Par Nacef Belkhiria
Les chiffres ne mentent pas, ils sont la source de tout diagnostic. Alors, parlons-en !
Depuis le 12 juillet, la demande en électricité en Tunisie dépasse les capacités de production de la Steg, et la consommation a atteint un pic historique de 5000 mégawatts, soit une hausse de 30 %.
Mais la canicule n’est que le déclencheur. La vraie cause, elle, est structurelle. Bien que je ne sois pas très enclin à comparer notre pays à d’autres, car chaque pays a ses spécificités, un benchmarking s’avère nécessaire pour mieux comprendre les causes.
En 2010, la Tunisie et le Maroc lançaient leurs plans solaires respectifs (PST pour la Tunisie et NOOR pour le Maroc) avec le même objectif : porter à 30 % la part des énergies renouvelables. En 2025, le verdict pour la Tunisie est sans appel : notre capacité renouvelable installée n’atteint que 1100 MW en 2025, à peine 9 % du parc électrique en quinze ans, contre un objectif de 3815 MW à l’horizon 2030. Il resterait donc 2715 MW à installer en quatre ans pour rattraper le retard.
Le Maroc, lui, affiche 4851 MW de capacité renouvelable installée, dont il tire déjà 27 % de sa production électrique. D’un côté, Rabat : une vision claire, un plan d’action tenu, des financements sécurisés et des mégawatts multipliés. De l’autre, Tunis : des retards administratifs, des blocages de financement et une absence de continuité stratégique, le tout sur fond d’une Steg écrasée par une dette de 7,3 milliards de dinars.
Deux questions stratégiques s’imposent désormais, et il faut absolument y répondre par des actes mesurables.
Combien d’étés encore avant de rattraper le temps perdu ?
La réponse tient en deux chantiers concrets : d’abord, l’exécution en urgence du projet de mise à niveau du réseau de transport de la Steg, sans lequel aucun mégawatt supplémentaire ne pourra être injecté ; ensuite, la programmation FERME et IRRÉVOCABLE de l’installation de 1000 mégawatts par an de sources renouvelables, grâce à la libération totale, sur les cinq prochaines années, de l’investissement et du financement dans les énergies renouvelables.
Un objectif chiffré, un calendrier annuel, des responsables identifiés : c’est ainsi qu’on transforme un plan en réalité.
Quelle est notre vision pour ne plus dépendre du gaz importé, véritable menace pour notre souveraineté et notre indépendance énergétique ?
Une réponse pragmatique et décentralisée : installer, via des partenariats public-privé assortis de facilités spécifiques pendant les dix prochaines années, des fermes photovoltaïques dans chaque ville, dans chaque zone industrielle, dimensionnées selon les besoins réels de la région indiquée. Produire l’énergie là où elle est consommée, c’est réduire les pertes de transport, soulager le réseau national et créer des emplois locaux, trois gains en une seule décision.
Le temps du diagnostic est terminé. Place à la planification et à l’exécution.
BIO EXPRESS
Nacef Belkhiria – Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie Tuniso-Japonaise/Président du Conseil des Chambres Mixtes (CCM)
Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.











2 commentaires
A4
Un article que je viens de lire nous apprend que:
* Pour le mois de Juin 2026, 25 % de l’électricité consommée en Europe est d’origine photovoltaïque.
* Pour l’Allemagne 36 % et pour l’Espagne 34 %.
* Cher nous, ça doit être à 3 ou 5 % maximum, grâce au sabotage et à l’incompétence !!!
A4
« De l’autre, Tunis : des retards administratifs, des blocages de financement et une absence de continuité stratégique, le tout sur fond d’une Steg écrasée par une dette de 7,3 milliards de dinars. »
Ceci nous mène aux remarques suivantes:
1) Il ne s’agit pas de retards et blocages, il s’agit d’un sabotage de la part de la STEG de tout ce qui est énergies renouvelables: non disponibilité de compteurs, inexistence de lignes de raccordement et une éternité pour répondre à un dossier !!!
2) La STEG qui comptait 9000 salariés en 2010 est passée à 14000 en 2011 et se trouve actuellement à environ 13000 salariés, d’où la dette de 7,3 milliards de dinars.
3) L’état en faillite mène la STEG et toutes les sociétés étatiques à la faillite: Il se trouve qu’aujourd’hui les ministères de la santé, de l’éducation et bien d’autres, ne paient pas leurs factures STEG !!!
4) La STEG n’arrive même plus à entretenir les équipements qu’elle possède: quand vous passez devant un parc éolien de la STEG, vous allez constater qu’à peine 10 à 20 % des éoliennes tournent. Le reste est en panne et en manque de pièces de rechange !!!
5) L’état actuel emprunte pour la STEG et ce sont les générations futures qui se chargeront des remboursements qui s’étaleront sur 34 ans …
1l faut un demi siècle pour réparer les dégâts d’une année !!!