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Quand le silence de Carthage nourrit les fake news

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Par Raouf Ben Hédi

    Après dix jours sans la moindre apparition officielle, Kaïs Saïed a effectué samedi soir une série de visites de terrain, mettant un terme aux rumeurs les plus alarmistes sur son état de santé. Mais si sa réapparition a apporté un démenti par l’image, elle n’efface ni l’étrange silence de la présidence ni les interrogations qu’il a suscitées. En laissant le vide s’installer autour du chef de l’État, Carthage a offert aux fausses informations leur meilleur terreau.

    Pendant dix jours, Kaïs Saïed a disparu des radars officiels. Du 8 au 18 juillet 2026, le président de la République n’a reçu aucun responsable au palais de Carthage, présidé aucune réunion rendue publique et effectué aucune visite annoncée. Une absence inhabituelle pour un chef de l’État dont les activités, même espacées, sont généralement relayées par les communiqués, les photographies et les vidéos de la présidence.

    Samedi soir, Kaïs Saïed est finalement réapparu. Il s’est rendu au complexe hydraulique de Ghdir El Golla, puis à Kalaât El Andalous, où il a inspecté le chantier de protection contre les inondations de l’oued Medjerda et les travaux de restauration du pont historique de Qantara Bizerte.

    La vidéo de ces déplacements, diffusée dans la nuit de samedi à dimanche, vers 2h30 du matin, montre un président debout, marchant, échangeant avec des responsables et des citoyens et développant longuement ses observations sur les coupures d’eau et d’électricité. Elle a suffi à faire retomber une bonne partie des spéculations qui agitaient le pays depuis plusieurs jours.

    Elle n’a cependant pas expliqué pourquoi Kaïs Saïed s’était absenté aussi longtemps.

    La dernière activité officielle connue du président remontait au 8 juillet. Kaïs Saïed avait alors reçu la cheffe du gouvernement, Sarra Zaâfrani Zenzri, au palais de Carthage. Après cette rencontre, plus rien.

    Ce silence aurait pu passer inaperçu en période ordinaire. Il l’était beaucoup moins dans une Tunisie confrontée à des délestages électriques quotidiens, à des coupures d’eau, à une vague de chaleur et à une dégradation manifeste de plusieurs services publics. Alors que des foyers, des commerces et des entreprises étaient privés d’électricité pendant plusieurs heures, aucune réunion présidentielle consacrée à la crise n’a été annoncée. Aucun responsable de la Steg n’a été reçu publiquement à Carthage. Aucun message du chef de l’État n’est venu rassurer les citoyens ou leur expliquer la situation.

    Un autre événement a nourri les interrogations. Le 12 juillet, le Qatar a annoncé le décès de l’ancien émir, cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani, père de l’émir actuel. Kaïs Saïed lui a rendu hommage dans un message de condoléances transmis le lendemain. Mais il ne s’est pas rendu à Doha et a chargé son ministre des Affaires étrangères, Mohamed Ali Nafti, de présenter les condoléances de la Tunisie à l’émir Tamim ben Hamad Al Thani.

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