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Le rapport volontaire de la Tunisie devant l’ONU : l’épreuve de la crédibilité

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Par Imed Daimi 

    Par Imed Daimi 

    Le 13 juillet 2026, la Tunisie présentera devant le Forum politique de haut niveau des Nations unies son troisième Examen national volontaire consacré à la mise en œuvre des Objectifs de développement durable (ODD), après ceux de 2019 et de 2021. Huit pays arabes participent cette année à cet exercice, qui s’est progressivement imposé comme l’un des principaux instruments internationaux de suivi de l’Agenda 2030.

    Longtemps perçus comme de simples rapports diplomatiques, les Examens nationaux volontaires alimentent les travaux des agences des Nations unies, des institutions financières internationales, des partenaires au développement, des chercheurs et d’investisseurs attentifs à la qualité de la gouvernance publique. Ils contribuent à la crédibilité d’un État autant qu’à sa capacité à documenter ses politiques et leurs résultats.

    Dès lors, une question s’impose : un exercice de rapportage international peut-il devenir un véritable outil de gouvernance ?
    Les lignes directrices des Nations unies demandent aux États d’aller au-delà des indicateurs pour expliquer leurs trajectoires, leurs difficultés et leurs réformes. Un Examen national volontaire prend toute sa valeur lorsqu’il relie les résultats aux choix publics qui les produisent. Il devient alors un instrument de pilotage autant qu’un exercice de redevabilité.

    Le rapport tunisien de 2026 s’inscrit dans cette évolution. Sa structure suit davantage les recommandations méthodologiques récentes des Nations unies. La priorisation des Objectifs de développement durable est plus lisible, les indicateurs sont plus nombreux et plusieurs contraintes majeures sont clairement identifiées : finances publiques, stress hydrique, transition énergétique et disparités territoriales.

    Ces avancées changent la nature du débat. La question n’est plus de savoir si le rapport est meilleur que les précédents. Elle est de déterminer s’il permet de comprendre les transformations institutionnelles qui conditionnent aujourd’hui la réalisation des Objectifs de développement durable en Tunisie.

    Des institutions fragilisées, un diagnostic incomplet

    Le premier test concerne la gouvernance.

    Le rapport présente la dissolution de l’Instance nationale de lutte contre la corruption (INLUCC) comme une restructuration du dispositif national de prévention et de lutte contre la corruption. Il n’indique toutefois pas quelles institutions exercent désormais les missions assumées par l’Instance jusqu’à sa fermeture, le 20 août 2021. Dans ces conditions, il devient difficile d’apprécier la portée réelle de la réforme.

    La même lacune apparaît dans ses effets concrets. Le texte ne mentionne ni l’interruption du traitement des milliers de dossiers d’enquête en cours, ni la disparition du mécanisme de protection des lanceurs d’alerte, ni l’arrêt du système de déclaration de patrimoine et de prévention des conflits d’intérêts applicable aux hauts responsables publics.

    Ce silence intervient alors que la Tunisie est passée de la 69ᵉ à la 87ᵉ place de l’Indice de perception de la corruption de Transparency International entre 2020 et 2023. Sans établir de lien de causalité, cette évolution constitue un élément de contexte utile pour apprécier l’état du système national d’intégrité.

    Le rapport passe également sous silence la paralysie de l’Instance nationale d’accès à l’information (INAI), privée de quorum depuis mai 2024, puis la fermeture de son siège et le transfert de son personnel à la Présidence du gouvernement en août 2025. Il n’évoque pas davantage la situation de la Haute Autorité indépendante de la communication audiovisuelle (HAICA), dont le non-renouvellement des membres et le gel du financement ont progressivement empêché le fonctionnement. Ces situations illustrent une même évolution : des institutions continuent d’exister en droit tout en cessant progressivement d’exercer leurs missions dans les faits. Cette distinction est essentielle pour apprécier les capacités institutionnelles mobilisées au service de l’Objectif de développement durable 16.

    Au-delà de ces omissions, le rapport reflète une évolution plus profonde dans la manière d’appréhender cet objectif. Alors que le cadre de référence des Nations unies repose sur un équilibre entre paix, justice, institutions efficaces, libertés fondamentales, transparence, accès à l’information, redevabilité et participation, le rapport privilégie une lecture centrée sur la lutte contre le terrorisme, l’extrémisme violent, la criminalité et la stabilité des institutions. Les dimensions relatives aux libertés publiques, au pluralisme politique et médiatique, à l’indépendance de la justice, à la transparence, à l’accès à l’information et à la redevabilité occupent, en comparaison, une place beaucoup plus limitée. Ce déséquilibre ne résulte pas seulement des informations retenues ou écartées. Il traduit une manière particulière d’interpréter l’Objectif 16 et, plus largement, la trajectoire institutionnelle du pays.

    Un Examen national volontaire n’a pas vocation à arbitrer les choix d’un gouvernement. Sa crédibilité repose sur sa capacité à décrire les transformations engagées, leurs effets observables et les interrogations qu’elles soulèvent. Le lecteur dispose alors de tous les éléments pour exercer son propre jugement.

    Le raisonnement vaut également pour l’engagement de « ne laisser personne de côté ». Le rapport décrit les politiques destinées aux femmes, aux enfants, aux personnes âgées, aux personnes en situation de handicap et aux populations rurales. Les migrants subsahariens présents sur le territoire tunisien restent en revanche pratiquement absents. Dans un contexte où cette question revêt une dimension humaine, sociale et diplomatique majeure, cette omission laisse incomplète l’appréciation du principe d’inclusion au cœur de l’Agenda 2030.

    Des indicateurs à relier aux choix publics

    Cette logique s’applique aussi aux données. Un indicateur n’a de sens que dans son contexte.

    Le rapport indique que les femmes occupent 29,2 % des sièges à l’Assemblée des représentants du peuple. Les données de l’ARP ainsi que les statistiques publiées par l’Union interparlementaire situent cette proportion autour de 16 %. Un tel écart appelle une vérification des sources. Il concerne un indicateur emblématique des Objectifs 5 et 16.

    Plus encore que le chiffre, son évolution mérite d’être expliquée. La diminution de la représentation féminine est intervenue après le décret-loi électoral de 2022, qui a supprimé le principe de parité sur les listes de candidats instauré après la révolution. Ce changement du cadre juridique constitue un élément indispensable à la compréhension de l’indicateur.

    Un rapport sur le développement durable remplit pleinement sa fonction lorsqu’il relie les résultats aux décisions publiques qui les façonnent. Les statistiques deviennent des outils d’évaluation des politiques publiques.

    Concernant le financement de l’Agenda 2030, le rapport présente les contraintes budgétaires, les partenariats, les transferts de la diaspora et les financements non générateurs d’endettement, dans le cadre d’une vision souverainiste privilégiant la mobilisation des ressources nationales et des financements alternatifs. Une question reste pourtant ouverte : ces ressources réellement mobilisables suffisent-elles à atteindre les objectifs annoncés ? Quel sera l’impact des contraintes d’endettement, des difficultés d’accès aux marchés financiers ou de l’absence d’accord avec certains partenaires internationaux sur la capacité d’action de l’État ? Plus largement, le rapport n’examine pas les arbitrages que cette stratégie financière pourrait imposer entre les ambitions affichées et les capacités effectives de mise en œuvre.

    Ces interrogations relèvent de l’évaluation, non de la controverse. Un Examen national volontaire remplit pleinement son rôle lorsqu’il confronte les ambitions affichées aux capacités institutionnelles et financières disponibles. C’est à cette condition qu’il devient un outil d’aide à la décision.

    Le prochain rendez-vous ne devrait donc pas être préparé à l’approche de l’échéance de 2028, mais s’inscrire dans une démarche continue d’amélioration de l’action publique. Cela suppose un suivi des recommandations formulées en 2026, une vérification croisée des données sensibles, une documentation plus transparente des sources statistiques, une explication des ruptures de séries et un lien plus explicite entre les indicateurs, les décisions publiques et les priorités nationales.

    Aucune de ces améliorations ne requiert une réforme d’ensemble. Elles reposent sur une coordination administrative plus efficace, une culture plus exigeante de l’évaluation et la volonté de faire du rapportage international un véritable levier de gouvernance.

    Au fond, l’enjeu dépasse largement le rapport présenté devant les Nations unies.

    Les Examens nationaux volontaires offrent aux États une occasion rare : confronter leurs politiques publiques à leurs propres résultats. Lorsqu’ils remplissent cette fonction, ils cessent d’être un exercice de communication internationale. Ils deviennent un miroir de l’action publique.

    La crédibilité d’un pays ne se mesure alors plus à la qualité du récit qu’il produit, mais à sa capacité d’évaluer lucidement ses résultats et d’en tirer les conséquences. C’est à cette condition qu’un Examen national volontaire cesse d’être un rapport pour devenir un véritable outil de gouvernance.

    BIO EXPRESS

    Imed Daimi – Ancien député, auteur de « Tunisie possible »

    Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.

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    2 commentaires

    1. Imad "Damn he's" right !

      Répondre
      11 juillet 2026 | 8h46

      Article de qualité.
      D ‘une figure de qualité.
      À passif de qualité.

      Discrétion, humilité et efficacité.
      Per et Post décennie de la liberté.

      Malgré entraves toutes azimutées.
      Passées zabazinzinzolinées.
      Qômme actuelles zagafolles à lier.

      Meiileures des continuités souhaitées
      Avec patience, constance et témérité
      à lui comme à tout un pays silencié bientôt libéré.

    2. Adel Hanchi

      Répondre
      10 juillet 2026 | 16h53

      Très belle analyse. J’ai particulièrement apprécié la manière dont cet article aborde la question de la crédibilité du Rapport national volontaire avec nuance et sens de la responsabilité. Vous rappelez avec justesse que cet exercice ne consiste ni à arbitrer les choix d’un gouvernement, ni à imposer une lecture politique prédéterminée, mais à présenter de façon transparente les transformations engagées, leurs effets observables et les interrogations qu’elles soulèvent.

      Cette approche, fondée sur l’objectivité, la qualité des données et la transparence, permet au lecteur de disposer des éléments nécessaires pour exercer son propre jugement. C’est, à mon sens, l’une des grandes qualités de cet article.

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