Le fossé entre le récit politique et les urgences du quotidien. C’est autour de cette fracture que s’articule la réaction de l’ancien député Hichem Ajbouni, publiée jeudi 9 juillet 2026, au lendemain de l’intervention du président de la République Kaïs Saïed lors de sa rencontre avec la cheffe du gouvernement Sarra Zaâfrani Zenzri.
Dans une publication sur Facebook, l’ancien parlementaire a livré une longue critique de la situation économique et sociale du pays, estimant que les priorités nationales ne se situent pas dans la dénonciation des « manœuvres » et des « complots », mais dans la réponse aux difficultés qui touchent directement les Tunisiens.
Lors de son entretien au palais de Carthage, Kaïs Saïed a affirmé la veille que plusieurs événements récents s’inscrivaient, selon lui, dans une dynamique organisée visant à porter atteinte aux citoyens et à attiser les tensions dans le pays. Le chef de l’État avait déclaré que « le peuple tunisien, qui a tracé son chemin dans le sang et la douleur, saura faire échec aux manœuvres visibles, à l’intérieur comme à l’extérieur », estimant que les Tunisiens ont déjà démontré leur capacité à déjouer de telles tentatives grâce à leur conscience collective.
Une lecture que Hichem Ajbouni a contesté en opposant à ce discours une autre réalité : celle d’un pays confronté à une accumulation de crises économiques et sociales.
Un réquisitoire économique et social
L’ancien député a commencé par dresser le constat d’un marché de l’emploi sous tension, marqué par un chômage « très élevé », particulièrement chez les jeunes et les diplômés de l’enseignement supérieur. Il a pointé également une croissance économique « très faible », qu’il juge incapable de générer suffisamment de richesses et de nouvelles opportunités.
Au-delà de la croissance, Hichem Ajbouni a alerté sur le recul de l’investissement et de l’épargne, qu’il associe à une « désindustrialisation grave » du pays. Il a évoqué également une pauvreté persistante, notamment dans les régions intérieures, qu’il considère comme les premières victimes des déséquilibres économiques.
Sur le plan financier, l’ancien parlementaire a mis en avant les fragilités structurelles de l’économie tunisienne : un double déficit budgétaire et commercial important, un déficit énergétique qu’il qualifie de « record », ainsi qu’une notation souveraine faible qui contribue, selon lui, à maintenir la Tunisie dans la catégorie des pays présentant un risque élevé pour les investisseurs.
Il a critiqué également le coût de l’endettement public, estimant que les emprunts extérieurs et intérieurs sont contractés à des taux d’intérêt trop élevés, largement supérieurs au rythme de croissance économique.
Sur le terrain social, Hichem Ajbouni a insisté sur la hausse persistante des prix des produits alimentaires et sur une détérioration « sans précédent » du pouvoir d’achat des Tunisiens. Il a cité aussi la multiplication des mouvements de protestation dans plusieurs régions, qu’il interprète comme le signe d’un malaise social profond.
L’ancien député s’est attardé par ailleurs sur la situation des entreprises et établissements publics, qu’il décrit comme dépendants du soutien financier de l’État pour éviter l’effondrement, ainsi que sur les difficultés structurelles des caisses sociales.
Il a dénoncé également une pression fiscale et sociale qu’il juge « record », alors même que les services publics continuent, selon lui, de perdre en qualité.
Dans le secteur de la santé, il a rappelé les tensions liées aux retards de paiement envers plusieurs acteurs, notamment les pharmacies, les laboratoires d’analyses médicales et les fournisseurs d’équipements médicaux, certains partenaires ayant, selon lui, réduit ou interrompu leurs relations avec les structures concernées.
Autre point soulevé par l’ancien député : la progression de l’économie parallèle et la circulation massive de liquidités en dehors du système bancaire. Il a noté que les billets et pièces hors circuit bancaire dépassaient les 29 milliards de dinars.
Il a évoque, entre autres, le niveau des réserves en devises, évalué à 98 jours d’importation, un seuil qu’il juge proche d’une zone de vigilance.
Une administration paralysée et un appel à changer de priorités
Dans son réquisitoire, Hichem Ajbouni s’est attaqué aussi au fonctionnement de l’administration publique, qu’il estime paralysée par un climat de peur, où les responsables hésitent à prendre des initiatives par crainte de poursuites ou de sanctions.
Face aux mutations économiques, géopolitiques et technologiques que connaît le monde, l’ancien député a réitéré que la Tunisie devrait concentrer ses efforts sur des réponses concrètes aux défis internes.
Par cette intervention, Hichem Ajbouni a dénoncé le décalage entre deux lectures de la situation nationale : celle d’un pouvoir qui met en avant les menaces et les tentatives de déstabilisation, et celle de la réalité marquée par les urgences économiques et sociales. Pour lui, le véritable enjeu reste celui de la capacité de l’État à répondre aux préoccupations immédiates des citoyens.

N.J











2 commentaires
le financier
Ce deputè a lu l article des twin deficits de ben yezza , prochaine etape devaluation
Tunisino
Un autre littéraire nul de l’après 2011 qui se présente une nième fois pour un sauveur! Ils parlent pour arnaquer le simple tunisien mais certainement pas pour le servir, car ils n’ont ni l’intelligence, ni la formation, ni l’expérience, ni l’équilibre, ni l’honnêteté pour le faire.