L’investisseur américain Fergie Chambers, installé en Tunisie et connu pour son soutien financier au Club Africain, fait désormais face à la justice américaine. Arrêté vendredi 10 juillet à Ibiza, en Espagne, il est visé par une procédure d’extradition vers les États-Unis, où il est notamment poursuivi pour blanchiment international d’argent et soutien matériel présumé à des organisations terroristes étrangères.
Selon les médias The Grayzone et Middle East Eye, qui rapportent les premiers éléments d’un acte d’accusation placé sous scellés, cette affaire s’inscrit dans le contexte du soutien affiché de Fergie Chambers à la cause palestinienne et de ses financements en faveur de projets humanitaires liés à Gaza.
Héritier de la fortune de la famille Cox, James Cox Chambers Jr., plus connu sous le nom de Fergie Chambers, avait vendu en 2023 ses parts dans l’entreprise familiale avant de quitter les États-Unis. Il avait alors annoncé vouloir consacrer une partie de sa fortune à des projets de solidarité internationale, notamment au profit des populations de Gaza, ainsi qu’au financement de médias et d’organisations militantes favorables à la Palestine.
Selon The Grayzone, l’acte d’accusation reproche à Chambers d’avoir procédé à des opérations de blanchiment d’argent « dans l’intention de fournir un soutien matériel et des ressources à des organisations terroristes étrangères ». Le média affirme toutefois que les extraits du document qu’il a pu consulter ne présentent aucun élément établissant que des fonds auraient effectivement été versés à une organisation qualifiée de terroriste.
La Tunisie apparaît dans le dossier judiciaire
C’est dans ce contexte que la Tunisie est mentionnée dans les documents rapportés par The Grayzone.
Selon le média, l’acte d’accusation indique que Fergie Chambers « a effectué de nombreux transferts de fonds depuis des banques aux États-Unis vers des banques en Tunisie », où il s’est installé à la fin de l’année 2023.
Les extraits publiés ne précisent ni les montants concernés par ces virements ni l’identité de leurs bénéficiaires. Middle East Eye évoque, de son côté, environ 7,5 millions de dollars transférés hors des États-Unis après son départ du pays, sans préciser quelle part aurait été envoyée en Tunisie.
L’acte d’accusation demeurant placé sous scellés, ces informations n’ont pas pu être vérifiées de manière indépendante.
Toujours selon The Grayzone, les fonds transférés en Tunisie auraient notamment servi à financer des investissements dans des entreprises locales ainsi que son engagement auprès du Club Africain. Le média souligne cependant que les passages de l’acte d’accusation qu’il rapporte n’établissent aucun lien entre les poursuites engagées par la justice américaine et ces investissements connus en Tunisie.
Un acteur devenu incontournable au Club Africain
Depuis son installation à Sidi Bou Saïd, Fergie Chambers s’était imposé comme l’un des investisseurs étrangers les plus visibles en Tunisie.
En juillet 2024, il était devenu sponsor du Club Africain par l’intermédiaire de sa société JII. Il avait conclu un contrat de sponsoring de trois ans avec le club et versé, en mai 2025, 3,5 millions d’euros sur un engagement total de quatre millions d’euros.
Ces financements avaient permis d’éponger près de 90 % des dettes du Club Africain, alors estimées à environ six millions d’euros, contribuant largement au redressement de la situation financière du club.
Une affaire aux résonances politiques
Au-delà des accusations financières, The Grayzone présente cette procédure comme l’une des premières visant un important soutien occidental de la cause palestinienne dans le cadre du durcissement de la politique de l’administration Trump contre les mouvements de solidarité avec Gaza.
Le média souligne également que l’arrestation de Fergie Chambers intervient dans un contexte de tensions diplomatiques entre Washington et Madrid, l’Espagne ayant multiplié ces derniers mois les critiques à l’égard de la politique israélienne à Gaza.
À ce stade, les autorités américaines n’ont rendu public aucun extrait de l’acte d’accusation et la justice espagnole n’a communiqué ni le contenu du mandat d’arrêt ni les éléments à l’appui de la demande d’extradition. Les informations disponibles reposent principalement sur les révélations de The Grayzone et de Middle East Eye, tandis que de nombreuses zones d’ombre demeurent sur la nature exacte des faits reprochés à Fergie Chambers.
I.N.










