Malgré la progression des exportations tunisiennes au premier semestre 2026, le déficit commercial continue de se creuser sous l’effet d’importations en forte hausse. Derrière cette dégradation se cache un déséquilibre majeur : l’énergie explique désormais plus de la moitié du déficit commercial du pays, illustrant une dépendance aux hydrocarbures que la Tunisie cherche pourtant à réduire à l’horizon 2035.
L’Institut national de la statistique (INS) vient de publier les résultats du commerce extérieur au terme du premier semestre 2026. Les échanges commerciaux de la Tunisie se sont soldés par un déficit de 12,57 milliards de dinars, contre 9,9 milliards un an auparavant, soit une aggravation de 26,9%. Les exportations ont progressé de 9% pour atteindre 34,65 milliards de dinars, mais les importations ont augmenté plus rapidement (+13,3%), à 47,21 milliards de dinars, ramenant le taux de couverture à 73,4%, contre 76,2% un an plus tôt.
Au-delà de cette dégradation globale, les chiffres révèlent un déséquilibre particulièrement marqué : le déficit énergétique atteint 6,78 milliards de dinars, contre 5,21 milliards un an auparavant. Il représente désormais 53,9% du déficit commercial total et dépasse même le déficit commercial hors énergie, qui s’établit à 5,79 milliards de dinars. Autrement dit, plus d’un dinar de déficit commercial sur deux provient aujourd’hui des échanges énergétiques.
Quand l’énergie efface les progrès des exportations
L’analyse des données de l’INS montre que la facture énergétique continue de tirer le déficit commercial vers le bas. Le déficit du secteur s’est aggravé d’environ 30% en un an, une progression plus rapide que celle du déficit commercial global (+26,9%). Dans le même temps, les importations de produits énergétiques ont bondi de 33,5%, soit la plus forte hausse parmi les grandes catégories de produits importés.
Cette évolution contraste avec les performances enregistrées par plusieurs secteurs exportateurs. Les exportations ont notamment été soutenues par la progression des ventes d’huile d’olive, des industries mécaniques et électriques ainsi que des produits pétroliers raffinés ont progressé au cours des six premiers mois de l’année. Ces résultats ont contribué à soutenir les exportations tunisiennes, mais ils n’ont pas suffi à compenser l’alourdissement de la facture énergétique, qui demeure de loin le premier facteur de creusement du déficit commercial.
Une dépendance structurelle qui s’accentue
Les chiffres publiés récemment par l’Observatoire national de l’énergie et des mines (ONEM), relevant du ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, permettent d’expliquer cette évolution.
À fin avril 2026, les ressources d’énergie primaire ont reculé de 9% par rapport à la même période de l’année précédente. Dans le détail, la production nationale de pétrole brut a diminué de 7% et celle de gaz naturel de 13%, alors que la demande d’énergie primaire a progressé de 4%.
Autrement dit, la Tunisie produit moins d’énergie tout en continuant à en consommer davantage. Ce décrochage entre l’offre nationale et les besoins du pays accroît mécaniquement le recours aux importations de pétrole et de gaz, ce qui alourdit la facture énergétique et, par ricochet, le déficit commercial.
Cette tendance se reflète également dans le taux de dépendance énergétique. À fin avril 2026, celui-ci atteignait 65% en tenant compte de la redevance sur le transit du gaz algérien et 71% hors redevance. Autrement dit, près des deux tiers, voire plus de sept dixièmes des besoins énergétiques du pays, sont couverts par des importations d’hydrocarbures.
À cette dépendance structurelle s’ajoute un contexte international moins favorable. L’ONEM souligne que la hausse des cours du Brent sur les quatre premiers mois de 2026 a contribué à renchérir la facture des importations énergétiques, malgré une appréciation du dinar face au dollar.
Un défi majeur pour la stratégie énergétique 2035
Cette situation contraste avec les ambitions de la Stratégie énergétique de la Tunisie à l’horizon 2035, adoptée en 2023. Celle-ci vise notamment à renforcer la sécurité d’approvisionnement, réduire la dépendance aux importations d’énergies fossiles, développer les énergies renouvelables et améliorer l’efficacité énergétique afin de maîtriser progressivement le déficit énergétique. Le document souligne également que la dépendance croissante aux importations constitue un facteur de vulnérabilité pour la balance des paiements et les équilibres macroéconomiques du pays.
Les données publiées aujourd’hui ne permettent évidemment pas de préjuger de la capacité de la Tunisie à atteindre ces objectifs d’ici 2035. Elles montrent en revanche que l’ampleur du défi est considérable. Alors que le déficit énergétique explique désormais plus de la moitié du déficit commercial, que la production nationale continue de reculer et que le taux d’indépendance énergétique s’érode, les prochaines années seront déterminantes pour infléchir ces tendances et rapprocher le pays des objectifs qu’il s’est fixés.
I.N.











Commentaire
Hannibal
On se met le doigt dans l’œil en n’investissant ou en ne permettant pas des projets d’énergie solaire.
Protéger le monopole de la Steg est suicidaire pour le pays.