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Rapport annuel de la BCT : les signaux à risques plus nombreux que les proclamations positives

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Par Houcine Ben Achour

    Par Houcine Ben Achour

    Il faut bien l’avouer, l’édition du Rapport annuel de la Banque centrale de Tunisie (BCT) pour l’exercice 2026 s’écarte vraiment de l’ordinaire des Rapports annuels qui le précèdent. Cette singularité a ses bons côtés. Cependant, le document n’échappe pas aux questionnements sinon à la critique. Non pas sur la forme. Le rapport se déroule convenablement, débutant par une présentation exhaustive de la situation économique, monétaire et financière du pays, présentant ensuite les missions que l’autorité monétaire s’est assigné durant 2025, et terminant par un long exposé sur les états financiers de la Banque.

    Cela étant, le Rapport cette année se caractérise cette année par une nouveauté majeure. Tout une section est consacrée à « l’évolution des indicateurs de compétitivité » où il est question de part de marché du produit tunisien au sein de l’Union européenne (UE), le premier client de la Tunisie. Une part de marché qui est décomposée en produit. Et une part de marché comparé à la concurrence turque, chinoise, marocaine, égyptienne ou encore bangladaise.

    Une croissance en-deçà de la moyenne mondiale

    Résumer, ici, un document de plus de 250 pages serait aussi fastidieux, à la limite ennuyeux à la lecture, il faudrait en convenir. Cependant, quatre grands thèmes économiques mériteraient d’être mis en perspective, même si tous se valent de par leur pertinence et leur incidence sur l’activité économique. Quatre grands thèmes : la croissance, l’investissement, l’emploi et les finances publiques (budget, paiements extérieurs et dette).

    Ah, que ne s’est-on pas réjoui de la performance tunisienne en matière de croissance économique. Le pays aurait recouvré le pallier de croissance qui était le sien avant la pandémie du Covid : 2,5%. Soit. Néanmoins, on reste bien loin de la moyenne de croissance mondiale qui est de 3,4%. Le résultat soulage. Il ne rassure pas pour autant. Est-ce que cet acquis de croissance permettra à l’économie tunisienne de franchir 3,3% en 2026 ? Rien n’est moins sûr compte tenu du contexte international actuel, incertain sinon chaotique.

    L’énigme de l’investissement

    En matière d’investissement, tout semble aller pour le mieux. Plus encore, l’investissement a enregistré un bond spectaculaire en 2025. La Formation brute de capital fixe (FBCF) a bondi de plus de 10% en 2025 contre une hausse d’un peu plus de 3% en 2024. L’investissement dans l’industrie a augmenté de près de 18% en 2025 contre un recul de -1,2% en 2024. Plus prodigieux encore, l’envolée de l’investissement dans les industries manufacturières qui a augmenté de plus de 35% en 2025 contre un recul de -1% en 2024. A ce stade, on peut se demander comment le secteur industriel a financé ce volume d’investissement. Certainement pas par du crédit bancaire. Car l’encours des crédits à moyen et long terme de ce secteur a baissé de 0,6% durant 2025. La FBCF aurait-elle été financé exclusivement par des fonds propres ? Ce serait proprement phénoménal.

    Que dire alors du marché du travail. Il y a un tel entrechoc des statistiques qu’il est franchement difficile d’y voir clair. En 2025, la population active a enregistré une baisse considérable qui ne fut même pas enregistré durant l’hécatombe du Covid. Aurait-on constaté un très grand nombre de sortie parallèlement à un effondrement des entrées. La population active aurait baissé de quelques 300 000 personnes entre 2024 et 2025. Même la population active occupée a connu une baisse importante passant de 3,8 millions d’actifs occupés à 3,6 millions. Or, pendant ce temps, on a assisté à près de 98 000 créations nettes d’emploi. Bien malin celui qui y trouvera une quelconque cohérence.

    Des finances publiques en voie de dégradation

    S’agissant des finances publiques, la BCT a eu le mérite de publier toutes les données budgétaires de l’année 2026, ce que le ministère des Finances n’a pas daigné diffuser jusqu’à présent. Et pour cause. Ils ne sont pas bons. Tout content d’exhiber ses performances budgétaires 2025 avec un recul significatif du déficit à 5,2% du PIB, le ministère a du mal à avouer un creusement attendu du déficit à 6% du PIB en 2026, ni que les ressources d’emprunt sont destinées au remboursement du principal de la dette (15,8 milliards de dinars) et au financement du déficit budgétaire (11 milliards de dinars environ), ni que la pression fiscale devrait atteindre 25,4% du PIB, ni encore que le ratio de la masse salariale publique par rapport au PIB va passer de 13,5% en 2025 à 14% en 2026, ni encore que l’encours de la dette va augmenter passant de 82,1% en 2025 à 83,4% du PIB en 2026.  Des estimations budgétaires qui ne tiennent pas compte des tensions géopolitiques et de leurs incidences sur l’activité économique mondiale et donc nationale.

    On a beau cherché du positif dans le Rapport annuel de la BCT, rien à faire. Il semble que les indicateurs positifs ont été voilés par les indicateurs qui sont beaucoup moindre, évoluant dans des périmètres négatifs et non des moindres.    

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