L’attribution de plusieurs marchés ferroviaires tunisiens au géant public chinois CRRC ne passe pas à Bruxelles. Selon les informations publiées mercredi 15 juillet 2026 par l’agence italienne Nova, la Commission européenne prépare une réforme destinée à empêcher que des projets financés par l’Union européenne profitent finalement à des entreprises chinoises.
L’exécutif européen étudie ainsi l’introduction, dans le prochain cadre financier pluriannuel de l’Union européenne (2028-2034), d’une clause de préférence européenne pour les marchés financés par des fonds ou des garanties communautaires.
Cette réflexion intervient directement après la série de contrats remportés en Tunisie par CRRC, au détriment des industriels européens.
La Tunisie au cœur des préoccupations de Bruxelles
En l’espace de quelques jours, le groupe public chinois aurait remporté deux importants marchés ferroviaires en Tunisie, relève Nova.
Le premier concernerait la fourniture de 18 rames électriques destinées à la ligne Tunis-La Goulette-La Marsa (TGM). Ce contrat, d’une valeur d’environ 90 millions d’euros, est financé à parts égales par la Banque européenne d’investissement (BEI) et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), soit 45 millions d’euros chacune. Le prêt de la BEI bénéficie en outre de la garantie du budget de l’Union européenne.
Quelques jours auparavant, une autre filiale de CRRC aurait déjà remporté un contrat de 38,2 millions d’euros auprès de la SNCFT pour la fourniture de cinq trains électriques destinés à la ligne Moknine-Mahdia, là encore dans le cadre d’un projet largement soutenu par des financements internationaux auxquels participent les institutions européennes.
En un peu plus d’une semaine, le constructeur chinois s’est ainsi adjugé en Tunisie des commandes portant sur 23 rames ferroviaires.
Des offres chinoises imbattables
Selon les informations recueillies par Nova, les entreprises européennes ont surtout été pénalisées par les prix proposés par leurs concurrentes chinoises.
Dans le cas des marchés tunisiens, l’offre de CRRC aurait été près de deux fois inférieure à celles de ses rivales européennes, rendant toute concurrence quasiment impossible sur le seul critère du prix.
À Bruxelles, cette situation nourrit un malaise croissant. Les institutions européennes financent une partie importante de ces projets et en assument les risques financiers, tandis que les contrats sont finalement remportés par des entreprises de pays tiers, bénéficiant elles-mêmes du soutien massif de leurs États.
Le pont de Bizerte également cité
Le dossier ne se limite pas au ferroviaire. La Commission européenne cite également le chantier du nouveau pont de Bizerte, attribué à l’entreprise chinoise Sichuan Road and Bridge.
L’ouvrage bénéficie d’un financement de 123 millions d’euros de la BEI, garanti par le budget européen, auquel s’ajoutent 122 millions d’euros de la Banque africaine de développement ainsi qu’une subvention européenne destinée aux études préparatoires.
Pour Bruxelles, cet exemple illustre un phénomène plus large qui dépasse le seul cas tunisien et concerne plusieurs projets d’infrastructures financés par l’Union européenne dans les pays partenaires.
Vers une préférence européenne
Aujourd’hui, la Commission européenne dispose de peu de leviers pour intervenir dans l’attribution des marchés.
Les financements sont accordés par la BEI ou la BERD, mais les appels d’offres restent organisés par les autorités nationales des pays bénéficiaires. Tant que les règles de concurrence sont respectées, Bruxelles ne peut imposer le choix d’un fournisseur européen.
La Commission envisage donc d’introduire, dans le prochain budget pluriannuel, des critères favorisant les entreprises européennes. Plusieurs pistes sont à l’étude, notamment des exigences relatives aux conditions de travail, au respect des normes sociales et environnementales, à la transparence des aides publiques ainsi qu’à l’existence d’une composante de production européenne.
L’objectif ne serait pas d’exclure explicitement les entreprises chinoises, mais de réduire le poids du seul critère du prix afin d’éviter que les fonds et les garanties de l’Union européenne ne contribuent indirectement à soutenir l’expansion internationale de groupes extra-européens largement subventionnés par leurs gouvernements.
R.B.H











2 commentaires
Citoyen_H
LES CHINOIS, OFFRENT POUR LA MÊME SOMME,
un matériel ferroviaire dix fois plus évolué et cent fois plus sophistiqué que du matos européen.
L’Europe est finie.
Sa prise de position avec les ukrainonazis, a définitivement scellé son destin.
Gg
Aaaaaaaah, enfin l’UE décide de ne pas financer l’industrie chinoise!
C’est bien la moindre des choses. On y vient lentement mais sûrement !