Quelques heures après avoir présenté officiellement le programme de la 60e édition, l’Association du Festival international du malouf et des musiques arabes traditionnelles de Testour a annoncé son annulation, accusant le ministère des Affaires culturelles d’être intervenu dans la programmation, le choix des artistes, l’intitulé de l’édition et même auprès d’un sponsor.
L’association a annoncé, tard dans la soirée de jeudi à vendredi 10 juillet 2026, l’annulation de la 60e édition de la manifestation.
Dans un communiqué publié sur sa page Facebook, elle affirme que le ministère des Affaires culturelles est intervenu à plusieurs niveaux dans la préparation de cette édition.
« La coupe est pleine. Le ministère des Affaires culturelles est intervenu dans la programmation, a supprimé certains noms et en a imposé d’autres. Il est également intervenu sur l’intitulé de cette édition, tout cela pour une subvention dont nous ne connaissons toujours pas le montant. L’association a déposé sa demande de soutien public sur la plateforme numérique, mais le ministère ne l’a pas reconnue, ce qui est documenté. Il est également intervenu auprès de l’un de nos sponsors pour demander l’annulation de son soutien, ce qui est également documenté. En conséquence, l’Association du Festival international du malouf et des musiques arabes traditionnelles de Testour annonce l’annulation de la 60e édition du festival », indique le communiqué.

Une annulation annoncée quelques heures après la présentation du programme
Cette décision surprend d’autant plus que quelques heures auparavant, l’association avait organisé une conférence de presse à la Maison de la culture de Testour afin de présenter le programme de la 60e édition.
À l’issue de cette rencontre, elle avait publié un message remerciant les journalistes et le public pour leur présence et leur interaction. Rien, au cours de cette conférence de presse, ne laissait présager une telle décision.
Le programme, présenté quelques heures auparavant, prévoyait la tenue du festival du 15 au 25 juillet 2026, avec notamment un spectacle d’ouverture assuré par la Rachidia, des compétitions de malouf, plusieurs créations tunisiennes ainsi que la participation d’artistes et de formations venues de Libye.
L’annulation annoncée dans la soirée constitue ainsi un revirement soudain, alors que la programmation avait déjà été dévoilée et que les supports de communication du festival avaient été diffusés.
Des difficultés financières dénoncées depuis plusieurs semaines
Les difficultés entre l’association organisatrice et le ministère semblent toutefois s’inscrire dans un contexte plus ancien. Le 20 juin dernier, l’association avait publié un communiqué afin de répondre à des informations faisant état de retards dans le règlement de certaines créances. Elle y expliquait que ses difficultés financières étaient liées à la baisse progressive de la subvention accordée par le ministère des Affaires culturelles.
Selon les chiffres avancés par l’association, cette aide est passée de 80.000 dinars en 2020 à 40.000 dinars en 2022, puis à 20.000 dinars en 2023 et 17.800 dinars en 2024. Selon l’association, cette diminution a entraîné une dette d’environ 55.000 dinars. L’association précisait avoir réglé une partie importante de ses engagements en 2025 et prévoir d’apurer le solde au cours de l’année 2026.

Un festival emblématique du patrimoine musical tunisien
Le Festival international du malouf et des musiques arabes traditionnelles de Testour est le plus ancien festival tunisien consacré à la musique traditionnelle. Créé il y a soixante ans, il est dédié au malouf, héritage musical arabo-andalou étroitement lié à l’histoire de Testour, ville fondée par des Andalous.
Cette 60e édition devait célébrer le soixantième anniversaire de la manifestation avec une programmation réunissant plusieurs figures du malouf tunisien et maghrébin, tout en maintenant les compétitions destinées à encourager les différentes troupes de malouf du pays. L’annulation annoncée à quelques jours de son ouverture jette ainsi une incertitude sur l’avenir immédiat de cette manifestation patrimoniale.
Cette situation intervient alors que plusieurs festivals d’été font également état de difficultés de financement. Lors des conférences de presse de présentation des éditions 2026 des Festivals internationaux d’El Jem et de Dougga, leurs responsables avaient indiqué que les subventions du ministère du Tourisme correspondant aux exercices 2024 et 2025 n’avaient toujours pas été versées.
Les organisateurs avaient également précisé que la subvention prévue pour 2026 restait attendue, en expliquant que ces retards fragilisent la trésorerie des associations organisatrices et les contraignent à reporter les déficits d’une édition sur l’autre, en avançant les dépenses sur les budgets des éditions suivantes.
I.N.











2 commentaires
Hannibal
Le ministère de l’inculture a encore frappé.
On n’apprend pas à un singe à faire des grimaces.
Gg
Les organisateurs ont mille fois raison de ne pas plier face à la culture communiste!
En attendant le retour de jours meilleurs…