Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Chirurgie robotique : la Clinique Kantaoui se prépare à franchir le pas

Article réservé aux abonnés

Par Imen Nouira

    La chirurgie robotique va bientôt faire son entrée à la Clinique Kantaoui. À l’occasion d’une première journée gratuite de formation organisée à Sousse, des médecins et chirurgiens de la région ont pu découvrir et manipuler un robot chirurgical chinois de marque Kangduo, développé par Sagebot. Pour l’heure réservé aux démonstrations et aux simulations, le dispositif fait l’objet d’un projet d’acquisition par l’établissement, selon le Dr Hammadi Dahmoul, qui indique qu’une demande a été déposée auprès du ministère de la Santé. Au-delà de la technologie, son éventuel déploiement soulève plusieurs enjeux : formation des chirurgiens, coût, prise en charge et potentiel pour le tourisme médical.

    La Clinique Kantaoui a organisé, vendredi 17 juillet 2026, une Journée de formation en chirurgie robotique, présentée comme une première dans le Grand Sahel. Destinée aux chirurgiens, médecins spécialistes et professionnels de santé, cette formation gratuite a permis aux participants de la région de se familiariser avec une technologie encore peu développée en Tunisie et de s’essayer concrètement à la manipulation d’un robot chirurgical.

    L’initiative s’inscrit dans un programme associant conférences scientifiques, démonstrations et ateliers pratiques. Les participants ont ainsi pu découvrir le fonctionnement de la chirurgie robot-assistée et s’exercer, à travers des simulations, à l’utilisation du dispositif. La technologie présentée peut trouver des applications dans plusieurs spécialités, notamment en chirurgie générale, en urologie et en gynécologie. L’objectif affiché est d’aller au-delà de la simple découverte technologique en préparant les praticiens à l’utilisation de nouveaux outils de chirurgie mini-invasive et en renforçant leurs compétences dans ce domaine.

    De la formation à un projet d’acquisition

    Pour le Dr Hammadi Dahmoul, chirurgien urologue à la Clinique Kantaoui, cette journée répond d’abord à la nécessité pour la Tunisie de combler son retard dans ce domaine. « On est un peu en retard par rapport au reste du monde. Donc, on compte suivre le train et acquérir cette nouvelle technologie », explique-t-il.

    Le matériel mis à disposition à Sousse est, à ce stade, destiné à la démonstration et à la formation. Aucune intervention sur des patients n’est encore prévue. « On n’a pas jusqu’à maintenant le droit de l’utiliser sur des malades », précise le Dr Dahmoul. Le chirurgien indique qu’une demande a été déposée auprès du ministère de la Santé en vue de l’acquisition du matériel et de son utilisation une fois les autorisations nécessaires obtenues.

    La démarche passe donc, dans un premier temps, par la formation. Des urologues, chirurgiens et gynécologues de la région ont été conviés à découvrir le fonctionnement du robot et à s’exercer à sa manipulation. Pour Hammadi Dahmoul, cette étape doit permettre aux praticiens de commencer à se familiariser avec la technologie en amont de son éventuelle utilisation clinique.

    Le chirurgien identifie le coût élevé des équipements comme l’un des principaux obstacles ayant jusqu’ici freiné le développement de la chirurgie robotique en Tunisie. Il cite notamment le robot chirurgical da Vinci, dont il souligne le coût particulièrement élevé. Il indique que la solution chinoise présentée lors de cette journée serait, selon lui, moins chère, ce qui pourrait faciliter l’accès à cette technologie.

    Mais au-delà de ce premier projet, Hammadi Dahmoul inscrit la démarche dans une volonté plus large d’intégrer progressivement les nouvelles technologies médicales. Selon lui, la Clinique Kantaoui cherche, depuis son ouverture, à se doter d’équipements permettant aux praticiens de suivre les évolutions de leur spécialité. « On veut être à la page et avoir le matériel nécessaire et le matériel disponible dans le monde entier. Et on doit acquérir toutes les nouvelles technologies pour qu’on avance », affirme-t-il, présentant cette initiative comme une première étape vers d’autres acquisitions de technologies médicales.

    Le robot ne remplace pas le chirurgien

    Derrière le terme de chirurgie robotique se cache une réalité que les deux praticiens tiennent à rappeler : la machine n’opère pas de manière autonome. Elle demeure un outil placé sous le contrôle du chirurgien.

    « Ce n’est pas le robot qui fait l’opération. C’est le chirurgien qui manipule et le robot qui suit le geste », souligne Hammadi Dahmoul. Selon lui, la technologie facilite certains gestes particulièrement fins, notamment les sutures et les dissections, tout en offrant au praticien davantage de précision. Elle permettrait également de réaliser plus aisément certains gestes difficiles avec les techniques conventionnelles.

    Le Dr Fehmi Hamila, chirurgien viscéral et digestif, formé à la chirurgie robotique depuis 2023, abonde dans le même sens. « Le robot est simplement un instrument qui est manipulé par le chirurgien. Il n’opère pas tout seul », insiste-t-il.

    Pour le spécialiste, la chirurgie robotique ne constitue pas une rupture avec les techniques chirurgicales existantes, mais plutôt leur prolongement. « La chirurgie robotique n’est pas différente de la chirurgie qu’on connaît, mais c’est une nette amélioration », résume-t-il.

    L’un des principaux apports de cette technologie réside, selon Fehmi Hamila, dans la qualité de la visualisation en trois dimensions. Le chirurgien bénéficie d’une image détaillée du champ opératoire, lui permettant de mieux distinguer les structures anatomiques et de gagner en précision dans ses gestes.

    Cette précision prend, selon lui, tout son intérêt dans les zones du corps humain difficiles d’accès ou particulièrement restreintes. Le chirurgien cite notamment les interventions pelviennes ou thoraciques parmi les domaines où la robotique peut faciliter le travail du praticien, à condition, insiste-t-il, que celui-ci soit correctement formé et expérimenté.

    Pour les patients, Fehmi Hamila évoque des incisions moins importantes, des pertes sanguines réduites, moins de douleurs postopératoires et de meilleures suites après l’intervention. Des bénéfices également mis en avant par la clinique, qui présente la chirurgie robotique comme une évolution majeure de la chirurgie mini-invasive.

    La technologie modifie également les conditions de travail du praticien. Contrairement à certaines interventions conventionnelles pouvant imposer au chirurgien de rester debout pendant plusieurs heures, la chirurgie robot-assistée lui permet de travailler depuis une console, en position assise. Fehmi Hamila y voit un avantage en matière de confort et de fatigue lors des opérations longues, avec l’objectif de permettre au chirurgien de conserver de bonnes conditions de travail tout au long de l’intervention.

    Formé à cette pratique depuis 2023, le chirurgien rappelle également que la chirurgie robotique n’est pas une technologie récente à l’échelle internationale. Selon lui, elle est utilisée depuis une vingtaine d’années dans le monde, notamment dans des centres spécialisés, même si elle demeure encore nouvelle en Tunisie. « Moi, personnellement, je pense que c’est une chirurgie d’avenir et qu’il est temps, en Tunisie, qu’on s’engage dans ce type de chirurgie », affirme-t-il.

    Le coût et la prise en charge, principaux défis

    Mais pour que cette technologie puisse réellement se développer en Tunisie, l’équation financière reste centrale. « L’effort doit être collectif », insiste Fehmi Hamila.

    Selon lui, la réduction du coût de la chirurgie robotique nécessite l’implication de l’ensemble des acteurs concernés. Les fournisseurs d’équipements doivent, à ses yeux, consentir un effort sur leurs prix, tout comme les établissements qui investissent dans ces technologies. Il évoque également le rôle des chirurgiens et des patients, mais appelle surtout à une mobilisation plus large des acteurs publics et des organismes de prise en charge.

    Fehmi Hamila appelle notamment l’État à agir sur la fiscalité appliquée aux équipements importés et estime que les assurances doivent participer à la prise en charge, au moins partielle, de la chirurgie robotique. La question d’une éventuelle couverture de ces interventions pose également celle du rôle des organismes d’assurance maladie, dont la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam), sans qu’aucun mécanisme spécifique de prise en charge de la chirurgie robotique n’ait été évoqué lors de cette journée.

    Pour le chirurgien, l’accessibilité de cette technologie dépendra aussi de sa diffusion. Plus les chirurgiens seront nombreux à se former et plus le nombre d’interventions augmentera, plus les coûts pourraient, selon lui, être amenés à diminuer. Il invite ainsi les praticiens tunisiens à s’engager dans cette voie et à se former afin de permettre une utilisation de la chirurgie robotique dans de bonnes conditions.

    La formation apparaît dès lors comme l’une des clés du développement de cette pratique. Si Fehmi Hamila estime que l’apprentissage de la manipulation du robot est accessible aux chirurgiens, il souligne néanmoins la nécessité d’une formation spécifique avant toute utilisation clinique.

    La chirurgie robotique, un nouvel atout pour le tourisme médical ?

    Au-delà de son utilisation pour les patients tunisiens, le développement de la chirurgie robotique pourrait également renforcer le positionnement du pays dans le tourisme de santé. Hammadi Dahmoul met notamment en avant le différentiel de coût qui pourrait, selon lui, exister entre une intervention pratiquée en Europe et une intervention robot-assistée réalisée en Tunisie.

    Dans ce contexte, le chirurgien avance qu’une intervention robot-assistée coûte entre 20.000 et 30.000 euros en Europe et estime qu’elle pourrait revenir aux alentours de 10.000 euros en Tunisie si cette technologie y était disponible. Ces estimations, avancées par le praticien dans le cadre de son analyse du potentiel du tourisme médical, pourraient selon lui constituer un argument supplémentaire pour attirer une patientèle étrangère.

    Hammadi Dahmoul insiste notamment sur l’attractivité de la médecine tunisienne auprès des patients africains et estime que l’accès à la chirurgie robotique pourrait renforcer cette position. Mais le potentiel ne se limiterait pas, selon lui, à cette patientèle. Un coût d’intervention inférieur à celui pratiqué en Europe pourrait également inciter des patients européens à choisir la Tunisie pour se faire opérer.

    Pour la Tunisie, déjà positionnée sur le marché du tourisme médical, la chirurgie robotique pourrait ainsi constituer un atout supplémentaire et élargir l’offre proposée aux patients étrangers à des interventions faisant appel à des technologies chirurgicales avancées.

    Fehmi Hamila estime, de son côté, que la Clinique Kantaoui pourrait, à terme, devenir un pôle spécialisé et performant dans la chirurgie robotique. Une perspective qui dépendra, selon lui, de l’engagement des chirurgiens dans cette voie, de leur formation et de la capacité à diffuser progressivement cette pratique.

    Pour l’heure, le robot présent à Sousse reste un outil de démonstration et de formation. Mais derrière les simulations se dessine déjà une ambition plus concrète : passer de la découverte de la technologie à son utilisation clinique. La journée du 17 juillet constitue ainsi une première étape. Le véritable enjeu sera désormais de concrétiser le projet d’acquisition, d’obtenir les autorisations nécessaires et de réunir les conditions permettant de rendre, à terme, cette technologie accessible aux patients en Tunisie.

    I.N.

    Subscribe to Our Newsletter

    Keep in touch with our news & offers

    Contenus Sponsorisés

    Répondre

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *