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Plan 2026-2030 voté, vision IA présentée à Genève : et maintenant ?

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Par Abdelwaheb Ben Moussa

    Par Abdelwaheb Ben Moussa

    Le 10 juillet 2026 restera une date à double entrée dans l’agenda stratégique tunisien. À Tunis, l’Assemblée des représentants du peuple adoptait le Plan de développement 2026-2030 par 64 voix pour, 24 contre et 15 abstentions — donnant force de loi à cinq années d’ambitions chiffrées. À Genève, le ministre des Technologies présentait simultanément la vision tunisienne de l’IA et de la transformation numérique devant le Sommet mondial de la société de l’information. Deux actes de souveraineté affirmée en moins de vingt-quatre heures — l’un législatif, l’autre diplomatique. Leur coïncidence est éloquente. Elle pose une question que ni l’hémicycle ni la salle de conférence genevoise n’ont formulée : qui fait le lien entre ces deux ambitions ?

    Un vote historique — et ce qu’il ne garantit pas

    Le Plan de développement 2026-2030 fixe des objectifs chiffrés ambitieux : une croissance économique moyenne de 4,2 % entre 2026 et 2030, une réduction du taux de pauvreté sous la barre des 15 %, une part de 35 % d’énergies renouvelables dans le mix électrique national, un taux d’investissement équivalant à 20 % du PIB, et l’ambition d’attirer près de 6 milliards de dinars d’investissements étrangers d’ici 2030.

    Ces chiffres ont une légitimité nouvelle — celle du vote parlementaire. Le Plan acquiert désormais une valeur juridique en vertu des articles 75 et 77 de la Constitution et constitue la feuille de route du développement de la Tunisie à l’horizon 2030. C’est une étape réelle, qu’il serait injuste de minimiser.

    Mais un vote confère une légitimité — pas une capacité d’exécution. Et c’est précisément cette capacité qui constitue l’angle mort du moment. La réussite du Plan 2026-2030 dépendra moins de ses ambitions affichées que de sa capacité à transformer les projets annoncés en réalisations concrètes. Ces mots ne sont pas d’un opposant — ils sont d’observateurs qui ont suivi les débats. Ils résument l’essentiel.

    Ce que le Plan exige du numérique — concrètement

    21 100 projets. 102 milliards de dinars. Cinq ans. Ces trois chiffres définissent l’échelle du défi d’exécution. Et cette échelle ne peut pas être relevée sans une infrastructure numérique capable de piloter, tracer, certifier et rendre compte de milliers de projets simultanément.

    Ce n’est pas une condition accessoire. C’est la colonne vertébrale invisible du Plan.

    Piloter 21 100 projets en temps réel, c’est détecter les retards avant qu’ils ne deviennent des dérives, anticiper les dépenses avant qu’elles ne dépassent les enveloppes, coordonner des dizaines de ministères et d’agences sur des calendriers imbriqués. Sans outils numériques de supervision opérationnelle — tableaux de bord en temps réel, systèmes d’alerte précoce, plateformes d’interopérabilité entre administrations — ces 21 100 projets seront pilotés comme ils l’ont toujours été : par des réunions, des rapports trimestriels et des remontées manuelles d’information qui arrivent toujours trop tard.

    Le ministre de l’Économie a mentionné lors des débats que 3 197 procédures administratives ont été recensées, que 2 255 ont été simplifiées et que 177 ont été supprimées, en privilégiant la digitalisation des services publics et l’interopérabilité entre les administrations. C’est un progrès documenté et réel. Ce n’est pas encore une infrastructure de pilotage de plan. La simplification des procédures est la condition nécessaire — pas la condition suffisante.

    Les banques publiques — le maillon numérique non auditionné

    Le Plan sera financé à travers plusieurs sources : le budget de l’État, les partenariats public-privé et les entreprises publiques. Les banques publiques constituent le canal principal de ce financement — celui par lequel passeront les centaines de projets d’investissement qui ne peuvent être portés ni par le budget seul ni par des PPP.

    Or leur capacité numérique à instruire des dossiers complexes, à déployer des outils de scoring fondés sur la donnée, à produire des reportings prudentiels en temps réel, à gérer simultanément un volume de dossiers sans précédent — tout cela n’a fait l’objet d’aucune condition dans le vote parlementaire. Aucun amendement n’a exigé que les banques publiques démontrent leur maturité opérationnelle avant de se voir confier le rôle de bras financier du Plan. On a voté l’ambition sans auditionner l’instrument principal de son financement.

    Cette omission n’est pas anodine. Dans mes tribunes précédentes publiées dans ces colonnes, j’avais documenté l’écart entre les résultats financiers récents des banques publiques tunisiennes — réels et encourageants — et leur maturité numérique opérationnelle — insuffisante pour absorber le choc d’un plan de développement de cette ampleur. Cet écart n’a pas été comblé par le vote du 10 juillet. Il attend d’être traité par ceux qui ont désormais la responsabilité de l’exécution.

    Le signal de Genève doit avoir un écho intérieur

    Présenter la Tunisie comme futur hub numérique africain devant le Sommet mondial de la société de l’information est légitime, nécessaire et bien dans le registre de la diplomatie d’influence que la Tunisie doit exercer davantage. Mais la crédibilité internationale d’une vision numérique se construit sur des réalisations domestiques vérifiables — pas sur des discours diplomatiques, aussi bien construits soient-ils.

    La communauté internationale qui a entendu la vision tunisienne à Genève regardera, dans six mois et dans un an, ce que la Tunisie aura effectivement accompli sur le terrain numérique : combien de projets du Plan sont pilotés par des outils digitaux souverains, combien de procédures supplémentaires ont été simplifiées, quelle part du financement bancaire des projets a été instruite par des systèmes de scoring automatisés plutôt que par des processus manuels.

    Ce sont ces indicateurs — pas les discours — qui détermineront si la Tunisie est prise au sérieux comme hub numérique africain ou si Genève aura été un moment de communication sans lendemain.

    Dans la tribune publiée dans ces colonnes le 9 juillet, j’avais posé la thèse que le déploiement d’une IA souveraine n’est pas l’arrivée — c’est le départ. La même logique s’applique au Plan 2026-2030 : le vote du 10 juillet n’est pas l’arrivée. C’est le départ. Et ce départ exige que les instruments d’exécution — numériques, bancaires, administratifs — soient à la hauteur de ce qui vient d’être voté.

    Le Plan est voté. L’exécution, elle, ne se vote pas.

    Le Parlement a fait son travail — consciencieusement, dans des délais serrés, avec une centaine de recommandations intégrées au rapport de synthèse. Le président de l’ARP a assuré que l’Assemblée continuera à suivre l’atteinte des objectifs du Plan à travers l’examen de la loi de finances et du budget économique pour 2027, ainsi que l’activité de contrôle sur l’exécution des programmes et des projets. C’est le bon engagement — à condition qu’il soit suivi d’effets.

    La question passe maintenant aux conseils d’administration des banques publiques, aux directions générales des ministères techniques, aux équipes de gestion de projets qui devront transformer 102 milliards de dinars en routes livrées, en hôpitaux ouverts, en plateformes numériques effectivement utilisées par les citoyens. Ce sont eux qui décideront si le vote du 10 juillet est un tournant réel ou une page supplémentaire dans l’histoire des plans tunisiens bien conçus et insuffisamment exécutés.

    L’histoire de la planification économique tunisienne enseigne que le problème n’a jamais été le plan. Il a toujours été ce qui vient après.

    Le Plan 2026-2030 est désormais la loi de la République. Il reste à construire la capacité de l’exécuter — et cette construction-là ne se décrète pas. Elle se décide, se finance et s’organise. Maintenant.

    BIO EXPRESS

    Abdelwaheb Ben Moussa – Ingénieur en informatique / Cadre dans une banque publique

    Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.

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    2 commentaires

    1. Tunisino

      Répondre
      15 juillet 2026 | 22h46

      Barboter dans le micro n’avance en rien, tout est petit, même les ambitions, il faudrait plutôt attaquer le macro! Dans le secteur où j’évolue, les lois sont arriérées et les personnes sont limités, et de plus ils suivent un modèle francophone pauvre. Aucune valeur ajouté, que de l’opportunisme, faire évoluer les choses à leur guise, ajouter une ligne dans un CV, et renforcer sa retraite, en plus des bonus, et que la Tunisie aille à l’enfer! C’est une histoire de rêve national qui manque, qui valorise les excellents et décourage les médiocres, mais invite tout le monde à être généreux, faire leur mieux pour que la Tunisie devient un pays durablement avancé.

      • Abdelwaheb Ben Moussa

        Répondre
        16 juillet 2026 | 8h48

        Vous posez le vrai diagnostic.

        La Tunisie souffre cruellement de ce manque de « rêve national » mobilisateur et d’un cadre qui pousse vers le haut plutôt que de figer les initiatives dans des modèles dépassés.

        S’attaquer au macro, moderniser nos cadres réglementaires et replacer la générosité collective et le mérite au centre de l’action publique, c’est la seule voie pour ne pas laisser les plans de développement lettre morte.

        Merci pour cette contribution lucide et exigeante.

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