Les difficultés rencontrées par les entreprises tunisiennes lors des opérations d’exportation ont été au centre d’une réunion de travail tenue, mercredi 8 juillet 2026, sous la présidence du ministre du Commerce et du Développement des exportations, Samir Abid. La rencontre a réuni des responsables du ministère, le président-directeur général du Centre de promotion des exportations (Cepex), ainsi que des représentants de plusieurs administrations, ministères, chambres de commerce et d’industrie, organisations patronales, groupements professionnels, exportateurs et chefs des représentations commerciales tunisiennes à l’étranger, en visioconférence.
À cette occasion, le ministre a rappelé que les exportations constituent un enjeu stratégique pour l’économie nationale. Il a salué les efforts déployés par l’ensemble des intervenants du secteur pour surmonter les difficultés auxquelles sont confrontées les entreprises exportatrices, notamment les petites et moyennes structures, tout en soulignant la nécessité de leur offrir davantage de facilités en prévision de la prochaine saison d’exportation.
Samir Abid a également insisté sur l’importance de préserver la position acquise par la Tunisie sur les marchés internationaux et de renforcer son rayonnement à travers une meilleure valorisation de ses produits à forte compétitivité, tels que l’huile d’olive et les dattes. Il a appelé à consolider la présence tunisienne aussi bien sur les marchés traditionnels que sur de nouvelles destinations jugées prometteuses, notamment la Chine, la Russie et l’Amérique du Sud.
Le ministre a, par ailleurs, mis en avant le rôle des espaces de dialogue et de concertation pour examiner les problématiques du secteur et élaborer des solutions communes destinées à renforcer les capacités exportatrices des entreprises tunisiennes.
Au cours de la réunion, les participants ont relevé que les difficultés rencontrées par les exportateurs se sont accentuées sous l’effet des mutations économiques mondiales et du contexte géopolitique international.
Les principaux obstacles évoqués concernent le transport, la logistique, les infrastructures, la hausse des coûts, les besoins en financement, la simplification des procédures administratives ainsi que les droits de douane.
Plusieurs propositions ont été formulées afin d’améliorer la compétitivité des entreprises exportatrices. Elles portent notamment sur un renforcement de la participation tunisienne aux salons internationaux, un meilleur accompagnement des entreprises, en particulier les plus petites, la poursuite des réunions des instances dédiées aux exportations, comme le Conseil national du commerce extérieur et Tunisia Export Team, ainsi que la création d’une plateforme nationale réunissant l’ensemble des acteurs du secteur.
M.B.Z











Commentaire
jamel.tazarki
Les solutions permettant de lever les obstacles à l’exportation de nos entreprises sont connues depuis des années. Pourtant, rien ne bouge. Je tiens à insister sur le fait que les obstacles au développement socio-économique de la Tunisie sont d’ordre politique, et non technique. Je rappelle les solutions possibles :
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a1) La Tunisie a besoin d’une réforme urgente de son code des changes. Cela permettrait en effet d’améliorer l’accès à des plateformes internationales de paiement pour les exportateurs de services, notamment de logiciels.
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a2) Le cadre réglementaire, qui repose toujours sur une loi historique de 1976, bloque l’essor des exportateurs de services numériques en limitant drastiquement la détention de devises et l’usage de plateformes comme PayPal ou Stripe.
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a3) Accès impossible aux Fintechs mondiales, la situation actuelle :
a3.1) Les réglementations strictes empêchent l’intégration fluide des passerelles de paiement internationales standard pour les résidents tunisiens.
a3.2) La lourdeur de la carte technologique : Bien que la Banque Centrale de Tunisie ait introduit une « Carte Technologique Internationale », ses plafonds annuels restent trop bas pour financer de vraies campagnes marketing ou des infrastructures cloud d’envergure.
a3.3) Autorisation préalable systématique : Chaque transaction financière vers l’étranger ou investissement nécessite l’aval préalable de la Banque Centrale, un processus incompatible avec la vitesse du business web.
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a4) Ce que devrait changer –> le projet de nouveau Code des changes est en cours d’examen au Parlement tunisien, activement soutenu par des organisations patronales comme la Conect, vise une libéralisation intelligente :
a4.1) Comptes spéciaux en devises : Création d’un statut adapté pour les développeurs, indépendants et créateurs de contenu, leur permettant de recevoir et d’utiliser directement leurs gains internationaux via des plateformes électroniques globales.
a4.2) Contrôle a posteriori : Remplacement de l’autorisation bureaucratique préalable par un système de déclaration et de vérification après coup, ce qui libère la réactivité des PME.
a4.3) Fin du marché noir : Faciliter le rapatriement légal des devises pour assécher les circuits informels et réinjecter des capitaux dans l’économie officielle.
B) minimiser la Pression fiscale et « Poly-crise »
b1) Pour combler les déficits des caisses sociales et du budget de l’État, la Loi de finances 2026 multiplie les taxes sur les secteurs productifs (banques à 4 %, entreprises à 3 %) et sur la consommation (tabac, téléphone, redevances sur les achats).
b2) Fuite des cerveaux et du cash : Cette pression, couplée à un climat politique tendu, accélère la fuite des capitaux et le découragement des porteurs de projets.
b3) Incertitude structurelle : Certains économistes parlent d’une probabilité de défaut de paiement si des réformes profondes ne sont pas engagées pour libérer l’économie de son carcan actuel
C) Quel espoir pour l’initiative privée ?
c1) Malgré ce tableau sombre, certains secteurs résistent. Les entreprises tournées vers l’exportation (notamment vers la France) et celles bénéficiant des nouveaux soutiens aux PME gardent un certain dynamisme. Pour 2026, l’État tente d’ailleurs d’attirer 4 milliards de dinars d’Investissements Directs Étrangers (IDE).
c2) Cependant la stabilité actuelle ressemble à un « déclin lent » faute d’un horizon politique clair qui redonnerait de l’air à l’initiative privée.
D) Le Numérique : Levier de modernisation bridé
d1) Le numérique est considéré comme le moteur de la « nouvelle Tunisie », mais il se heurte à la lourdeur bureaucratique.
d2) Ambition étatique : L’État a lancé 192 projets pour numériser totalement l’administration d’ici fin 2026. Le plan de développement 2026-2030 a même été élaboré à l’aide de l’intelligence artificielle pour plus d’objectivité.
d3) Agrotech en essor : Un écosystème de startups émerge pour réinventer l’agriculture (capteurs, imagerie satellite). La Tunisie offre désormais des avantages allant jusqu’à 50 % pour les projets technologiques liés à l’agriculture intelligente.
d4) Obstacles : La bureaucratie reste le frein principal. Créer une entreprise nécessite encore 9 procédures en moyenne, contre 5 dans les pays développés
e) L’Industrie : Vers une montée en gamme forcée
e1) L’industrie tunisienne, historiquement basée sur la sous-traitance à faible valeur ajoutée (textile, câblage), doit se transformer pour survivre.
e2) Attractivité sectorielle : L’industrie a capté la plus grande part des 3,5 milliards de dinars d’investissements étrangers en 2025. Les secteurs mécaniques et électriques ont progressé de 7,8 % début 2026.
e3) Nouvelles taxes : La pression fiscale de 2026 (contribution de 3 % sur les bénéfices) pèse lourdement sur les industriels. Beaucoup craignent que cela ne décourage l’investissement nécessaire pour monter en gamme.
e4) Enjeu stratégique : La Tunisie cherche à se positionner comme un hub euro-africain compétitif, en misant sur sa main-d’œuvre qualifiée, mais elle reste classée parmi les pays les plus risqués du continent pour les entreprises en 2026.
F) De quoi la Tunisie socio-économique a besoin urgemment?
f1) Le déblocage politique : Le catalyseur de confiance pour libérer l’investissement
f1.1) Sans une réforme politique garantissant la sécurité juridique et la transparence, l’investissement privé restera « étouffé ».
f1.2) Investissement : La confiance est le premier carburant de l’économie. Actuellement, l’investissement privé est à l’arrêt car les acteurs craignent l’instabilité et la pression fiscale.
f1.3) Emploi : C’est ce même investissement qui doit créer les emplois nécessaires pour absorber les 16 % de chômeurs (et bien plus chez les jeunes).
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f2) Une révolution agricole (dessalement, nouvelles techniques) Une urgence de survie pour la sécurité alimentaire
f2.1) Avec une population qui continue de croître face à des ressources en eau qui s’épuisent (barrages à seulement 37,7 % début 2026), l’agriculture ne peut plus être gérée « à l’ancienne ».
f2.2) Souveraineté : L’enjeu est de réduire la dépendance aux céréales importées (plus de 60 %) pour ne plus subir les chocs des prix mondiaux.
f2.3) Technologie : Le passage à une agriculture de précision (AgroTech) est indispensable pour produire plus avec moins d’eau
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f3) Une intégration massive de l’informel pour sauver les caisses sociales (CNSS/CNRPS)
F3.1) Les caisses de sécurité sociale (CNSS et CNRPS) ne pourront pas être sauvées par de simples taxes sur les banques ou le tabac.
F3.2) Assainissement : Près de 40 % de l’économie échappe aujourd’hui aux cotisations. Intégrer l’informel permettrait d’élargir la base des cotisants sans écraser davantage les salariés du secteur formel.
F3.3) Solidarité : C’est le seul moyen de garantir que la CNAM (Assurance Maladie) retrouve sa liquidité pour rembourser les soins des citoyens sans délais de plusieurs mois.
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F4) En somme, la Tunisie est à un point de bascule. Si ces trois leviers ne sont pas actionnés de front, le pays risque de rester dans une gestion de crise permanente plutôt que de s’engager dans un véritable développement.
g) statistiques macroéconomiques trop imprécises :
g1) je me suis basé sur les statistiques macroéconomiques souvent imprécises de l’INS pour analyser la Tunisie socio-économique.
g2) Toute étude socio-économique fondée sur des statistiques imprécises est inefficace. La première priorité de la Tunisie socio-économique doit donc être celle d’amélioration de la qualité des statistiques macroéconomiques. – Des statistiques solides et transparentes sont en effet la clé d’une prise de décision efficace.
g3) Des statistiques fiables sont la boussole de toute politique publique. Si l’instrument de mesure est faussé, la direction prise le sera aussi.
g4) L’INS (Institut National de la Statistique) en Tunisie est aujourd’hui vivement critiqué, tant par les universitaires que par les partenaires internationaux,
g5) L’INS a du mal à mesurer la part réelle de l’économie informelle (estimée entre 40 et 60 % du PIB selon les sources). Si on ne mesure pas précisément cette masse monétaire et humaine, on ne peut pas calibrer les réformes de la CNSS.
g6) La définition du « chômeur » : Les critères du BIT (Bureau International du Travail) utilisés par l’INS excluent souvent ceux qui ont abandonné toute recherche ou qui survivent de petits boulots précaires, ce qui masque la gravité de l’exclusion sociale.
g7) Le retard de mise à jour des données
g7.1) Pour piloter une économie en crise, il faut des données en temps réel.
g7.2) Le recensement : Le retard du recensement général de la population (initialement prévu pour 2024) empêche d’avoir une vision claire de la démographie réelle et de la structure des ménages. Sans cela, les calculs sur la croissance démographique et les besoins alimentaires de 2040 restent des estimations que l’État ne peut ni confirmer ni infirmer.
g7.3) PIB et Inflation : Les révisions fréquentes des chiffres de croissance créent une instabilité pour les investisseurs privés qui ne savent plus sur quelle base calculer leur rentabilité.
g8) L’indépendance de la statistique
g8.1) La qualité des données dépend aussi de l’indépendance institutionnelle.
g8.2) Dans un climat politique tendu, la crainte d’une manipulation des chiffres à des fins de propagande (pour minimiser l’inflation ou le déficit) est réelle.
g8.3) Améliorer la qualité des statistiques, c’est redonner de l’autonomie financière et technique à l’INS et permettre un audit externe par des organismes indépendants ou la société civile.
g9) La conséquence de l’imprécision
g9.1) Sans statistiques solides Les négociations avec le FMI ou la Banque Mondiale échouent car les chiffres ne sont pas jugés crédibles.
g9.2) Sans statistiques solides L’initiative privée est découragée par l’absence d’études de marché fiables.
g9.3) Sans statistiques solides La planification agricole devient impossible, car on ignore les stocks réels et les capacités de consommation.
Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien