Face aux délestages électriques enregistrés ces derniers jours en Tunisie sous l’effet d’une vague de chaleur exceptionnelle, Sadok Besbes, membre du Groupement professionnel des énergies renouvelables au sein de la Conect, a estimé que cette situation était « prévisible » au regard des fragilités structurelles du système électrique national.
Invité de la Radio nationale mardi 21 juillet 2026, il a plaidé pour une accélération de la transition énergétique, un déploiement rapide des systèmes de stockage par batteries et une réforme du cadre réglementaire afin de renforcer la résilience du réseau.
Selon lui, les coupures tournantes constituent la conséquence directe de plusieurs facteurs concomitants : une hausse continue de la demande en électricité, un réseau dont les capacités n’ont pas été renforcées au même rythme que la consommation, un retard dans la mise en œuvre des projets d’énergies renouvelables ainsi que les difficultés financières auxquelles fait face la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg). Cette situation financière délicate est, d’ailleurs, selon le responsable, derrière le manque d’opérations régulières de maintenance particulièrement coûteuses qu’exige le réseau.
Sadok Besbes a souligné par ailleurs que le changement climatique accentuait les tensions sur le système électrique tunisien. Les épisodes de chaleur extrême, désormais plus fréquents et plus intenses, provoquent une augmentation brutale des besoins en climatisation, ce qui modifie profondément les profils de consommation. Autrefois, les gestionnaires du réseau pouvaient prévoir relativement facilement les pics de demande, largement déterminés par les cycles d’activité industrielle. Aujourd’hui, la généralisation des climatiseurs rend la consommation beaucoup plus volatile.
Cette évolution impose, selon lui, de nouvelles études prospectives sur les comportements de consommation ainsi que des investissements importants dans les infrastructures électriques.
Le solaire nécessite impérativement des solutions de stockage
Sadok Besbes a indiqué que l’énergie solaire présente une contrainte technique majeure : sa production reste intermittente et dépend entièrement des conditions météorologiques. La puissance injectée sur le réseau peut ainsi varier rapidement au cours de la journée, créant des déséquilibres permanents entre production et consommation. À cette intermittence s’ajoute l’absence de capacités de stockage suffisantes. Selon lui, ces deux facteurs expliquent en grande partie les difficultés actuelles rencontrées par le réseau national.
Il a, dans ce sens, insisté que le fait que la priorité absolue consisterait désormais à autoriser l’intégration des batteries de stockage dans les installations photovoltaïques raccordées au réseau, notant que le prix des batteries lithium-ion a fortement diminué ces dernières années grâce aux progrès technologiques et à l’essor mondial du véhicule électrique.
Ces batteries permettraient, selon le responsable, d’absorber les surplus de production photovoltaïque lorsque la demande est faible et de restituer cette énergie durant les périodes de forte consommation, améliorant ainsi considérablement la stabilité du réseau.
En effet, en l’état actuel de la réglementation tunisienne, les particuliers équipés de panneaux photovoltaïques raccordés au réseau ne sont pas autorisés à intégrer des systèmes de stockage par batteries dans leurs installations standards. L’électricité produite est prioritairement synchronisée avec le réseau de la Steg et injectée dans celui-ci. Les onduleurs, conformément au référentiel technique imposé par l’entreprise publique, sont programmés pour cesser automatiquement toute production dès qu’une coupure ou une opération de délestage intervient. Par conséquent, malgré la présence de panneaux solaires sur leur toiture, les propriétaires se retrouvent privés d’électricité au même titre que l’ensemble des abonnés alimentés par le réseau.
Les professionnels du secteur des énergies renouvelables estiment que cette architecture réglementaire, fondée sur le principe de la centralisation de la gestion du réseau électrique, limite le développement de solutions de stockage domestique susceptibles de renforcer l’autonomie énergétique des ménages et d’alléger les contraintes pesant sur le système électrique national.
Selon Sadok Besbes, les installations dites « hybrides », équipées de batteries, s’isolent automatiquement du réseau public et continuent d’alimenter l’habitation grâce à l’énergie stockée dans les batteries, sans nécessiter de groupe électrogène.
Citant comme exemple l’Allemagne, il a précisé que le pays produisait désormais plus de 60% de son électricité à partir de sources renouvelables à certaines périodes grâce au déploiement progressif de solutions de stockage. Le pays a d’abord équipé les habitations individuelles, puis les installations industrielles, avant de développer des systèmes de stockage de grande capacité à l’échelle nationale. Ces batteries jouent un rôle fondamental dans l’équilibrage du réseau électrique en compensant en permanence les écarts entre l’offre et la demande.
Une révision rapide des normes techniques s’impose
Interrogé sur le coût des batteries, le président du Groupement professionnel des énergies renouvelables a indiqué que plus de 95% des cellules composant les batteries lithium-ion étaient aujourd’hui fabriquées en Chine. Même lorsque les batteries sont assemblées dans d’autres pays, leurs cellules proviennent généralement de fabricants chinois.
Le coût d’une batterie dépend de sa capacité de stockage et de la taille de l’installation photovoltaïque à laquelle elle est associée. Les solutions destinées aux particuliers démarrent autour de 2 000 dinars et peuvent atteindre des montants nettement plus élevés selon les performances recherchées. L’objectif n’étant pas d’assurer une autonomie prolongée, mais de fournir une alimentation de secours pendant plusieurs heures tout en contribuant à stabiliser le réseau électrique.
Selon lui, même si leur contribution reste initialement limitée, les batteries permettraient de réduire sensiblement les besoins en délestage. Il a dans ce sens appelé à accélérer l’adoption du nouveau référentiel de la Steg pour permettre d’autoriser officiellement le raccordement des batteries.
Il a souligné, dans ce même contexte, la nécessité d’alléger la fiscalité sur les équipements solaires. Sur le plan économique, la fiscalité actuelle constitue un frein majeur au développement des énergies renouvelables, selon ses dires.
Il a rappelé que les batteries supportaient actuellement une taxe de 15%, à laquelle s’ajoute une TVA de 7%. Les panneaux photovoltaïques sont, quant à eux, soumis à des droits de douane de 30% ainsi qu’à une TVA de 19%.
À titre de comparaison, il a affirmé que des pays comme le Maroc ou l’Égypte appliquaient des droits compris entre 1,5% et 2,5% sur ce type d’équipements.
Notant que ces prélèvements renchérissent inutilement le coût des installations pour les ménages et ralentissent la transition énergétique, il a plaidé donc pour une réduction substantielle des charges douanières et fiscales afin de rendre ces technologies plus accessibles.
Au-delà de la fiscalité, le président du Groupement professionnel des énergies renouvelables a appelé à la mise en place d’un mécanisme de financement spécifique pour les systèmes de stockage. Il a proposé de s’inspirer du succès du programme Prosol, qui a permis d’équiper près de 700 000 logements en solutions utilisant les énergies renouvelables.
À son sens, un programme national dédié aux batteries permettrait d’accélérer leur diffusion auprès des ménages tout en améliorant la sécurité énergétique du pays. La Tunisie, a-t-il rappelé, demeure fortement dépendante du gaz naturel alors que les rapports de l’Observatoire national de l’énergie mettent régulièrement en évidence les difficultés d’approvisionnement et les déséquilibres du secteur.
Il a conclu en notant qu’il serait également indispensable de simplifier les procédures administratives, d’accélérer les investissements dans les énergies renouvelables et de mettre en place des incitations financières adaptées afin de permettre aux citoyens et aux entreprises d’adopter plus rapidement les solutions photovoltaïques.
N.J











2 commentaires
A4
Calcul simple: Prenons un panneau photovoltaïque qui coûte 1000 dinars. Au passage par la douane il est taxé de 30 %: son prix passe à 1300 dinars. Sa TVA qui était de 7 % auparavant est passée cette année à 19 %: prix de revient en TTC: 1547 dinars !
Le client débourse 1547 dinars dont 547 dinars, soit 35 %, vont dans les caisses de l’état qui les gaspille…
A4
Le premier frein au développement des énergies renouvelables revient au sabotage de la STEG.
Un constat aberrant: le ministre actuel de l’équipement est chargé du ministère de l’industrie et la STEG est sous la tutelle de ce ministère. Une installation photovoltaïque a été réalisée au dessus des toitures des divers bâtiments du ministère de l’équipement à Tunis. Cette installation est achevée depuis un minimum de 6 mois et elle n’est toujours pas fonctionnelle et raccordée au réseau. Sa puissance dépasse les 100 kWc et peut suffire à l’alimentation des climatiseurs de tous les bâtiments du ministère. Si ceci n’est pas du sabotage, ça lui ressemble étrangement !!!
Et je connais plusieurs installations qui sont dans la même situation: achevées et non raccordées !