Le 16 février dernier, onze députés – Chafik Ezzedine Zaafouri, Abdessalem Dahmani, Nejib Akremi, Nizar Essedik, Saber Masmoudi, Faouzi Daas, Bedis Belhaj Ali, Messaoud Grira, Jalel Khadmi, Mohamed Dhaou et Rim Esseghir – déposaient la proposition de loi organique n°015/2026 relative à la sécurité nationale éducative.
Transmise deux jours plus tard à la Commission de la législation générale, avec demande d’avis auprès des commissions de l’éducation et de la défense, la proposition ambitionne de faire de l’enceinte scolaire un « espace souverain » bénéficiant d’une protection maximale.
Sur le principe, l’intention paraît difficilement contestable. La multiplication des agressions contre les enseignants, les situations de harcèlement, l’exposition des élèves aux risques numériques ou encore les phénomènes de trafic aux abords des établissements justifient qu’une réponse publique soit apportée.
Mais à la lecture des quatorze articles du texte, une impression domine : celle d’un empilement de mesures répressives et institutionnelles davantage que celle d’une véritable stratégie globale. Derrière l’affichage d’une fermeté assumée apparaissent plusieurs fragilités qui méritent d’être examinées avant toute adoption.
Une inflation pénale sans stratégie judiciaire
La proposition prévoit la réclusion à perpétuité pour le trafic organisé de stupéfiants en milieu scolaire ainsi que pour les agressions sexuelles commises contre des mineurs. Elle prévoit également des peines allant de vingt à trente ans de prison pour le harcèlement, le chantage numérique ou encore l’enrôlement de mineurs dans des activités criminelles.
Ces sanctions, parmi les plus sévères de l’arsenal pénal tunisien, soulèvent d’abord une question de proportionnalité et d’articulation avec le droit existant. Assimiler, par le biais d’une même peine maximale, des faits de nature et de gravité différentes risque d’effacer les distinctions que le droit pénal cherche précisément à établir.
Au-delà du symbole, l’efficacité d’une politique pénale ne dépend pas uniquement de la sévérité des sanctions. Des peines disproportionnées peuvent aussi compliquer leur application : hésitations dans la qualification des faits, difficultés d’appréciation pour les magistrats ou réticences des victimes à s’engager dans des procédures dont les conséquences apparaissent excessives.
Une loi qui proclame la fermeté sans préciser les conditions de son application risque ainsi de produire davantage un effet d’annonce qu’un véritable outil de protection.
Une superposition juridique plutôt qu’une clarification
L’exposé des motifs affirme vouloir répondre à la dispersion des dispositions existantes, réparties notamment entre le Code pénal, le Code de protection de l’enfant et la loi organique n°58 de 2017 relative à l’élimination de la violence à l’égard des femmes.
Pourtant, la proposition n’abroge ni ne fusionne ces dispositifs. Elle vient ajouter un nouveau cadre juridique, avec ses propres qualifications et ses propres sanctions.
L’objectif affiché de simplification pourrait donc aboutir à l’effet inverse : une nouvelle couche normative dans un environnement juridique déjà complexe. Un même fait, comme une agression sexuelle commise contre un mineur dans un établissement scolaire, pourrait relever de plusieurs régimes d’incrimination, avec un risque de divergences d’interprétation et de difficultés d’articulation entre les textes.
Une sanctuarisation aux contours incertains
La proposition élargit la notion d’enceinte scolaire aux « espaces numériques liés à la vie scolaire ». Une formule dont le périmètre reste largement indéfini.
S’agit-il des groupes WhatsApp discussion entre élèves ? Des comptes personnels sur les réseaux sociaux ? Des plateformes d’enseignement à distance ? Sans critères précis, cette extension numérique risque soit de demeurer théorique, soit d’ouvrir la voie à des interprétations variables.
Même interrogation concernant le périmètre de protection de 500 mètres autour des établissements scolaires. Cette distance, appliquée indistinctement à une école rurale, un collège de quartier ou un lycée situé en zone urbaine dense, ne semble pas reposer sur une évaluation publique des réalités du terrain.
Plus largement, le choix de qualifier l’école d’« espace souverain » interpelle. En rapprochant symboliquement l’établissement scolaire d’une zone relevant de la souveraineté nationale, le texte inscrit la question éducative dans un registre principalement sécuritaire.
Or protéger l’école ne consiste pas uniquement à renforcer son contrôle. Cela implique également d’agir sur les facteurs qui alimentent la violence : climat scolaire dégradé, fragilité sociale, décrochage, absence de dispositifs de prévention ou manque d’accompagnement psychologique.
Sanctuariser une cour d’école ne suffit pas à transformer les réalités qui s’y expriment.
Le grand absent : les enseignants
C’est probablement l’une des principales limites de la proposition : la sécurité des enseignants y occupe une place marginale.
Pourtant, la multiplication des agressions physiques et verbales visant les membres du corps enseignant constitue l’un des symptômes les plus visibles de la dégradation du climat scolaire ces dernières années.
Les enseignants sont en première ligne, mais restent largement absents d’un texte qui concentre son approche sur la protection des mineurs face aux violences sexuelles, aux stupéfiants et aux risques numériques.
Une politique de sécurité éducative qui ne traite pas directement de la sécurité de ceux qui transmettent le savoir ne peut prétendre couvrir l’ensemble du problème.
Une nouvelle structure sans moyens garantis
La proposition prévoit également la création d’une direction générale de la sécurité nationale éducative au sein du ministère de l’Intérieur. Cette structure aurait notamment pour mission de coordonner les interventions et d’élaborer une stratégie nationale annuelle intégrant soutien psychologique, accompagnement social et prévention numérique.
L’objectif peut sembler cohérent. Mais le texte ne précise ni les moyens financiers, ni les effectifs, ni le calendrier de mise en œuvre.
La Tunisie dispose déjà de mécanismes souvent confrontés à un manque chronique de ressources humaines et matérielles. Créer une nouvelle instance, rattachée de surcroît au ministère de l’Intérieur plutôt qu’à celui de l’Éducation, pose également la question de la coordination entre deux administrations aux cultures et aux priorités différentes.
Sans moyens dédiés, le risque est celui d’une structure supplémentaire dont l’existence administrative ne se traduirait pas nécessairement par une présence concrète dans les établissements.
Une réponse à l’émotion plus qu’aux causes
La proposition n°015/2026 se lit moins comme une réforme structurelle que comme une réponse législative à l’indignation publique suscitée par une série de faits divers. Il s’agit en définitive d’une réponse à l’émotion plus qu’aux causes.
Elle mobilise en effet le registre de la souveraineté et de la peine maximale, plus spectaculaire politiquement que la question, autrement plus ingrate, du sous-investissement chronique dans l’école publique, de la surpopulation des classes, de la pénurie d’enseignants ou de l’absence de médiateurs scolaires sur le terrain. La réforme de l’enseignement et, avec elle, l’assainissement du milieu scolaire, sont des chantiers bien plus grands et plus délicats pour les traiter, eux aussi, par le seul prisme sécuritaire. Seule variable pour le pouvoir visiblement.
Protéger l’école est évidemment un impératif que personne ne conteste. Mais une sanctuarisation qui se limite à durcir les peines et à créer un organe de plus, sans données précises sur l’ampleur du phénomène ni moyens dédiés à la prévention, risque de rester un symbole plus qu’une politique publique. Et finira, très certainement, par se montrer très peu effectif pour protéger autant enfants qu’enseignants.
Synda Tajine












5 commentaires
jamel.tazarki
La Tunisie est victime d’une dictature du bâton et d’emprisonnements abusifs dans tous les domaines !
Introduction : Ce commentaire s’inspire du livre « Prévenir et traiter efficacement les difficultés disciplinaires et les troubles sociaux, un guide pour la coopération en classe » de Beate Schuster, professeure de psychologie scolaire à l’université de Munich. Il porte sur la gestion des conflits scolaires, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’école. –> Gérer une classe et maintenir un climat scolaire serein nécessite de trouver un équilibre entre prévention structurée et intervention rapide.
a1) Stratégies de Prévention (Proactivité). La prévention est le levier le plus puissant pour éviter l’escalade des tensions. –> Le rôle de l’enseignant:
– Établir un cadre clair : Co-construisez les règles avec les élèves pour favoriser l’adhésion. Utilisez des formulations positives (ex: « On lève la main » plutôt que « Ne pas crier »).
– Ritualiser l’accueil : Saluez chaque élève à l’entrée. Ce micro-contact permet de détecter immédiatement une humeur négative.
– Aménager l’espace : Assurez-vous que chaque élève est visible et que la circulation est fluide pour éviter les bousculades.
– Utiliser les compétences psychosociales (CPS) : Travaillez explicitement sur l’empathie, la gestion des émotions et la résolution de conflits.
– Valoriser le positif : Utilisez le renforcements positifs entre autres félicitations, encouragements)
a2) Traitement des Difficultés (Réaction). Lorsque le trouble survient, l’objectif est de stopper le comportement sans rompre le lien pédagogique.
– Techniques de bas bruit : Utilisez le regard, le déplacement vers l’élève sans interrompre votre cours.
– Le message clair : Demandez à l’élève d’exprimer son ressenti et ses besoins sans agressivité (« Quand tu fais X, je ressens Y… »).
– Éviter l’escalade de pouvoir : Ne discutez jamais une sanction devant toute la classe. Proposez un entretien en fin d’heure.
– Sanctions éducatives : La sanction doit être proportionnée, prévisible et surtout liée à la faute (réparatrice plutôt que punitive).
– Alliance avec les familles : Communiquez sur les réussites, pas seulement sur les problèmes, pour construire une relation de confiance.
– Observer la fonction du comportement : L’élève cherche-t-il à obtenir de l’attention, à éviter une tâche difficile ou à exprimer une souffrance ?
– Différencier l’approche : Adaptez vos exigences de manière temporaire pour redonner le goût de la réussite à l’élève en difficulté.
– Travailler en équipe : Sollicitez l’infirmier(e), le psychologue scolaire ou les conseillers d’éducation pour une approche pluridisciplinaire.
a3) L’Effet Pygmalion (Les attentes) –> Le comportement de l’enseignant est souvent dicté par ses croyances / attentes inconscientes sur le potentiel d’un élève.
– Attentes hautes : L’enseignant sourit plus, donne des feedbacks précis et laisse plus de temps de réflexion à l’élève. –> Conséquence : L’élève gagne en confiance et progresse réellement (prophétie autoréalisatrice).
– Attentes basses : L’enseignant interroge moins l’élève ou se montre plus impatient. –> Conséquence : L’élève se désengage, intériorise un sentiment d’incompétence et ses résultats chutent
a4) Style de Leadership et Climat de Classe. La posture de l’enseignant détermine la dynamique du groupe :
a4.1) Le style autoritariste (Contrôle excessif)
– Comportement : Ordres sans explication, critiques publiques, recours fréquent à la peur.
– Conséquences : Climat d’anxiété, inhibition de la créativité, et risques de rébellion ou de harcèlement « sous cape » dès que l’enseignant a le dos tourné.
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a4.2) Le style permissif (Manque de cadre)
– Comportement : Absence de limites claires, recherche de la sympathie des élèves.
– Conséquences : Sentiment d’insécurité chez les élèves, montée de l’agressivité entre pairs (la loi du plus fort s’installe) et difficultés de concentration.
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a4.3) Le style démocratique/Directif-Soutien (Équilibre)
– Comportement : Cadre ferme mais bienveillant, explications des règles, droit à l’erreur valorisée.
– Conséquences : Autonomie accrue, meilleure estime de soi et coopération naturelle entre les élèves.
a5) La Communication Verba-Non-Verbale –> Les micro-comportements ont un impact durable :
– Le feedback : Un commentaire centré sur l’effort (« Tu as trouvé une bonne méthode ») vs sur la personne (« Tu es intelligent ») change le rapport à l’échec.
– Le langage non-verbal : Un ton de voix sec ou un soupir de découragement peut être perçu comme un rejet total par un élève fragile.
– L’exemplarité : Si l’enseignant crie pour demander le silence, il légitime le cri comme mode de communication
a6) Un enseignant qui gère ses propres émotions offre un modèle de régulation :
– Conséquence positive : L’élève se sent en sécurité pour poser des questions et prendre des risques intellectuels.
– Conséquence négative : Un comportement imprévisible de l’adulte place l’élève en état de « stress chronique », ce qui paralyse les zones du cerveau dédiées à l’apprentissage (cortex préfrontal).
a7) Intervention en cas de difficultés disciplinaires et de maltraitance sociale:
a7.1) Analyse de l’amplificateur caché (Analyse Fonctionnelle) –> Tout comportement perturbateur a une fonction. L’amplificateur caché est ce qui « nourrit » le comportement et le maintient.
– Identifier le but : L’élève cherche-t-il l’attention (du prof ou des pairs), l’évitement (d’une tâche difficile) ou une stimulation sensorielle ?
– Neutraliser le renforcement : Si un élève fait le clown pour faire rire ses camarades, le rire est l’amplificateur. Si vous le punissez publiquement, vous lui offrez l’attention recherchée.
– Action : Identifiez ce qui déclenche et ce qui récompense involontairement le comportement pour briser le cycle.
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a7.2) La louange comme outil de modélisation –> La psychologie clinique montre que le cerveau réagit plus durablement au renforcement positif qu’à l’aversion.
– Praise vs Punishment : La punition stoppe un comportement mais n’enseigne pas quoi faire à la place. La louange, elle, définit le standard.
– Spécificité : Évitez le « C’est bien ». Préférez : « J’apprécie que tu aies ouvert ton livre dès que je l’ai demandé ».
– Ratio de Gottman : Visez 4 à 5 interactions positives pour 1 remarque corrective afin de maintenir la réceptivité émotionnelle de l’élève.
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a7.3) Principe de moindre intervention –> L’objectif est de corriger le tir avec le minimum de perturbation pour le reste du groupe. Plus l’intervention est forte, plus elle risque de déclencher une réaction d’opposition.
a7.3.1)La pyramide d’escalade :
1. Non-verbal : Proximité physique, regard soutenu.
2. Léger verbal : Insérer le nom de l’élève dans une phrase du cours.
3. Privé : Chuchoter une consigne à l’oreille.
a7.3.2) Éviter l’effet de scène : Ne jamais transformer un incident mineur en débat public
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a7.4) Punir le comportement, pas la personne –> Il est crucial de dissocier l’acte de l’identité de l’élève pour éviter les mécanismes de défense psychologiques (colère, honte).
– Langage descriptif : « Ton cri a interrompu la lecture » plutôt que « Tu es insupportable ».
– Le droit à l’erreur : L’élève doit comprendre que le lien avec l’enseignant reste intact malgré la faute.
– Réparer plutôt que souffrir : Une sanction efficace doit être une réparation (ex: refaire un travail, s’excuser) et non une simple privation.
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a7.5) Prise en compte du renforcement par procuration. –> Les élèves apprennent en observant les conséquences subies par les autres (Apprentissage social de Bandura).
– Cibler les conséquences : Lorsque vous félicitez un élève calme, les autres « reçoivent » indirectement ce renforcement et tendent à imiter le comportement.
– Consistance : Si un comportement fautif n’est pas traité, le reste de la classe intègre que la règle est optionnelle (renforcement négatif par l’absence de réaction).
– Justice perçue : La classe observe si le traitement est équitable. Une sanction injuste pour un leader peut transformer l’élève en « martyr » et retourner le groupe contre l’enseignant.
Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien
jamel.tazarki
La suite du thème « la gestion des conflits scolaires, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’école »
a8) L’utilisation de renforcements doit être stratégique pour ne pas transformer l’apprentissage en un simple échange marchand.
a8.1) L’affaiblissement de la motivation (L’effet de surjustification) –> Si un élève reçoit une récompense systématique pour une tâche qu’il aime déjà, sa motivation intrinsèque (le plaisir de faire) s’éteint au profit de la motivation extrinsèque (le gain).
– Le danger : L’élève ne travaille plus que si une « carotte » est visible.
– La solution : Le renforcement spontané :
— Ne promettez pas de récompense avant la tâche.
— Surprenez l’élève après un effort exceptionnel : « J’ai vu ton implication aujourd’hui, j’ai été impressionné par ta méthode. »
— L’effet : La surprise crée un pic de dopamine qui renforce le comportement sans créer de dépendance contractuelle.
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a8.2) Comment s’appliquent exactement les sanctions ? –> Pour être efficace cliniquement, la sanction doit viser la restauration du cadre et non la souffrance de l’élève.
– L’immédiateté (relative) : Plus le délai est court entre l’acte et la sanction, plus le lien de causalité est intégré (surtout chez les plus jeunes).
– La prévisibilité : L’élève ne doit pas être surpris. « Si tu fais X, il se passera Y. » La sanction est la conséquence d’un choix de l’élève.
– La gradation : Utilisez l’échelle des sanctions. On ne sort pas « l’artillerie lourde » pour un bavardage.
– Le caractère privé : Annoncez la sanction calmement, idéalement en tête-à-tête, pour éviter que l’élève ne « fasse le spectacle » devant ses pairs.
– La réparation : Privilégiez les sanctions logiques.
— Exemple : Table taguée –> Table à nettoyer (plutôt que 2h de colle à ne rien faire).
a9) Problèmes de discipline vs Intimidation (Harcèlement) –> Il est crucial de distinguer une simple dispute d’une situation d’intimidation, car le traitement clinique est opposé.
a9.1) La Discipline
– Nature : Équilibre des forces, ponctuel, souvent lié à une frustration immédiate.
– Intervention : Médiation, rappel à la règle, résolution commune de problème.
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a9.2) L’Intimidation (Le harcèlement)
– Nature : Déséquilibre de pouvoir, répétitivité, intention de nuire.
– Intervention (Méthode de la Préoccupation Partagée) :
1.Ne pas punir d’abord : La punition brutale du leader renforce souvent le secret et la victimisation de la cible.
2.Entretiens individuels : Rencontrer les intimidateurs (et les spectateurs) pour leur faire part de votre inquiétude pour la victime.
3.Responsabilisation : Demander à l’intimidateur : « Que pourrais-tu faire pour que [Victime] se sente mieux ? »
4.Casser le groupe : L’intimidation est un phénomène social. Traiter les élèves individuellement brise la dynamique de meute.
a10) Au-delà des règles : La conception du cadre (Setting) –> Le feedback ou la gestion de conflit échouent souvent non pas à cause des mots, mais à cause du contexte spatial et temporel. Concevoir le cadre, c’est créer un environnement sécurisant qui favorise la parole clinique.
a10.1) Le Cadre Physique (Le contenant)
– Neutraliser la hiérarchie : Pour une discussion de consultation, évitez de rester derrière votre bureau imposant. Placez les chaises à 90° pour symboliser que vous regardez le problème ensemble plutôt que de vous affronter.
– Confidentialité et sanctuaire : Un feedback donné dans le couloir entre deux portes est perçu comme une agression. Un cadre stable (une salle précise, au calme) signifie à l’élève que son cas est pris au sérieux.
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a10.2) Le Cadre Temporel
– Le temps de latence : Ne jamais mener une discussion de conflit « à chaud » si l’émotion est trop forte. Différer l’entretien permet au cortex préfrontal (raison) de reprendre le dessus sur l’amygdale (émotion).
– La durée définie : Annoncer la durée (« Nous avons 10 minutes ») sécurise l’élève. Il sait que le moment de confrontation a une fin, ce qui réduit son anxiété défensive.
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a10.3) La Culture du Feedback « Processus » –> Au-delà de la technique du « sandwich » (positif-négatif-positif), le feedback clinique doit être :
– Un dialogue, pas un monologue : Posez des questions ouvertes. « Comment as-tu perçu la situation ? » au lieu de « Voici ce que tu as fait ».
– Orienté vers le futur (Feed-forward) : Consacrez 20% du temps au problème passé et 80% aux solutions futures.
a11) L’expérience de la poupée Bobo menée par Albert Bandura en 1961 est le fondement de la théorie de l’apprentissage social. Elle démontre que les enfants apprennent des comportements agressifs par simple observation, sans renforcement direct. –> L’expérience montre que l’apprentissage ne passe pas seulement par l’essai/erreur, mais par le modelage (vicarious learning).
– L’inhibition/Désinhibition : Voir un modèle agir sans être puni « autorise » l’élève à reproduire le comportement. Si l’adulte crie, l’élève intègre que le cri est un outil de communication valide.
– Apprentissage sans pratique : Un élève peut apprendre un comportement perturbateur complexe simplement en regardant un camarade le faire, même s’il ne l’a jamais pratiqué auparavant.
– Le rôle des conséquences : Si le modèle est récompensé (ou non puni), l’imitation est quasi certaine. Si le modèle est puni, l’enfant apprend le comportement mais choisit de ne pas l’exécuter (jusqu’à ce que la surveillance baisse).
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a11.1) 1. Le « Leader » de classe –> L’élève ayant le plus haut statut social (populaire, charismatique ou physiquement dominant) sert de modèle de référence.
– Si le leader transgresse les règles, la classe bascule souvent dans l’indiscipline car le seuil de désinhibition va s’effondre pour les autres.
– Action clinique : L’enseignant doit identifier ce leader et travailler avec lui (alliance) pour qu’il devienne un vecteur de comportements positifs.
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a11.2) L’enseignant comme modèle de statut –> L’enseignant détient le statut institutionnel. Son comportement est scruté :
– Exemplarité : Si l’enseignant demande le respect mais se montre sarcastique ou méprisant, les élèves imiteront le mépris (comportement observé) plutôt que d’obéir à la consigne (parole).
– La gestion du stress : La manière dont vous réagissez à un conflit devient le « manuel d’utilisation » des émotions pour vos élèves.
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a11.3) Le renforcement par procuration (Vicarious reinforcement) –> Lorsqu’un élève à haut statut social obtient ce qu’il veut par la négociation ou la force, il renforce ce comportement chez tous les spectateurs de la classe. –> Conséquence : La discipline ne se joue pas seulement entre l’enseignant et l’élève perturbateur, mais entre l’enseignant et l’audience qui observe la scène.
Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien
jamel.tazarki
La suite du thème « la gestion des conflits scolaires, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’école »
a12) Neutraliser l’influence négative d’un leader sans entrer dans un conflit de pouvoir. –> Le but est de transformer son besoin de pouvoir en un besoin de responsabilité.
12.1) La stratégie de l’Alliance Privée (Co-responsabilisation)
– L’entretien de « bas de porte » : Interpellez-le en fin d’heure, seul à seul.
– Le discours : « J’ai remarqué que la classe t’écoute beaucoup. Tu as une influence énorme sur l’ambiance du groupe. En ce moment, cette influence complique mon travail. J’ai besoin de ton aide pour que le cours avance. »
– Pourquoi ça marche ? : Vous validez son statut (son besoin de prestige) tout en créant une attente de coopération. S’il accepte, il devient un allié du cadre.
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a12.2) 2. Briser l’audience (Isoler le modèle) –> Le leader n’existe que par son public. Sans spectateurs, son comportement perd sa fonction de renforcement.
– Changement de place stratégique : Ne l’isolez pas au fond de la classe (où il voit tout le monde), mais placez-le au premier rang, sur un côté. Il perd le contact visuel avec son « audience ».
– Le « Silence de l’audience » : Si le leader fait une provocation, adressez-vous à la classe plutôt qu’à lui : « Nous attendons que [Nom] soit prêt pour continuer notre travail. » Vous déplacez la pression sociale : ce n’est plus le prof contre le leader, mais la classe qui attend après un seul élève.
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a12.3) Le « Don de rôle » (Détournement de compétence)
Donnez-lui une fonction officielle qui utilise ses capacités de leader de manière constructive.
– Exemples : Responsable du matériel.
– L’effet clinique : S’il est investi d’une mission valorisante par l’autorité (par l’enseignant), saboter le cours reviendrait à saboter sa propre mission. C’est une forme de dissonance cognitive qui le pousse à se calmer.
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a12.4) Ignorer l’acte, pas l’élève (Extinction ciblée) –> Si le leader cherche la confrontation pour tester votre autorité :
– L’intervention minimale : Répondez en tant qu’enseignant par une consigne courte et reprenez immédiatement votre cours. Ne vous arrêtez pas pour argumenter.
– L’effet : En ne « montant pas sur le ring », vous lui refusez en tant qu’enseignant la récompense (le conflit de pouvoir). Il passe pour quelqu’un qui s’agite seul dans son coin sans obtenir l’attention espérée.
a13) Que faire si le leader agresse ses camarades durant les récréations ou à la sortie de l’école, allant même jusqu’à se battre ?
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Dès que la violence physique entre en jeu (bagarres, agressions), nous sortons du cadre de la simple indiscipline pour entrer dans celui de la sécurité des personnes et du harcèlement (intimidation). L’approche clinique doit alors se doubler d’une approche institutionnelle ferme:
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– La distinction clinique : Un conflit est une dispute entre égaux. Une agression est un abus de pouvoir.
– La réponse : La violence physique doit entraîner une sanction immédiate et non négociable (exclusion, conseil de discipline). Le message doit être clair : « Peu importe la raison du désaccord, le passage à l’acte physique est une ligne rouge qui brise ton statut d’élève. »
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a13.1) La Méthode de la Préoccupation Partagée (Pikas) –> Si l’agression est répétée (intimidation), punir le leader devant son « gang » peut le transformer en martyr. La méthode Pikas consiste à :
1: Entretiens individuels courts : Recevoir le leader et ses complices séparément.
2: Le script : « Je t’ai fait venir parce que je suis inquiet pour [Victime]. J’ai remarqué qu’il ne va pas bien du tout en ce moment. Qu’est-ce que tu as observé, toi ? »
3: L’objectif : Ne pas l’accuser frontalement (ce qui déclenche le mensonge), mais mobiliser sa capacité d’empathie et le forcer à proposer une solution : « Que peux-tu faire pour qu’il ne se sente plus en danger ? »
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a13.2). Sécuriser les « Zones d’Ombre » –> Les récréations et la sortie sont des lieux où la surveillance est plus diffuse.
– Le signalement : Informez officiellement la direction et les surveillants. Le leader doit se sentir « sous les projecteurs ». S’il sait qu’il est surveillé spécifiquement, son sentiment d’impunité s’effondre.
– L’aménagement du temps : Si nécessaire, décaler sa sortie de 5 minutes par rapport à la victime pour éviter l’affrontement devant l’école (mesure de protection).
a14) c’est la loi du silence qui fait la force des agresseurs. Ça qui fait penser à l’effet du spectateur (Bystander-Effekt).
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L’effet du spectateur (ou effet témoin) est le moteur invisible qui permet au leader agressif de maintenir son emprise. En psychologie sociale, plus il y a de témoins, moins chacun se sent responsable d’intervenir. Le leader utilise ce silence comme une approbation tacite ou une preuve de sa puissance.
a14.1) Pourquoi les élèves ne disent rien ? (Mécanismes cliniques)
– La dilution de la responsabilité : « Quelqu’un d’autre va sûrement prévenir le prof. »
– L’ignorance pluraliste : L’élève regarde les autres. Si personne ne réagit, il conclut que la situation n’est peut-être pas si grave, même si son instinct lui dit le contraire.
– L’appréhension de l’évaluation : La peur d’être étiqueté comme « balance » (le fameux stigmate social) ou de devenir la prochaine cible.
–> Comment briser cet effet en classe et à l’école ?
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a14.2) Pour neutraliser le leader, vous devez en tant qu’enseignant transformer les spectateurs passifs en témoins actifs.
a14.2.1 ) Responsabiliser individuellement: Lorsqu’un incident se produit. En tant qu’enseignant, ne posez pas de question à la classe entière (« Qui a vu ? »). Adressez-vous à des individus précis dans un cadre privé. La pression du groupe s’efface devant la relation duelle avec l’adulte.
a14.2.2) Le concept de « Dénoncer » vs « Signaler » –> Il faut enseigner cliniquement la différence aux élèves entre Dénoncer et Signaler (ou Porter secours):
– Dénoncer : C’est pour causer des ennuis à quelqu’un (recherche de punition).
– Signaler (ou Porter secours) : C’est pour sortir quelqu’un d’un danger (recherche de protection).
– L’effet : Le leader réalise que son « audience » n’est plus un bouclier, mais une source de surveillance. Son sentiment d’impunité s’écroule.
– Développer l’empathie cognitive : En classe, travaillez En tant qu’enseignant sur des scénarios fictifs (sans nommer le leader) : « Que ressent celui qui subit ? Que ressent celui qui regarde sans bouger ? ». Cela permet aux élèves de mettre des mots sur leur propre malaise et de réduire l’ignorance pluraliste.
jamel.tazarki
La suite du thème « la gestion des conflits scolaires, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’école »
a15) effet du spectateur
–> Ce comportement, appelé « effet du spectateur », est lié à l’« impuissance acquise / apprise » de Seligman. Avec ce sentiment, où on se dit : « Il faut se soumettre et ne pas se révolter contre l’agression, car on n’a aucune chance de changer la situation. » –> En effet, dans une dictature familiale ou politique, on apprend à se taire face à l’injustice du père ou du dictateur afin d’éviter d’en subir les conséquences: sous l’effet de l’« impuissance acquise » –> Et ceci se reflète chez les victimes, bien que souvent elles sont plus fortes et intelligentes que l’écolier agresseur.
A15.1) Le lien entre Seligman et l’Effet du Spectateur (on voit qu’il y a une personne en danger mais personne n’agit) –> L’impuissance acquise survient quand un individu est exposé à des stimuli négatifs répétés auxquels il ne peut échapper. Il finit par intégrer que « peu importe son action, le résultat sera le même ».
– Chez la victime : Même si elle est plus intelligente ou forte que l’agresseur, elle a « appris » que résister entraîne une escalade de violence ou une humiliation supplémentaire. Son cerveau passe en mode « sidération » ou « soumission » pour minimiser les dégâts immédiats.
– Chez les témoins : Ils développent une impuissance acquise par procuration. En voyant le leader agresser impunément, ils se disent : « Si l’institution (l’école, les profs) ne fait rien, ce n’est pas moi, simple élève, qui vais changer les choses. »
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a15.2) L’analogie de la « Dictature » (Scolaire, Familiale, politique)
La comparaison avec les systèmes totalitaires est cliniquement exacte. Dans une classe dominée par un leader violent, on observe les mêmes mécanismes que sous une dictature :
– L’arbitraire : L’agresseur frappe sans raison logique. Cela crée un stress chronique qui épuise les ressources cognitives des autres élèves.
– La rupture de solidarité : Pour survivre, chacun se replie sur soi. La peur de la conséquence (la punition du dictateur ou le coup de l’agresseur) brise le lien social.
– Le silence comme survie : Se taire n’est pas de la lâcheté, c’est une stratégie adaptative de conservation.
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a15.3) Pourquoi les victimes « fortes et intelligentes » sont-elles ciblées ?
–> C’est un paradoxe fréquent en psychologie clinique : l’agresseur ne choisit pas forcément le plus faible, mais celui qui représente une menace pour son statut.
1: L’intimidation préventive : En s’attaquant à quelqu’un d’intelligent ou de respecté, le leader envoie un message : « Si je peux briser [Élève brillant], imaginez ce que je peux vous faire. »
2: La jalousie du statut : L’agresseur compense souvent un déficit d’estime de soi ou de capacités réelles par une domination physique. Briser celui qui réussit est une manière de rétablir une hiérarchie où il est au sommet.
3: L’absence de codes de violence : L’élève « intelligent » ou « bien élevé » n’a souvent pas les outils de défense brutale. Il cherche une solution logique là où l’agresseur utilise une force primaire. Cette asymétrie de « logiciel » profite à l’agresseur.
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A15.4) Comment contrer l’Impuissance Acquise en classe ? –> Pour briser ce sentiment, il faut redonner aux élèves (victimes et témoins) une expérience d’efficacité :
– Le retour de la prédictibilité : Le cadre doit être si ferme et constant que l’agresseur ne peut plus agir impunément. Quand la règle « si X alors Y » revient, l’impuissance diminue car l’environnement redevient logique.
– Micro-victoires pour la victime : Lui redonner du pouvoir dans des domaines où elle excelle pour restaurer son image de soi.
– Garantir l’anonymat du signalement : C’est le seul moyen de briser la peur du « dictateur ». Si l’élève voit que sa parole change la réalité sans qu’il ne subisse de représailles, il sort de l’impuissance acquise.
jamel.tazarki
La suite du thème « la gestion des conflits scolaires, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’école »
a16) Si tous les citoyens, dans une dictature politique, gardent le silence en voyant les injustices et les folies du système, les enfants apprennent, par imitation (d’après Bandura), les comportements des parents et de la société. Et ainsi, les écoliers n’interviennent pas en voyant l’un de leurs camarades agressé en pleine rue !
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En reliant Bandura à la sociologie des systèmes oppressifs, on comprend que l’école n’est pas un vase clos : elle est le miroir des stratégies de survie apprises à la maison et dans la société.
Le « Modelage » de la passivité (Bandura)
Selon la théorie de l’apprentissage social, l’enfant n’apprend pas ce que l’adulte dit, mais ce que l’adulte fait.
– L’observation du silence : Si un enfant voit ses parents baisser les yeux devant une injustice ou se taire par peur des conséquences, il intègre que le silence est la norme de sécurité.
– La validation du modèle : Pour l’enfant, le parent est le modèle de statut le plus élevé. Si ce modèle adopte une posture de soumission ou d’indifférence face à la « folie du système », l’enfant reproduit ce comportement par mimétisme adaptatif.
– L’absence de contre-modèle : Dans une dictature (qu’elle soit politique ou familiale), l’héroïsme est puni. L’enfant apprend donc que l’intervention est associée à un danger vital, ce qui fige son comportement de spectateur.
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a16.1) L’anesthésie de l’empathie en pleine rue –>
Pourquoi l’élève n’intervient-il pas alors qu’il voit son camarade se faire agresser ?
1. L’automatisme de survie : Face à l’agression, le cerveau de l’enfant « scanné » par l’impuissance acquise active le mode Fidging (soumission/inertie). Il traite l’agresseur comme le « dictateur » local contre lequel on ne peut rien.
2. La déresponsabilisation apprise : « Si les adultes ne disent rien contre le système, pourquoi devrais-je risquer ma peau pour un camarade ? » C’est la logique du « chacun pour soi » propre aux systèmes totalitaires.
3. Le poids du groupe : En pleine rue, l’effet du spectateur est démultiplié. L’enfant cherche dans le regard des autres une validation pour agir. S’il ne voit que de la peur, il reste pétrifié.
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a16.2) Le rôle de l’école : Briser le cycle ? –> C’est là que le rôle de l’enseignant devient crucial, mais aussi extrêmement difficile. L’école peut être le seul lieu où l’on déconstruit ce modèle :
– Inverser le prestige : Il faut que le « témoin actif » (celui qui parle) obtienne un statut social plus élevé et plus de reconnaissance que l’agresseur ou le spectateur passif.
– Sécuriser la parole : Puisque l’enfant a appris que « parler = danger » (modèle de la dictature), l’enseignant doit prouver par des actes répétés que dans la classe, « parler = protection ».
– Pratiquer l’indignation : Si l’enseignant reste neutre ou silencieux face à une injustice flagrante dans sa classe, il confirme le modèle du dictateur. En exprimant une désapprobation ferme (congruence de Rogers), il offre un nouveau modèle d’identification.
a17) La Théorie des Systèmes (Bronfenbrenner) –> On ne peut pas comprendre l’élève sans comprendre ses cercles d’influence (modèle écologique) :
–> D’après Bronfenbrenner, le macro-système a une influence sur l’exosystème, et ce dernier a une influence sur le micro-système, qui contient lui-même le méso-système. La question qui s’impose: par où commencer afin d’améliorer le comportement des citoyens ?
a17.1) Le Microsystème : Le point de départ pragmatique –> C’est le niveau le plus accessible pour l’action éducative.
– Pourquoi ? C’est là que l’individu vit ses expériences directes. Si l’on change la dynamique de la famille ou de la classe, on modifie immédiatement le « logiciel » comportemental de l’enfant.
– L’objectif : Transformer l’enfant d’un « récepteur passif » de modèles en un « acteur critique ». En apprenant l’empathie et le courage civil à l’école, on prépare un citoyen capable de résister aux pressions du Macrosystème.
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a17.2) Le Mésosystème : Le levier de la cohérence –> C’est le niveau des interconnexions (ex: la relation parents-enseignants).
– Le problème : Si l’école prône la non-violence mais que la famille valorise la loi du plus fort, le Mésosystème est en conflit.
– L’action : Créer une alliance éducative. Si les différents microsystèmes de l’enfant envoient le même signal, l’influence des modèles extérieurs (exosystème) s’affaiblit.
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a17.3) L’Exosystème : Le levier structurel
C’est ici que se jouent les conditions de vie qui influencent indirectement l’enfant (ex: les médias, les conditions de travail des parents, l’urbanisme).
– Le levier : Pour améliorer le comportement des citoyens, il faut agir sur leur sentiment de sécurité. Un citoyen précarisé ou stressé par son environnement professionnel est plus susceptible de se replier sur l’impuissance acquise ou l’agressivité défensive.
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a17.4) Le Macrosystème : La source des valeurs
C’est le niveau des lois, de la culture et des idéologies (ex: la dictature vs la démocratie).
– La réalité théorique : C’est le niveau le plus puissant mais le plus lent à modifier. Il définit ce qui est « normal ».
– L’action : Le changement ici passe par la loi. En interdisant la violence physique (ex: lois contre les châtiments corporels), le Macrosystème finit par modifier, sur plusieurs générations, les pratiques du Microsystème.
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a17.5) Conclusion : Par où commencer ? –> Si l’on suit une approche de psychologie clinique et sociale, l’ordre le plus efficace est souvent :
1. Le Microsystème (L’École/La Famille) : Pour briser immédiatement le cycle de l’imitation (Bandura). On crée des « îlots de résistance » comportementale.
2. Le Macrosystème (La Loi) : Pour donner une légitimité à ces nouveaux comportements et forcer l’Exosystème à s’adapter.
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En résumé : On commence par le bas (l’éducation) pour former des individus capables de changer le haut (le système), tout en utilisant le haut (la loi) pour protéger ceux qui essaient de changer les choses en bas.