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Les « produits chimiques éternels » de nos cuisines : faut-il s’inquiéter des friteuses à air et des poêles en Téflon ?

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    Les vidéos virales disent vrai, mais de manière incomplète et souvent trompeuse. Les PFAS, surnommés « produits chimiques éternels », sont bien présents dans de nombreux produits du quotidien et soulèvent de réelles inquiétudes sanitaires. En revanche, le risque dépend du type de produit, de son état et des conditions d’utilisation.

    Depuis plusieurs semaines, des vidéos cumulant des milliers de vues sur les réseaux sociaux affirment que les friteuses à air chaud, les poêles en Téflon et d’autres ustensiles de cuisine exposent leurs utilisateurs à des substances toxiques appelées « produits chimiques éternels ». De quoi inquiéter de nombreux consommateurs.

    Ces publications s’appuient sur une réalité scientifique, mais elles la présentent souvent sans nuance. Les PFAS constituent bien un problème majeur de santé publique et d’environnement, mais ils ne rendent pas automatiquement dangereux tous les objets qui en contiennent.

    Que sont les PFAS ?

    Les composés per- et polyfluoroalkylés (PFAS) regroupent plusieurs milliers de substances chimiques synthétiques développées depuis les années 1950.

    Ils sont particulièrement recherchés pour leurs propriétés antiadhésives, imperméables et résistantes à la chaleur, à l’eau, aux graisses et aux taches. On les retrouve ainsi dans certains revêtements antiadhésifs, des emballages alimentaires, des textiles imperméables, des mousses anti-incendie, des cosmétiques ainsi que dans de nombreux équipements industriels.

    S’ils sont surnommés « produits chimiques éternels », c’est parce que les liaisons chimiques entre le carbone et le fluor qui les composent sont extrêmement stables. Ils se dégradent très lentement et peuvent persister dans l’environnement pendant plusieurs décennies.

    Au fil du temps, ils contaminent les sols, les rivières, les nappes phréatiques, les organismes vivants et finissent par s’accumuler dans le corps humain.

    Plus d’un emballage alimentaire sur deux contient des PFAS

    Un rapport du réseau international IPEN, intitulé Forever Chemicals in Single-use Food Packaging and Tableware from 17 Countries, apporte des données concrètes sur cette contamination.

    Les chercheurs, parmi lesquels J. Straková, S. Brosché et V. Grechko, ont analysé 119 échantillons d’emballages alimentaires et de vaisselle jetable provenant de 17 pays répartis en Asie, en Afrique, en Europe, en Amérique latine et dans les Caraïbes, dont la Tunisie.

    Le constat est sans appel : 64 des 119 échantillons analysés, soit 54 %, contenaient des PFAS.

    Ces substances ont notamment été détectées dans :

    • les emballages de restauration rapide ;
    • les sachets de pop-corn pour micro-ondes ;
    • les papiers de cuisson ;
    • les gobelets ;
    • les boîtes alimentaires à emporter ;
    • les emballages fabriqués à partir de papier recyclé.

    Les concentrations les plus importantes ont été relevées dans certains contenants en fibres végétales pourtant présentés comme biodégradables ou compostables. Les emballages destinés au pop-corn au micro-ondes figurent également parmi les produits les plus fréquemment contaminés.

    Les PFAS peuvent-ils passer dans les aliments ?

    Oui.

    Les chercheurs rappellent que les PFAS peuvent migrer de l’emballage vers les aliments, notamment lorsque ceux-ci sont chauds, gras ou restent longtemps en contact avec leur contenant.

    Plusieurs études citées dans le rapport montrent que les personnes consommant régulièrement du pop-corn au micro-ondes ou des repas de restauration rapide présentent des concentrations plus élevées de PFAS dans leur sang.

    L’exposition ne provient toutefois pas uniquement de l’alimentation.

    Aujourd’hui, des PFAS sont également retrouvés dans l’air, les sols, les eaux de surface, l’eau potable et même les poussières domestiques. Cette contamination généralisée explique pourquoi la quasi-totalité de la population mondiale présente désormais des traces de ces substances dans son organisme, même sans exposition professionnelle.

    Quels sont les risques pour la santé ?

    Les recherches scientifiques s’accumulent depuis plusieurs années.

    Plusieurs PFAS sont associés à une augmentation du cholestérol, à des perturbations du système immunitaire, à des atteintes du foie, à des troubles de la thyroïde ainsi qu’à une augmentation du risque de certains cancers.

    De nombreux chercheurs les considèrent également comme des perturbateurs endocriniens capables d’interférer avec le fonctionnement normal des hormones.

    Ce que disent les principales agences sanitaires

    Plusieurs agences sanitaires et environnementales internationales alertent sur les risques liés aux substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS). Les travaux cités par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) associent une exposition prolongée à certains PFAS à des atteintes du foie, des perturbations du système immunitaire, des troubles de la fertilité ainsi qu’à une augmentation du risque de certains cancers. D’autres études mettent également en évidence des effets sur le système endocrinien, le développement de l’enfant, la réponse vaccinale et la fonction thyroïdienne.

    Ces constats rejoignent ceux d’IPEN (International Pollutants Elimination Network), qui a publié en 2024 une compilation mondiale de ses rapports sur les PFAS. L’organisation rappelle que ces « polluants éternels » sont désormais détectés dans de nombreux produits de consommation courante, notamment les emballages alimentaires, les textiles, les mousses anti-incendie et certains pesticides.

    Parmi les études mises en avant figure notamment le rapport montrant que 54 % des 119 échantillons d’emballages alimentaires jetables analysés dans 17 pays contenaient des PFAS, y compris des emballages utilisés par de grandes chaînes de restauration rapide. Les chercheurs soulignent également que près de 98 % de la charge totale en PFAS détectée n’a pas pu être identifiée, illustrant l’ampleur des inconnues scientifiques qui entourent encore cette famille de substances.

    Face à cette contamination généralisée et à l’existence d’alternatives déjà disponibles, IPEN plaide pour une interdiction progressive de l’ensemble des PFAS, estimant que limiter les restrictions à quelques molécules ne suffit pas à protéger efficacement la santé humaine et l’environnement.

    Pourquoi les femmes sont-elles particulièrement concernées ?

    Les femmes figurent parmi les populations les plus vulnérables.

    Les études montrent que l’exposition aux PFAS peut être associée à une baisse de la fertilité, à des difficultés de conception, à des troubles hormonaux, à une augmentation du risque d’hypertension pendant la grossesse ainsi qu’à des effets sur le développement du fœtus.

    Certaines recherches suggèrent également une influence sur le développement des glandes mammaires et un lien avec certains cancers hormono-dépendants.

    Les PFAS traversent par ailleurs le placenta et peuvent être transmis au nourrisson par le lait maternel, ce qui renforce les inquiétudes concernant les expositions précoces.

    Une revue systématique et une méta-analyse publiées en 2023 dans Environmental Research, portant sur 13 études, concluent qu’une exposition élevée à certains PFAS, notamment le PFOA, est associée à une augmentation de 33 % du risque d’infertilité féminine.

    Le rapport de l’Académie nationale des sciences, de l’ingénierie et de la médecine des États-Unis (2022) reconnaît également des liens entre l’exposition aux PFAS, les troubles de la fertilité, certaines complications de grossesse et les perturbations hormonales.

    Source : IPEN
    Des milliers de PFAS restent encore inconnus

    Le rapport de l’IPEN souligne un autre point préoccupant.

    À peine 2 % des PFAS détectés dans les emballages alimentaires ont pu être identifiés avec précision. Les 98 % restants correspondent à des composés encore inconnus ou impossibles à caractériser avec les méthodes analytiques actuelles.

    Cette difficulté s’explique par les limites des techniques de détection et par l’absence de références permettant d’identifier l’ensemble des substances utilisées par les industriels.

    Autrement dit, une grande partie des PFAS échappe encore au contrôle scientifique et réglementaire.

    Même lorsque leur composition exacte reste inconnue, ces substances partagent une caractéristique commune : leur très forte persistance dans l’environnement et leur capacité à s’accumuler progressivement dans les écosystèmes comme dans l’organisme humain.

    Ce que recommandent les chercheurs

    Pour les experts de l’IPEN, fixer des seuils uniquement pour quelques PFAS ne permettra pas de protéger efficacement la population.

    Ils recommandent une élimination progressive de l’ensemble de cette famille de substances, le développement d’alternatives plus sûres ainsi qu’un renforcement des réglementations internationales.

    Le rapport souligne également un paradoxe : ces substances extrêmement persistantes sont largement utilisées dans des emballages alimentaires ou de la vaisselle jetable, dont la durée d’utilisation ne dépasse souvent que quelques minutes.

    Les chercheurs rappellent enfin qu’il existe déjà des alternatives sans PFAS pour toutes les catégories d’emballages étudiées. Ils observent également que certaines grandes chaînes internationales de restauration rapide utilisent des emballages contenant des PFAS dans certains pays tout en commercialisant, ailleurs, des versions qui en sont exemptes, démontrant que leur remplacement est techniquement possible.

    Verdict de BN Check

    Les données disponibles montrent surtout que ces substances sont devenues omniprésentes dans notre environnement et que leur accumulation constitue une préoccupation majeure pour les autorités sanitaires. Les risques existent, ils dépendent de nombreux facteurs, notamment de la nature du produit, de son état, de son usage et de l’exposition cumulée au fil du temps.

    Rabeb Aloui

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