La hausse des températures océaniques s’impose désormais comme l’un des principaux indicateurs des bouleversements climatiques en cours. Intervenant sur les ondes de Jawhara FM mardi 7 juillet 2026, l’expert en climatologie Hamdi Hached a expliqué les mécanismes qui relient le réchauffement des mers, les anomalies atmosphériques et l’apparition de phénomènes météorologiques extrêmes, en particulier en Méditerranée.
Selon lui, les événements climatiques observés aujourd’hui ne peuvent plus être analysés séparément. « Tout ce qui se produit dans une partie du globe finit, d’une manière ou d’une autre, par avoir des répercussions ailleurs », a-t-il expliqué, rappelant que le système climatique terrestre repose sur des interactions permanentes entre l’atmosphère et les océans.
El Niño, un phénomène naturel aux répercussions mondiales
Parmi les phénomènes influençant la dynamique climatique mondiale, Hamdi Hached a notamment évoqué El Niño. Ce phénomène correspond à une hausse anormale de la température des eaux de surface dans une partie de l’océan Pacifique équatorial, provoquée par une interaction complexe entre l’océan et l’atmosphère.
Le terme « El Niño », qui signifie « petit enfant » en espagnol, trouve son origine auprès des pêcheurs équatoriens qui avaient observé ce réchauffement périodique des eaux au moment des fêtes de Noël.
À l’inverse, La Niña désigne une phase durant laquelle les températures de surface du Pacifique équatorial deviennent anormalement plus froides.
Hamdi Hached a souligné toutefois que l’impact d’El Niño ne se traduisait pas de manière identique dans toutes les régions du monde. Les conséquences dépendent de nombreux facteurs, notamment la circulation atmosphérique, la localisation géographique et les conditions météorologiques locales.
Le « super El Niño », un terme médiatique qui traduit une forte anomalie climatique
Hamdi Hached est également revenu sur le terme de « super El Niño », largement utilisé ces derniers temps dans les médias. L’expert a toutefois tenu à préciser qu’il ne s’agit pas d’une appellation scientifique officielle.
« Super El Niño » est avant tout une expression médiatique utilisée pour désigner un épisode El Niño particulièrement intense, marqué par une accumulation exceptionnelle de chaleur dans l’océan Pacifique.
Selon lui, la dernière occurrence comparable remonte à la période 2014-2015, lorsque le phénomène El Niño avait atteint une intensité importante. Mais un épisode qualifié de « super El Niño » nécessite des conditions particulières, notamment une accumulation considérable de chaleur dans l’océan, qui représente près des trois quarts de la surface terrestre.
L’expert explique que dans un scénario extrême, certaines zones océaniques peuvent enregistrer des températures plusieurs degrés supérieures aux normales, créant une importante réserve d’énergie susceptible d’influencer la circulation atmosphérique mondiale.
« L’océan emmagasine une quantité énorme de chaleur. Lorsqu’elle atteint des niveaux exceptionnels, cette énergie peut provoquer des réactions en chaîne dans le système climatique », a-t-il expliqué notant que certaines zones du globe subissent directement les conséquences de ces phénomènes, tandis que d’autres, comme la Tunisie, peuvent être affectées indirectement à travers des modifications de la circulation atmosphérique mondiale.
La Tunisie confrontée à des vagues de chaleur plus longues
Concernant les fortes températures enregistrées actuellement en Tunisie, Hamdi Hached a distingué l’influence d’El Niño d’autres mécanismes atmosphériques locaux ou régionaux.
Selon lui, la vague de chaleur actuelle est davantage liée à un phénomène de blocage atmosphérique, également appelé « blocage en oméga » ou « dôme de chaleur ». Ce mécanisme provoque une stagnation de masses d’air chaud dans une région donnée, empêchant leur évacuation normale.
Une masse d’air désertique particulièrement chaude remonte alors vers le nord, entraînant une hausse importante des températures.
Pour l’expert, le principal sujet d’inquiétude n’est pas uniquement le franchissement de seuils élevés, comme les 40 degrés, mais surtout la durée de ces épisodes. « Le problème n’est pas seulement d’atteindre 40 degrés pendant une journée ou deux. Ce qui devient préoccupant, c’est la persistance de ces températures pendant plusieurs jours », a-t-il avancé.
Selon lui, l’exposition prolongée à des températures supérieures aux normales constitue un défi majeur pour les populations, les écosystèmes et les infrastructures. Il estime que la Tunisie pourrait encore connaître durant l’été des périodes de chaleur intermittentes avant l’arrivée de l’automne.
Une Méditerranée de plus en plus chaude, un facteur aggravant
Au-delà des températures atmosphériques, Hamdi Hached a insisté sur un autre indicateur majeur : le réchauffement de la mer Méditerranée.
Selon lui, les eaux méditerranéennes enregistrent actuellement des températures supérieures aux moyennes habituelles, avec des écarts pouvant atteindre plusieurs degrés.
Or, la température des mers joue un rôle déterminant dans la formation et l’intensification de certains phénomènes météorologiques. Une mer plus chaude signifie davantage d’énergie disponible dans le système climatique. « La puissance des tempêtes et des phénomènes extrêmes dépend en grande partie de la chaleur accumulée dans les eaux », a expliqué l’expert.
Cette chaleur supplémentaire favorise notamment une évaporation accrue et augmente la quantité d’humidité disponible dans l’atmosphère, deux facteurs pouvant contribuer au développement d’épisodes météorologiques violents.
Hamdi Hached a rappelé à ce titre les épisodes de fortes précipitations enregistrés récemment en Tunisie, où des quantités de pluie correspondant parfois à plusieurs mois de précipitations sont tombées en quelques heures seulement.
Le super typhon de Taïwan, illustration de la puissance des océans chauds
Pour illustrer l’impact du réchauffement des eaux sur les phénomènes extrêmes, Hamdi Hached a évoqué le typhon Bavi qui se dirigeait vers Taïwan. Ce système tropical, accompagné de vents pouvant atteindre près de 300 km/h, illustre selon lui la puissance que peuvent acquérir certains phénomènes lorsque les conditions océaniques deviennent favorables.
« Les cyclones puisent leur énergie dans la chaleur de l’océan », a-t-il expliqué, soulignant que plus la température de la surface marine est élevée, plus les conditions deviennent propices au renforcement des systèmes cycloniques.
Une mer plus chaude augmente en effet l’évaporation, fournit davantage d’humidité à l’atmosphère et peut alimenter des systèmes dépressionnaires plus intenses.
Des phénomènes marins plus difficiles à anticiper
Le réchauffement des eaux méditerranéennes influence également les dynamiques marines et atmosphériques locales. Hamdi Hached a indiqué que certains phénomènes pourraient devenir plus fréquents ou plus intenses, notamment les épisodes de précipitations extrêmes et certains phénomènes liés aux mouvements de la mer.
Il a notamment alerté sur les risques liés aux courants d’arrachement, également appelés courants de retour, qui peuvent représenter un danger important pour les baigneurs.
Ces courants ne se forment toutefois pas sur tous les types de littoral. Selon l’expert, ils apparaissent principalement sur les plages sableuses, où la configuration du fond marin favorise la création de couloirs permettant l’évacuation rapide de l’eau vers le large. Les plages rocheuses présentent, quant à elles, une dynamique différente et sont moins favorables à l’apparition de ce type de courant.
Face à un courant d’arrachement, Hamdi Hached a rappelé qu’il ne faut surtout pas tenter de nager directement vers le rivage en opposition au courant. La meilleure stratégie consiste à nager parallèlement à la plage afin de sortir de la zone d’entraînement avant de rejoindre progressivement la côte.
Vers un automne sous haute surveillance climatique
À l’approche de l’automne, Hamdi Hached a appelé à suivre attentivement l’évolution des indicateurs climatiques, notamment la température des mers.
Pour lui, l’enjeu principal réside désormais dans l’accumulation de chaleur dans les océans, qui constitue l’un des moteurs des dérèglements observés. La question n’est donc plus seulement de savoir si des phénomènes extrêmes peuvent survenir, mais plutôt de comprendre comment leur fréquence et leur intensité pourraient évoluer dans un contexte de changement climatique global.
N.J










