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Désigner l’ennemi, laisser faire la haine

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Par Synda Tajine


    Hamma Hammami est un opposant historique. Il a survécu à la dictature, aux geôles de Ben Ali, aux procès fabriqués. Aujourd’hui, sur la scène nationale, ses apparitions se font rares, discrètes, lui qui fut longtemps un coup de poing permanent dans le débat public. Et pourtant, c’est précisément maintenant, alors qu’il ne dérange presque plus personne, qu’on le menace de mort. Comme quoi, en Tunisie, on n’a même plus besoin de faire du bruit pour devenir une cible.

    Une menace de mort assumée

    « Laissez-moi le tuer. » Trois minutes de vidéo, d’une rare violence, où un citoyen s’en prend ouvertement, publiquement, sans le moindre filtre, à plusieurs figures de la scène nationale. Hamma Hammami en tête de liste. Aucune place ici pour l’interprétation, aucune extrapolation nécessaire : l’homme réclame, à plusieurs reprises, « l’exécution » de Hammami, et se porte lui-même volontaire pour le sale boulot. « Laissez-moi le tuer », répète-t-il, avant de préciser, comme s’il craignait d’être mal compris : « Moi, celui-là, je le tue. Je l’exécute. »

    Un grand seigneur. Un soutien du président de la République, qui se croit visiblement investi d’une mission sacrée, « assainir » le pays de « ces gens-là ». On ne sait toujours pas qui a délivré le mandat, mais l’intéressé semble en tout cas très sûr de l’avoir reçu.

    Quand la haine devient un langage politique

    Plusieurs personnalités sont visées par ce type de menaces. D’autres, plus nombreuses encore, sont déjà cataloguées comme l’ennemi à abattre, au sens propre, cette fois.

    Au fil des mois, des années, les discours d’assainissement et de purge ont proliféré du côté du pouvoir, avec une belle constance. Assainir le pays des spéculateurs. L’assainir des fraudeurs. L’assainir des non-patriotes, des comploteurs, et de toute cette engeance qui ose encore remettre en cause le dessin officiel. Les notions de complot avec l’étranger et de trahison nationale ont été si bien digérées par le discours officiel qu’elles en sont devenues des tics de langage, presque une ponctuation.

    Il suffit de lire les réactions aux condamnations de militants antiracistes ou d’opposants politiques, ou même de journalistes, pour prendre la mesure du climat de haine ambiant : des appels à les emprisonner à vie, à les faire taire, à les empêcher de travailler, pullulent, souvent, très souvent même, sans que leurs auteurs sachent la moindre chose sur les raisons de ces condamnations. Le détail, on l’aura compris, n’a jamais été le fort de la meute.

    Une haine légitimée

    La notion d’ennemi à abattre s’est élargie au fil des années. Elle n’est certes pas née d’hier, elle a été nourrie depuis la révolution par les dissidences politiques, l’ignorance et les clivages entre islamiste-progressistes, gauche-droite…

    Ces dernières années, elle a été copieusement nourrie, engraissée même, par un discours institutionnel et officiel qui lui a offert quelque chose qu’elle n’avait pas avant : le sceau de la légitimité. Il y a une différence entre la haine qui grommelle dans un coin et la haine qui reçoit un tampon officiel.

    Le mécanisme, en réalité, est d’une simplicité désarmante. En haut, un discours populiste qui a besoin d’ennemis pour exister, qui préfère désigner un traître plutôt qu’expliquer une politique, qui trouve plus rentable de nommer un coupable que de résoudre un problème. En bas, une masse qu’on a dispensée depuis longtemps de l’effort de s’informer, qui relaie, qui commente, qui exécute symboliquement bien avant qu’un juge n’ait le temps de se prononcer. Personne n’a besoin de connaître le dossier, la procédure, les faits. Il suffit de savoir qui on nous a désigné comme l’ennemi du jour, et la sentence tombe, déjà exécutée dans les commentaires, bien avant tout tribunal.

    C’est là toute l’efficacité perverse du procédé : il n’a même plus besoin d’être maintenu à bout de bras par le pouvoir. Il tourne tout seul, entretenu par des relais bénévoles, ravis de faire le sale boulot gratuitement, entre deux partages Facebook et trois insultes bien senties. On est passé du discours d’État à la rumeur de comptoir, et la rumeur de comptoir, désormais, a le mérite de faire aussi bien le travail.

    Les instigateurs d’appels à la haine, d’accusateurs de trahison et, désormais, d’appels francs à la violence et à la liquidation physique, se sentent protégés. Ils le sont. Ils se pensent investis d’une mission qui leur confère une impunité de fait. Ils ont raison de le penser. Alors que le parquet réagit au quart de tour lorsque des atteintes touchent le président de la République, il ne semble pas être très touché par des appels au meurtre aussi francs proférés en ligne et partagés par les masses. Rappelez-vous lorsque le député Ahmed Saïdani appelait à la liquidation des opposants politiques. Il aura fallu que ses propos visent directement le président de la République pour que les poursuites soient enfin engagées.

    Les alertes ignorées

    La Ligue tunisienne des droits de l’homme n’a pourtant pas ménagé ses alertes, depuis des mois, sur la montée des discours de haine, de discrimination et de racisme en Tunisie, envers les opposants, mais aussi envers les migrants subsahariens.

    Elle accuse le discours officiel d’avoir nourri un climat de stigmatisation, et appelle les autorités, les médias et la société civile à défendre la paix civile, l’égalité et le respect des droits humains. Un appel de plus, qui s’ajoute aux précédents.

    Faudra-t-il juste attendre? Attendre le prochain hurluberlu, la prochaine vidéo, la prochaine personne qu’on aura eu le temps de désigner avant de penser à la protéger.

    En attendant, le pays a eu une histoire et certains épisodes sont sanglants et n’ont pas encore été digérés. Chokri Belaïd, Mohamed Brahmi, Lotfi Nagdh. Ça fait plus de dix ans, et pourtant la blessure est toujours là, à peine sous la surface, chaque année aux mêmes dates. 

    L’appel au meurtre n’est pas un dérapage de plus. Il est le symptôme d’un pays qui recommence à jouer avec le feu, au bord d’une plaie qui n’a jamais vraiment cicatrisé.

    Hamma Hammami, comme d’autres, continuera sans doute à tenir. Mais la question est ailleurs : combien de temps un pays peut-il tenir lorsqu’il a déjà payé le prix du sang pour savoir où conduit la haine, et qu’il persiste malgré tout à l’entretenir ?

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    2 commentaires

    1. Citoyen_H

      Répondre
      15 juillet 2026 | 18h45

      HAHAHAHA, HAHAHAHAHA, HAHAHAHAHA, HAHAHAHA

      Plus simple d’esprit, tu meurs.
      Si la justice devait punir tous ceux qui menacent de mort leur prochain, les neuf dixième du pays serait en taule.
      Si on rajoute à cela, tous ceux, qui, par leurs insultes, veulent vi*ler, les mères et les sœurs de leur prochain, ce serait tout le pays qu’il faudrait embastiller !!!!
      Un peuple de consanguins, d’escrocs nés, de dégénérés et d’aliénés sans foi ni loi, qui réclame des droits qui sont à des années lumières de ce qu’il mérite.
      Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre.
      Galou bri Noubel !!!
      Kib sa3dkom !!!

    2. Hannibal

      Répondre
      15 juillet 2026 | 8h58

      Question : Est-ce que l’incitation à la haine et les menaces de mort sont-elles punies par la loi tunisienne ?

    Répondre

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