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Le vrai coût des études à l’étranger pour les Tunisiens

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Service IA, Business News

Par Sarra Abidi

    Selon les données du ministère tunisien de l’Enseignement supérieur, près de 30.000 Tunisiens poursuivent actuellement des études ou effectuent un stage académique à l’étranger. La France reste, de loin, la destination privilégiée, devant l’Allemagne et le Canada.

    Mais derrière le projet académique se cache une réalité beaucoup plus concrète : celle du coût de la vie. Logement, alimentation, transport, frais universitaires… combien faut-il réellement pour vivre à l’étranger lorsqu’on est étudiant tunisien ? Et jusqu’où les familles peuvent-elles suivre financièrement ?

    D’après les estimations de Campus France, un étudiant installé dans une ville universitaire française dépense en moyenne entre 800 et 1.500 euros (environ 2.700 et 5100 dinars) par mois, selon la ville, le type de logement et son mode de vie.

    À Nice, Sofia, étudiante tunisienne, estime avoir besoin d’environ 1.400 euros par mois pour couvrir ses dépenses courantes.

    Faute d’avoir obtenu une place dans une résidence du Crous (l’établissement public qui gère les logements universitaires en France), elle a dû louer un studio dans le parc privé pour 950 euros par mois.

    À ce loyer s’ajoutent environ 250 euros pour l’alimentation, 50 euros pour les produits d’hygiène et d’entretien, 30 euros de transport et 40 euros d’abonnements téléphonique et Internet. Une fois ces dépenses réglées, il ne lui reste que 80 euros pour les livres, les sorties culturelles, les imprévus ou les activités de loisirs.

    À Paris, Fares affirme vivre avec un budget mensuel d’environ 1.000 euros. Pourtant, son mode de vie est comparable à celui de Sofia.

    Cette différence s’explique notamment par l’accès au logement étudiant. Si les loyers parisiens figurent parmi les plus élevés de France, la capitale bénéficie d’une offre beaucoup plus importante de résidences universitaires. Le Crous de Paris gère ainsi 81 résidences, contre une vingtaine seulement pour le Crous Nice-Toulon, réparties entre Nice, Sophia Antipolis, Cannes, Toulon et les autres villes de son ressort.

    Tous deux reconnaissent avoir déjà connu des fins de mois difficiles, obligeant leurs parents à effectuer des virements supplémentaires.

    Sofia et Fares font partie des 15.224 étudiants tunisiens inscrits en France durant l’année universitaire 2023-2024, selon Campus France. Mais tous ne disposent évidemment pas des mêmes ressources financières.

    Des études de plus en plus coûteuses

    Ces dernières années, le coût des études en France s’est nettement alourdi pour les familles tunisiennes.

    À l’augmentation générale du coût de la vie se sont ajoutés les droits d’inscription différenciés appliqués aux étudiants étrangers dans plusieurs établissements.

    Une autre évolution risque d’alourdir davantage la facture : depuis le 1er juillet 2026, les Aides personnalisées au logement (APL) ne sont plus accessibles à une partie des étudiants étrangers non européens, notamment les étudiants non boursiers qui n’exercent pas d’activité professionnelle.

    Pour les étudiants tunisiens concernés, cette suppression représente une perte estimée entre 150 et 300 euros (environ 500 et 1.000 dinars) par mois, une somme que les familles devront souvent compenser pour permettre à leurs enfants de poursuivre leurs études dans de bonnes conditions.

    Des familles qui n’ont pas toutes les mêmes moyens

    Face à ces dépenses, les familles tunisiennes réagissent différemment selon leurs ressources.

    Certaines disposent de revenus confortables ou de ressources en devises leur permettant d’assumer relativement sereinement le coût des études.

    D’autres considèrent les études à l’étranger comme un investissement à long terme et acceptent d’importants sacrifices financiers dans l’espoir d’offrir un meilleur avenir à leur enfant.

    Enfin, de nombreuses familles aux revenus plus modestes financent ces études au prix de restrictions sur leur propre niveau de vie, en réduisant leurs dépenses courantes ou en renonçant à certains projets.

    Avec l’inflation et la hausse continue du coût des études, cette pression financière ne cesse de s’accentuer.

    L’Europe reste l’option la plus accessible

    Malgré la hausse des coûts, l’Europe demeure aujourd’hui la destination la plus abordable pour les étudiants tunisiens.

    La proximité géographique et culturelle constitue un avantage, mais surtout le coût global reste inférieur à celui des pays anglophones.

    Selon Campus France, une année dans une université publique française nécessite aujourd’hui un budget global compris entre 11.000 et 17.000 euros (environ 37.000 et 58.000 dinars).

    En Allemagne, où les universités publiques appliquent des frais d’inscription très limités, le principal poste de dépense reste le coût de la vie. D’après le DAAD (Service allemand d’échanges universitaires), le budget annuel nécessaire varie entre 10.500 et 15.000 euros (environ 35.000 et 50.000 dinars).

    À titre de comparaison, le coût d’une licence complète en Europe est parfois équivalent à celui d’une seule année d’études dans certaines universités américaines, britanniques ou canadiennes, où les frais de scolarité peuvent atteindre plusieurs dizaines de milliers de dollars.

    La Banque centrale relève les plafonds de transferts

    Consciente de cette évolution, la Banque centrale de Tunisie a adopté, le 5 septembre 2025, la circulaire n°10-2025, qui revoit les plafonds des transferts en devises destinés aux étudiants et aux stagiaires tunisiens à l’étranger.

    Le plafond des virements mensuels est passé de 3.000 à 4.000 dinars, tandis que l’allocation destinée aux frais d’installation a été portée de 4.000 à 6.000 dinars.

    Selon le rapport annuel 2025 de la BCT, les transferts en faveur des étudiants à l’étranger ont progressé de 30 % en un an pour atteindre 658 millions de dinars.

    Cette réforme apporte une bouffée d’oxygène aux familles, mais elle ne couvre pas l’ensemble des besoins. À titre de comparaison, ces 4.000 dinars correspondent à environ 1.183 euros, soit un montant inférieur au budget mensuel nécessaire pour une étudiante comme Sofia.

    Un écart qui pousse vers des solutions informelles

    Malgré cette revalorisation, le décalage entre les plafonds autorisés et le coût réel des études demeure donc important.

    Certaines familles sont alors tentées de recourir à des solutions informelles : emprunter auprès de proches installés à l’étranger, échanger des dinars contre des devises ou faire appel à des réseaux informels pour financer une partie des dépenses.

    Ces pratiques, qui échappent au circuit bancaire officiel, exposent les familles à des risques juridiques et financiers. Elles traduisent surtout les difficultés croissantes rencontrées par une partie des ménages pour financer des études devenues de plus en plus coûteuses.

    Le prix d’un diplôme

    Étudier à l’étranger continue d’offrir de réelles perspectives aux jeunes Tunisiens. Mais derrière cette opportunité se cache désormais un investissement financier considérable.

    Entre l’augmentation du coût de la vie, la dépendance au soutien familial et les limites des mécanismes de financement existants, la mobilité étudiante est devenue autant un défi économique qu’un projet académique.

    Pour de nombreuses familles tunisiennes, la réussite d’un enfant à l’étranger ne dépend plus seulement de ses résultats universitaires, mais aussi de leur capacité à supporter durablement un coût qui ne cesse d’augmenter.

    Sarra Abidi

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    4 commentaires

    1. Tunisino

      Répondre
      18 juillet 2026 | 10h06

      Juste un ajout, la machine éducative de Bourguiba était même supérieure aux machines éducatives des Etats Unis, du Japon, et de l’Allemagne, puisque ces trois machines des pays les plus avancés du monde ont subit du vieillissement, sauf que le plan de développement de Bourguiba n’était pas exhaustif et durable, ce qui a conduit à l’étouffement de 1987. Ben Ali n’a pas su faire mieux que Bourguiba, et les nuls de la révolution ont détruit tout ce restait debout pour le compte de projets personnels maladifs.

    2. Gg

      Répondre
      17 juillet 2026 | 21h01

      Et le CROUS manque de logements pour les étudiants français.
      La préférence doit être donnée aux français.
      Enfin quoi, si j’etais français étudiant en Tunisie, donneriez vous un logement à tarif préférentiel ou des aides spéciales ?
      Certainement pas.
      Cette façon que vous avez de toujors demander est insupportable.

    3. Gg

      Répondre
      17 juillet 2026 | 21h00

      Et le CROUS manque de logements pour les étudiants français.
      La préférence doit être donnée aux français.
      Enfin quoi, si j’etais français étudiant en Tunisie, donneriez vous un logement à tarif préférentiel ou des aides spéciales ?
      Certainement pas.

    4. Tunisino

      Répondre
      17 juillet 2026 | 19h41

      Pire, ceux qui ont des fonctions/ont eu des fonctions dans l’administration/l’Etat après 2011 ne cherchent qu’à envoyer leurs enfants à l’étranger, ils n’ont aucune confiance dans ce pays, et sont incapables de se projeter dans le futur! Ils découvriront finalement qu’ils ont perdu leurs enfants, ou tout simplement ils peuvent les rejoindre à l’étranger puisque la Tunisie ne représente rien pour eux! Voilà où on est lorsque les politiciens tunisiens sont limités, égoistes, aventuriers, et suicidaires, le pays devient un ZERO, pour tout le monde!

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