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Kaïs Saïed : « Il est anormal que les coupures d’électricité se répètent dans plusieurs régions »

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Par Sarra Hlaoui

    Une visite technique qui se transforme en réquisitoire contre les dysfonctionnements des services publics. Pour son retour sous les projecteurs après une période d’absence, le président avait la mine bien sévère, dans une vidéo diffusée à 2h30 du matin. En se rendant, samedi 18 juillet, au complexe hydraulique de Ghdir El Golla relevant de la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (Sonede), puis sur le chantier de protection contre les inondations de Oued Medjerda, à Kalaât El Andalous, le président de la République, Kaïs Saïed, a multiplié les messages à l’adresse de l’administration. Eau, électricité, organisation des services, responsabilité des gestionnaires ou encore préservation du patrimoine : le chef de l’État a saisi cette visite de terrain pour dresser un constat sévère tout en affichant sa volonté d’accélérer les réformes.

    « Cette situation ne peut plus continuer ainsi »

    Dès son arrivée au complexe de Ghdir El Golla, Kaïs Saïed a salué les efforts des équipes techniques, qu’il a remerciées pour leur mobilisation permanente, rappelant les interventions réalisées à toute heure du jour et de la nuit afin de rétablir l’alimentation en eau dans plusieurs régions du pays. Mais cette reconnaissance a rapidement laissé place à un constat beaucoup plus critique.

    « Il existe de nombreux dépassements et dysfonctionnements, et cette situation ne peut plus continuer ainsi », a-t-il lancé. S’il a reconnu que la Sonede avait traversé « des périodes difficiles », le président a estimé que ces difficultés ne sauraient justifier la persistance de défaillances qui affectent quotidiennement les citoyens. Pour lui, l’urgence est désormais de dépasser ces blocages et d’améliorer l’efficacité de l’intervention publique.

    Les responsables de la Sonede ont ensuite présenté les interventions réalisées ces derniers jours dans les gouvernorats de Gafsa, notamment à Métlaoui et Mdhilla. Ils ont détaillé les difficultés techniques rencontrées, expliquant que certaines opérations nécessitent plusieurs heures de travail afin de purger les conduites, réaligner les équipements et garantir leur fonctionnement selon les normes techniques, afin d’éviter de nouvelles pannes.

    Des moyens de proximité pour intervenir plus vite

    À l’écoute de ces explications, le président a insisté sur la nécessité de rapprocher les moyens d’intervention des régions. Il a estimé qu’il n’était pas acceptable que certains équipements spécialisés ou certaines équipes techniques doivent être mobilisés depuis d’autres gouvernorats, retardant ainsi les réparations.

    Selon lui, chaque région doit disposer des ateliers de maintenance, des pièces de rechange et des équipements nécessaires afin de réduire les délais d’intervention. Une meilleure organisation des moyens permettrait, a-t-il souligné, de raccourcir les temps de réparation et d’améliorer la qualité du service rendu aux citoyens.

    Les coupures d’électricité directement mises en cause

    Le passage le plus marquant de cette visite concerne toutefois les interruptions répétées de l’alimentation électrique enregistrées ces derniers jours dans plusieurs régions du pays. Sans citer explicitement la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg), Kaïs Saïed a clairement établi un lien entre ces coupures et les perturbations de la distribution de l’eau potable.

    Reconnaissant que des pannes peuvent survenir dans tous les pays, il a néanmoins jugé « anormal » qu’elles se produisent de manière répétée, simultanément et dans plusieurs régions à la fois. Il a assuré que les rapports sur la situation lui parvenaient ces derniers jours.

    « Chaque responsable doit assumer ses responsabilités dans la recherche de solutions, et quiconque a failli à son devoir devra en assumer les conséquences », a-t-il déclaré, adressant un avertissement clair aux responsables des services publics.

    Depuis le début de la vague de canicule, la Steg a procédé aux délestages sur tout le territoire tunisien, publiant même les plannings des coupures au niveau des différentes régions. Les responsables affirment que ces délestages sont nécessaires pour préserver les infrastructures.

    Vers une politique nationale de l’eau

    Le président de la République s’est ensuite rendu à Qantara Bizerte, dans la délégation de Kalaât El Andalous, où il a inspecté l’avancement des travaux du projet de protection contre les inondations de Oued Medjerda, conduit par la Direction générale du génie militaire.

    À cette occasion, il a insisté sur la nécessité d’adopter une véritable stratégie nationale de gestion des ressources hydriques. Alors que la Tunisie a bénéficié cette année de précipitations importantes dans plusieurs régions, il a regretté qu’une partie de ces ressources continue d’être perdue faute d’aménagements suffisants.

    Selon lui, le pays a besoin d’une politique hydraulique globale, pensée sur le long terme, afin de mieux valoriser les ressources disponibles et de répondre durablement aux besoins des citoyens.

    Le patrimoine comme symbole de la souveraineté nationale

    Au cours de cette visite, Kaïs Saïed a également inspecté les travaux de restauration du pont historique de Qantara Bizerte, construit en 1608. Il a salué la rapidité des travaux tout en regrettant que cet ouvrage, comme de nombreux autres monuments historiques, ait été abandonné pendant des décennies avant d’être transformé en dépotoir.

    Élargissant son propos, il a dénoncé l’abandon de nombreux sites patrimoniaux ainsi que les opérations de pillage et de trafic ayant touché plusieurs vestiges historiques. « Notre histoire n’est pas à vendre », a-t-il affirmé, estimant que chaque responsable public doit placer les droits du peuple tunisien au cœur de chacune de ses décisions.

    Une visite technique aux accents politiques

    La visite s’est achevée par un échange avec plusieurs habitants de la région, venus faire part de leurs préoccupations, notamment concernant certaines situations foncières.

    Au-delà du suivi de plusieurs projets, cette sortie présidentielle, après une absence remarquée, s’inscrit dans la continuité de la méthode adoptée par Kaïs Saïed depuis plusieurs années : utiliser les visites de terrain pour dénoncer les dysfonctionnements de l’administration, rappeler la responsabilité individuelle des gestionnaires publics et afficher sa volonté de réformer les services de l’État.

    Dans un contexte marqué par la canicule, les tensions sur les réseaux d’eau et d’électricité et les difficultés rencontrées par les services publics, le chef de l’État a choisi de se démarquer et de faire de cette visite un nouveau plaidoyer en faveur d’une administration plus réactive, plus efficace et davantage tournée vers les attentes des citoyens.

    S.H

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    6 commentaires

    1. Hannibal

      Répondre
      20 juillet 2026 | 9h30

      Archi nul. Pauvre de nous!

    2. jamel.tazarki

      Répondre
      19 juillet 2026 | 21h42

      Introduction: J’ai regardé la vidéo et je suis très surpris que le bon fonctionnement de la distribution d’eau à l’échelle nationale dépende d’un seul technicien qui accumule les heures supplémentaires faute de remplaçant. La solution la plus évidente serait que ce technicien transmette son savoir-faire à ses collègues.
      –>

      Voici un plan d’action concret pour mettre en place ce transfert sans bloquer l’activité quotidienne :

      1. Cartographier et hiérarchiser les compétences
      – Lister les tâches : Demander au technicien de noter toutes ses interventions pendant deux semaines.
      – Identifier les urgences : Classer ces tâches selon leur criticité (quelles pannes bloquent la fonctionnement ?).
      – Créer une matrice : Graphique simple indiquant qui sait faire quoi pour identifier les failles de compétences

      2. Documenter la connaissance (Le « Shadowing »)
      – Créer des tutoriels vidéo :
      – Rédiger des fiches réflexes : Créer des guides d’une page maximum (« Si la Panne X se produit, faire les actions A, B, puis C »).
      – Centraliser l’information : Stocker ces documents sur un espace partagé accessible à toute l’équipe (Intranet, Teams, Drive).

      3. Organiser le binômage (Le « Peer-to-Peer »)
      – Planifier des sessions courtes : Dédié 1 à 2 heures par semaine au partage, pas plus, pour ne pas surcharger le planning.
      – Inverser les rôles : Au début, le collègue regarde le technicien. Très vite, c’est le collègue qui fait l’action sous la surveillance du technicien expert.
      – Valoriser le rôle de tuteur : Valoriser officiellement cette mission de transmission (par une prime ou une reconnaissance managériale) pour inciter le technicien à coopérer.

      4. Soulager immédiatement la charge de travail
      – Sous-traiter le non-critique : Confier les tâches de maintenance basiques à un prestataire externe pour libérer du temps au technicien.
      – Instaurer un système d’astreinte partagé : Dès qu’un collègue maîtrise 50% des compétences d’urgence, l’intégrer dans la rotation des astreintes.

      5. La simulation de pannes en atelier (workshop) est la méthode la plus efficace pour valider le transfert de compétences. Elle permet aux collègues de s’exercer en toute sécurité, sans stresser ou bloquer le fonctionnement réel.

    3. HatemC

      Répondre
      19 juillet 2026 | 19h19

      Une terrible impression d’erreur de casting,
      C’est précisément ce que ressentent tous ceux qui observent la gestion actuelle de l’État tunisien

      Le drame fondamental de Kaïs Saïed est qu’il aborde une crise économique, financière et industrielle du XXIe siècle avec les outils d’un juriste théorique et la rhétorique des années 1970.

      Quand on analyse froidement sa gouvernance, trois éléments clés confirment son décalage complet par rapport à la fonction de chef d’État d’un pays en pleine reconstruction :Kaïs Saïed est un universitaire, un constitutionnaliste. Sa seule réponse à tous les problèmes de la Tunisie a été de réécrire la Constitution, de changer le mode de scrutin et de modifier les lois.

      Le décalage :
      On ne remplit pas les assiettes des citoyens avec des décrets-lois.
      On ne résout pas la crise des réserves de change, l’inflation ou l’effondrement du dinar en changeant les équilibres politiques. Son obsession institutionnelle l’a rendu totalement aveugle aux réalités du marché, des finances mondiales et de l’investissement.

      Un président moderne à la place qu’il occupe devrait passer ses journées à rencontrer des investisseurs, à négocier des accords bilatéraux, à pitcher des projets d’énergies renouvelables ou de logistique.
      En assimilant le monde des affaires à des « vampires » ou des « spéculateurs », il s’est coupé des seuls leviers capables d’injecter de l’argent frais dans le pays. On ne gère pas l’économie d’une nation par la méfiance, mais par l’attractivité.
      Pour lui, l’échec de ses politiques ne vient jamais d’une mauvaise planification, mais de forces obscures, de « traîtres » infiltrés dans l’administration ou de « cartels ».

      Cette grille de lecture l’exonère, lui et son équipe, de toute obligation de résultat. C’est la posture parfaite de l’opposant éternel, mais c’est le contraire d’un homme d’État qui assume et qui tranche.

      La Tunisie est aujourd’hui une entreprise complexe en plein dépôt de bilan. Mettre à sa tête un homme qui refuse de regarder les chiffres et préfère inspecter des chantiers à 2 heures du matin montre que les priorités sont totalement inversées. Le pays paye très cher ce manque cruel de culture économique au sommet de l’État.

      Ce mec n’est pas à sa place faut le remplacer rapidement il mène le pays dans le mur … HC

    4. HatemC

      Répondre
      19 juillet 2026 | 19h13

      Ce président utilise une méthode managériale datée — la visite surprise nocturne et le réquisitoire moralisateur — pour répondre à des faillites qui sont purement structurelles, industrielles et financières.

      Bien qu’il puisse plaire à une partie de l’opinion publique en cherchant des coupables, démontre les limites flagrantes de la gouvernance actuelle face aux vrais défis du pays.

      Quand le président demande que chaque région dispose de ses propres équipes, ateliers et pièces de rechange pour la SONEDE ou la STEG, il ignore la réalité économique de ces entreprises publiques.

      La réalité :
      La STEG et la SONEDE sont techniquement en faillite, étouffées par les dettes et le gel des tarifs.
      Elles n’ont même pas de quoi acheter le carburant nécessaire pour faire tourner les centrales à plein régime ou renouveler les canalisations qui fuient.

      L’illusion :
      Croire qu’il s’agit d’un simple problème de « volonté“ ou de ”responsables qui faillent à leur devoir » est un contresens.
      On ne répare pas un réseau électrique national obsolète ou des stations de pompage à bout de souffle avec des discours moralisateurs à 2h30 du matin.

      En qualifiant ces coupures d’« anormales » et en sous-entendant un complot ou un laisser-aller, le pouvoir refuse d’admettre la vérité scientifique : les infrastructures tunisiennes ont dépassé leur point de rupture faute d’investissements depuis 40 ans.

      Une « politique nationale de l’eau » ou une transition énergétique ne se décident pas au détour d’une inspection de chantier à Kalaât El Andalous. Cela demande :

      – Des années de planification budgétaire.
      – Des partenariats internationaux massifs pour financer des usines de dessalement d’eau de mer et des parcs solaires.
      – Une stabilité politique qui rassure les investisseurs étrangers

      En s’en prenant constamment à l’administration et en menaçant les hauts fonctionnaires, le pouvoir a créé un climat de terreur administrative.
      Aujourd’hui, les directeurs généraux et les ingénieurs de la SONEDE ou de la STEG ont peur de prendre la moindre décision ou de signer le moindre contrat de maintenance par crainte d’être limogés ou poursuivis pour “complot” ou “faute”.

      Ce populisme bureaucratique paralyse l’État plus qu’il ne le réforme.
      La Tunisie n’a plus besoin d’un inspecteur des travaux finis qui cherche des boucs émissaires pour masquer l’impuissance de l’État ; elle a désespérément besoin d’ingénieurs, d’économistes et de capitaux.

    5. Fares

      Répondre
      19 juillet 2026 | 12h37

      « Cette situation ne peut plus continuer ainsi »

      Du réchauffé comme d’habitude. Ses visites se répètent et se ressemblent!!!! S’est-il expliqué sur son absence inquiétante ? Un minimum de respect pour les tunisiens et un sens des responsabilités l’exigent.

      Dans une boîte un employé qui s’absente régulièrement et sans justification est viré car pas fiable et instable.

    6. Tunisino

      Répondre
      19 juillet 2026 | 12h05

      Ce n’est pas moi, alors c’est qui? N’est-il pas payé par les 12 millions de sinistrés pour bien gérer le pays à court, moyen, et long termes? Comment va t-il laisser le pays pour le pouvoir suivant? Qui va prendre sa place en cas d’impuissance, ou que les 12 millions d’orphelins aillent à plus de chaos? Bien gérer les affaires de 12 millions d’innocents, simples et ingrats, est une obligation ou une faveur? C’est confirmé depuis 1956, les littéraires et les illettrés politisés ne sont que des aventuriers suicidaires, les derniers de la classe ne peuvent jamais semer l’excellence.

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