôpital public, notamment si son agresseur venait à être remis en liberté après les procédures judiciaires.
Pour le secrétaire général, cette situation illustre un sentiment d’abandon grandissant chez les professionnels de santé. « Les médecins quittent aujourd’hui le pays pour préserver ce qu’il leur reste de dignité », a-t-il affirmé, estimant que les violences répétées constituent désormais l’un des principaux moteurs de l’émigration des compétences médicales, au même titre que les conditions de travail et les difficultés matérielles.
Interrogé sur le choix de manifester devant le tribunal, Adnen Hanchi a rejeté toute volonté d’influencer la justice. Selon lui, cette marche vise avant tout à adresser un message aux pouvoirs publics et à l’opinion : protéger les professionnels de santé.
Le mouvement est organisé avec le soutien de l’Organisation tunisienne des jeunes médecins, dont plusieurs membres ont eux aussi été victimes d’agressions dans différents établissements du pays.
« Il s’agit d’un cri d’alarme », a-t-il déclaré, estimant que « les richesses humaines de la Tunisie sont en danger ».
Concernant la situation de l’hôpital public tunisien, le responsable syndical a dressé un tableau particulièrement sombre. « L’hôpital public est au bord de l’effondrement », a-t-il avancé. rappelant que les créances impayées dues par la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) atteignent environ 2,2 milliards de dinars, voire près de 2,47 milliards de dinars en incluant d’autres montants non recouvrés.
À titre d’exemple, il a indiqué que le CHU Fatouma Bourguiba de Monastir cumulerait plus de 135 millions de dinars de créances, un niveau comparable à celui de l’hôpital Sahloul de Sousse.
Selon lui, ces difficultés financières empêchent parfois les hôpitaux d’acquérir les fournitures les plus élémentaires, certains fournisseurs refusant désormais de livrer des dispositifs médicaux ou des prothèses en raison des impayés.
Adnen Hanchi a également dénoncé l’inefficacité des dispositifs de sécurité. À Fatouma Bourguiba, un poste de police avait pourtant été aménagé à la suite d’agressions remontant à 2015. Toutefois, il a affirmé que cette structure ne fonctionnait pas en permanence faute d’effectifs suffisants.
Il a regretté également l’absence de procédures claires permettant aux professionnels agressés de bénéficier immédiatement d’une prise en charge administrative et judiciaire, soulignant qu’un médecin de garde est parfois contraint de quitter son service en pleine nuit pour déposer plainte.
Dans ce contexte, Adnen Hanchi a appelé à l’élaboration d’une stratégie nationale de lutte contre les violences en milieu hospitalier, comprenant notamment : la création d’un observatoire national chargé de recenser et d’analyser les agressions ; la mise en place de programmes de prévention dans les établissements de santé ; des initiatives législatives renforçant la protection des soignants ; et l’application effective des textes réglementaires déjà adoptés mais restés, selon lui, inappliqués.
Il a souligné qu’un décret relatif à la santé et à la sécurité au travail dans les établissements publics de santé, adopté en 2022 après plusieurs années de concertation, n’avait jamais été réellement mis en œuvre.
S’il estime indispensable de protéger les soignants, il considère également que l’amélioration de la qualité des services publics, la réduction des délais d’attente et le renforcement des moyens des établissements contribueraient à diminuer les tensions entre patients et personnels. Il a plaidé ainsi pour des réformes structurelles plutôt que pour des réactions ponctuelles après chaque incident.
Le secrétaire général a enfin indiqué que le mouvement de ce lundi pourrait être suivi d’autres actions. Un préavis de grève a déjà été déposé au niveau du CHU de Monastir et des discussions sont en cours avec les différentes structures syndicales afin d’envisager une mobilisation nationale, le syndicat considérant que les violences contre les soignants constituent désormais un problème touchant l’ensemble du pays.
N.J










