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Agressions contre le corps médical : 73% des jeunes médecins touchés, plus de 12% menacés avec une arme blanche

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Service IA, Business News

Par Nadya Jennene

    « 73% des jeunes médecins ont déjà subi une forme d’agression durant leur parcours professionnel ». Le chiffre avancé par le président de l’Organisation tunisienne des jeunes médecins (OTJM), Wajih Dhokkar, illustre l’ampleur d’un phénomène qui inquiète de plus en plus le corps médical. Revenant mardi 7 juillet 2026 sur ce phénomène, il a dressé un constat alarmant : la violence dans les établissements de santé n’est plus un fait isolé, mais une dérive installée dans la durée.

    Pour le responsable syndical intervenu sur les ondes d’Express FM, ces incidents doivent être replacés dans un contexte plus large marqué par « plusieurs années d’impunité » et par une dégradation continue des conditions de prise en charge dans les hôpitaux publics. Selon lui, l’exaspération des citoyens face aux longues attentes, aux pénuries de médicaments et aux difficultés d’accès aux soins finit parfois par se transformer en agressions contre ceux qui sont pourtant chargés de les soigner.

    « Le médecin et l’infirmier ne doivent pas devenir les boucs émissaires d’une politique de sous-financement ou de dégradation du système de santé », a-t-il insisté, rappelant que les professionnels de santé sont eux-mêmes parmi les premiers à réclamer une réforme profonde du secteur.

    Wajih Dhokkar a évoqué, dans ce sens, deux affaires récentes qui ont suscité l’indignation du corps médical. La première concerne un chirurgien à Monastir, agressé par un patient après une prise en charge médicale. 

    Selon le président de l’OTJM, un patient avait réclamé au médecin certains traitements que le professionnel n’était pas en mesure de lui procurer compte tenu de son un état de santé. Le patient — sous tension extrême et souffrant de troubles psychologiques — a réagi violemment.

    Le second incident s’est produit à l’hôpital Ibn Jazzar de Kairouan, où un médecin a été agressé alors qu’il tentait simplement d’organiser la file d’attente et de demander à un accompagnant de respecter l’ordre de passage des patients.

    Deux situations différentes, mais qui révèlent, selon le président de l’OTJM, une même réalité : « un médecin peut aujourd’hui être agressé simplement parce qu’il exerce son métier ».

    Selon une étude nationale réalisée par l’OTJM auprès de plus de 700 jeunes médecins, 73% des médecins interrogés déclarent avoir été victimes d’au moins une agression violente durant leur carrière, qu’elle soit verbale ou physique. Plus inquiétant encore, plus de 12% des agressions recensées impliquaient des menaces avec une arme blanche. 

    L’étude a révélé également de graves lacunes dans la réponse institutionnelle. Dans environ deux tiers des cas d’agressions, aucune intervention sécuritaire n’a eu lieu. Dans les établissements où des agents de sécurité étaient présents, leur intervention a été jugée insuffisante dans plus d’un quart des situations. 

    Autre élément soulevé par Wajih Dhokkar : la responsabilité fréquente des accompagnateurs des patients. Selon les résultats de l’étude, environ 69% des agressions impliquent des proches ou des accompagnateurs, et non directement les patients eux-mêmes.

    Une situation favorisée, selon lui, par l’absence de contrôle efficace des accès aux services hospitaliers, notamment dans les services d’urgence où plusieurs accompagnateurs peuvent parfois entrer avec un seul patient.

    Wajih Dhokkar a ainsi réclamé une meilleure organisation des flux dans les hôpitaux, avec un contrôle strict des entrées et sorties, en plus du renforcement des dispositifs de sécurité.

    Au-delà des agressions elles-mêmes, le président de l’Organisation tunisienne des jeunes médecins a critiqué l’absence d’une véritable stratégie nationale de prévention et de lutte contre les violences hospitalières.

    Il a affirmé que le ministère de la Santé ne disposait même pas d’un recensement exhaustif des agressions touchant l’ensemble des professionnels du secteur, ce qui empêche, selon lui, la mise en place de politiques adaptées.

    « Le ministre intervient surtout lorsque les affaires prennent une grande ampleur médiatique, mais les agressions quotidiennes restent largement invisibles », a-t-il déploré.

    Pour l’OTJM, la réponse ne peut pas se limiter à des messages de soutien adressés aux médecins victimes. Elle doit passer par l’application effective de la loi, la protection des personnels pendant leur exercice et la mise en place d’un dispositif national de prévention.

    Face à cette montée de la violence, l’organisation a appelé à une mobilisation urgente, estimant que la crise dépasse désormais la seule question des médecins : elle menace directement la continuité du service public de santé et l’accès des citoyens aux soins.

    N.J

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    3 commentaires

    1. HatemC

      Répondre
      7 juillet 2026 | 12h19

      Face à ce naufrage, l’heure n’est plus aux communiqués de compassion tièdes ni aux indignations de façade.
      Il faut interpeller directement le ministre de la Santé.
      Si ce dernier se montre INCAPABLE de juguler ces violences par PURE INCOMPETENCE ou par manque flagrant de VISION, qu’il en tire les conclusions qui s’imposent.

      S’il n’a pas les clés, qu’il envoie immédiatement des émissaires à l’étranger pour observer ce qui se fait de mieux ailleurs, afin de l’adapter d’urgence dans les hôpitaux tunisiens.

      Il est grand temps de révolutionner l’infrastructure même des urgences : quitte à transformer radicalement les accès des hôpitaux, à imposer des contrôles stricts aux entrées et à repenser totalement le cheminement des patients pour bloquer le flux anarchique des accompagnateurs.

      Gérer un ministère, ce n’est pas subir la crise en attendant qu’elle passe ; c’est anticiper, sécuriser et structurer.
      Si l’État refuse de sanctuariser l’hôpital et de protéger ses élites, qu’il ne s’étonne pas de voir ses derniers médecins fuir un système qui les condamne au martyr …

    2. HatemC

      Répondre
      7 juillet 2026 | 12h03

      On va encore nous rétorquer qu’ailleurs aussi la violence hospitalière existe. Oui mais Non. !!!
      C’est le paravent commode des résignés.
      Sauf que c’est un faux débat. Dans les pays développés, à IDH élevé, l’école – malgré ses propres crises – maintient un socle civique strict.
      L’altérité et le respect absolu des agents du service public y sont inculqués dès la petite enfance. En Tunisie, l’effondrement du système éducatif a créé un vide civique abyssal, immédiatement comblé par la loi du plus fort et la frustration populaire.

      L’article le dit bien : les agressions en Tunisie sont catalysées par la pénurie de médicaments, l’attente et le manque de sécurité.
      – Dans un pays développé : Si un usager s’énerve, la sécurité intervient immédiatement, et la justice applique des peines lourdes et systématiques (tolérance zéro pour les outrages aux soignants).
      – En Tunisie : L’impunité règne (pas d’intervention sécuritaire dans deux tiers des cas selon l’OTJM). L’hôpital public devient un déversoir de la misère sociale, et le médecin devient le bouc émissaire d’un État défaillant.

      Il faut arrêter de tourner autour du pot et pointer du doigt le coupable précis : LE SYSTEME EDUCATIF TUNISIEN, que je juge défaillant dans son rôle de formation de CITOYENS CIVIQUES, au profit de dérives idéologiques ou de pratiques archaïques, on montre bien à la maternelle comment égorger un animal ?…

      En formant, en façonnant même des profils plus axés sur le dogme religieux ou le conservatisme … l’école tunisienne ne fabrique plus des citoyens, elle s’est transformée en incubateur de « bondieusards », « de ploucs », comme je disais plus haut
      En sacrifiant le rationalisme et le civisme, elle échoue lamentablement à enseigner la gestion de la frustration.

      Face à un refus médical légitime (comme le chirurgien de Monastir), le citoyen ne comprend pas la règle, il se sent offensé et réagit par la violence sacralisée ou l’impulsion.

      Ce déclin intellectuel se lit d’ailleurs directement sur le corps enseignant.
      L’allure, l’apparence, le savoir-être : tout s’est effondré.
      L’enseignant, autrefois figure d’autorité républicaine, moderne, élégante et progressiste, s’est transformé en vecteur de repli identitaire.

      Pour rester poli, quand des enseignantes se présentent voilées et mal fagotées, et que des enseignants débarquent en classe en qamis, en short ou en chléka (tongs), c’est tout le symbole de la transmission qui est profané.

      Si le modèle s’effondre et s’enfonce dans le laisser-aller et l’archaïsme, l’élève devient incapable d’intégrer les notions élémentaires de respect envers les autres corps de métier, à commencer par ceux qui portent la blouse blanche.

    3. HatemC

      Répondre
      7 juillet 2026 | 11h32

      L’Hôpital saigne, l’École régresse : Bienvenue au XIIe Siècle

      Le constat : le thermomètre de la barbarie
      Les chiffres publiés par l’Organisation tunisienne des jeunes médecins (OTJM) ne sont pas de simples statistiques hospitalières : ils sont le rapport d’autopsie d’un contrat social moribond. Quand 73 % des jeunes médecins se font agresser et que 12 % sont menacés à l’arme blanche, ce ne sont pas les urgences qui sont malades, c’est notre civilisation.

      La faillite de la fabrique citoyenne
      On nous objectera la crise économique, le manque de moyens ou l’attente.
      C’est un mensonge commode.
      La réalité est anthropologique : l’école tunisienne ne fabrique plus des citoyens, elle s’est transformée en incubateur de « bondieusards » et de frustrations. Quand le corps enseignant abdique sa mission républicaine et moderne, quand on tolère dès la maternelle des mimes de sacrifices d’animaux au lieu d’enseigner l’empathie et le civisme, on prépare le terrain de la violence.

      Le nœud historique : Le triomphe du fondamentalisme
      Nous assistons en direct à un effroyable voyage dans le temps. C’est le retour brutal au XIIe siècle, le moment tragique où les courants fondamentalistes et littéralistes ont définitivement assassiné le Mutazilisme et sa défense de la raison, du libre arbitre et de la science.
      En évacuant l’esprit critique au profit du dogme et de la soumission aveugle, notre système éducatif a désarmé l’esprit des élèves. Face au médecin — qui incarne la rationalité, la science et les protocoles — l’individu décervelé par le dogme ne sait plus dialoguer. Il ne sait que s’indigner, exiger, puis frapper.

      Conclusion :
      Le ministre de la Santé peut multiplier les communiqués ; le mal est plus profond. Si l’école tunisienne continue de tourner le dos aux Lumières pour normaliser l’archaïsme, les couloirs de nos hôpitaux continueront de se transformer en cours de miracles moyenâgeuses, vidées des derniers médecins qui refusent de mourir pour la science.

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