Le Syndicat des pharmaciens d’officine de Tunisie (Spot) a annoncé, jeudi 16 juillet 2026, un nouveau durcissement de sa position face à la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam). Estimant que les engagements de paiement pris par la Cnam ces dernières semaines n’ont pas été respectés, le syndicat annonce l’engagement de procédures judiciaires contre la Cnam, ainsi que d’autres démarches administratives et institutionnelles, tout en fixant un nouvel ultimatum : faute d’un règlement intégral des créances avant le 31 juillet, les pharmacies cesseront d’appliquer le régime du tiers payant à compter du 1er août.
Le communiqué marque un durcissement des actions engagées par le syndicat après le compromis annoncé au début du mois de juillet, que le Spot estime aujourd’hui non respecté. Selon le syndicat, les pharmacies ne peuvent plus continuer à supporter seules les retards de paiement de la Cnam, qui mettent en péril leur équilibre financier et leur capacité à assurer l’approvisionnement en médicaments.
Le Spot estime que la Cnam n’a pas respecté ses engagements
Le syndicat rappelle avoir multiplié, ces derniers mois, les démarches auprès du chef du gouvernement, des ministères des Affaires sociales et de la Santé ainsi que de la direction générale de la Cnam afin de trouver une issue à la crise. Selon lui, les engagements pris lors des précédentes négociations n’ont toutefois pas été respectés.
Le Spot affirme que les difficultés de trésorerie des pharmacies continuent de s’aggraver. Il explique que les établissements bancaires ont durci leurs conditions de financement, tandis que les fabricants et les grossistes-répartiteurs exigent désormais le règlement des dettes accumulées, compliquant davantage l’approvisionnement des officines en médicaments.
Le communiqué dénonce également le refus de régler certains dossiers ainsi que la fermeture de la plateforme électronique agréée, remplacée, selon le syndicat, par une nouvelle plateforme qu’il juge non conforme aux exigences juridiques et techniques.
Pour le Spot, cette situation menace la pérennité économique des pharmacies, fragilise l’approvisionnement du marché en médicaments et risque, à terme, d’affecter la continuité des soins au profit des assurés sociaux.
Des procédures judiciaires et un nouvel ultimatum
Face à cette situation, le bureau national du Spot annonce la réactivation des décisions adoptées lors de son assemblée générale d’octobre 2025. Il charge ses avocats d’engager toutes les procédures judiciaires, administratives et institutionnelles qu’ils jugeront nécessaires afin de faire respecter les engagements pris par la Cnam.
Au-delà de son différend avec la Cnam, le Spot annonce également qu’il charge ses avocats d’assurer le suivi juridique des décisions prises par certaines municipalités concernant les pharmacies. Il dénonce notamment des mesures imposant le retrait de panneaux de signalisation des officines, qu’il estime contraires à la législation et préjudiciables à la profession.
Parallèlement, le Spot fixe au vendredi 31 juillet 2026 la date limite pour le règlement intégral des créances dues aux pharmaciens. À défaut, les pharmacies cesseront, à partir du samedi 1er août 2026, d’appliquer le régime du tiers payant pour les assurés de la Cnam.
Le syndicat insiste toutefois sur le fait que son différend oppose les pharmaciens à la Cnam et non aux patients. Il appelle le chef du gouvernement ainsi que les ministres de la Santé, des Affaires sociales, du Commerce et des Finances à intervenir rapidement afin de trouver une solution à cette crise. Il invite également les laboratoires pharmaceutiques et les grossistes-répartiteurs à faire preuve de solidarité pour préserver l’approvisionnement du marché.
Le compromis trouvé fin juin n’aura été que temporaire
Cette décision intervient un peu plus de deux semaines après que la Cnam s’est engagée à verser une partie des créances dues aux pharmaciens, un engagement qui avait permis d’éviter la suspension du tiers payant annoncée pour le 1er juillet. Les représentants de la profession avaient toutefois immédiatement prévenu qu’il ne s’agissait que d’une solution provisoire, les créances restant loin d’être totalement apurées.
Le Spot reprochait déjà à la Cnam de ne pas avoir respecté le calendrier de remboursement arrêté lors des précédentes négociations, malgré les engagements pris sous l’égide de la présidence de la République. Les pharmaciens estimaient ne plus pouvoir continuer à financer eux-mêmes le fonctionnement du système en supportant des retards de paiement de plusieurs mois.
Les représentants de la profession avaient également réclamé une réforme durable du financement de la Cnam. Dans le même temps, le Conseil national de l’Ordre des pharmaciens avait créé une cellule de crise afin de suivre l’évolution de la situation et de préserver la continuité de la chaîne du médicament.
Quelques jours plus tard, l’Intersyndicale des professions médicales du secteur privé, qui réunit notamment médecins, dentistes, pharmaciens, biologistes, cliniques privées et centres d’hémodialyse, avait à son tour dénoncé la persistance des retards de paiement de la Cnam et appelé les autorités à engager un dialogue urgent.
À un peu plus de deux semaines de l’échéance fixée par le Spot, les regards se tournent désormais vers la Cnam et les pouvoirs publics. Faute d’un règlement intégral des créances avant le 31 juillet, les pharmacies mettront à exécution leur menace de suspendre, dès le 1er août, l’application du régime du tiers payant pour les assurés de la Cnam.
I.N.










