L’avocate et membre du comité de défense dans l’affaire dite de complot contre la sûreté de l’État, Haïfa Chebbi, a publié, mardi 21 juillet 2026, une vidéo sur Facebook dans laquelle elle livre un témoignage bouleversant après une visite à la prison civile de Mornaguia. La fille de l’opposant Ahmed Néjib Chebbi y dénonce les conditions de détention en cette période de fortes chaleurs et appelle à une prise de conscience collective.
Visiblement très émue et en sanglots, elle explique sortir d’une séance de visites au cours de laquelle elle a rencontré son père, Ahmed Néjib Chebbi, ainsi que les détenus Abdelhamid Jelassi et Zied El-Heni.
« Je n’arrive pas à décrire ce que l’on ressent en sortant de prison. Je n’arrive plus à respirer », déclare-t-elle, évoquant la chaleur étouffante qui règne à l’intérieur de l’établissement pénitentiaire. Elle rappelle que les températures dépassent actuellement les 50 degrés dans plusieurs régions du pays et souligne que les détenus vivent sans climatisation, privés de leurs proches et confinés dans des cellules surpeuplées.
Haïfa Chebbi affirme avoir constaté de ses propres yeux l’état de certains prisonniers. Elle indique notamment avoir vu Rached Ghannouchi après son retour de l’hôpital et assure qu’il souffrait fortement de la chaleur.
L’avocate tient toutefois à dédouaner les agents de l’administration pénitentiaire. Selon elle, les surveillants « font tout ce qu’ils peuvent » avec les moyens dont ils disposent, notamment pour les détenus âgés. « La prison n’est pas responsable. L’administration pénitentiaire n’est pas responsable », insiste-t-elle.
En revanche, elle estime que la responsabilité incombe à la classe politique et, plus largement, à l’ensemble des élites. « Nous sommes tous responsables. Nous sommes tous complices », lance-t-elle, regrettant que les débats se limitent aux réseaux sociaux pendant que les conditions de détention continuent de se dégrader.
Elle évoque également la situation des familles et des avocats, contraints d’attendre ou d’effectuer leurs visites sous une chaleur accablante, ainsi que celle des détenus qui, selon ses propos, passent la majeure partie de leur temps dans des cellules exiguës, avec très peu de possibilités de sortie.
Dans son intervention, Haïfa Chebbi établit aussi un parallèle avec la situation générale que traverse le pays, marquée par la canicule, les coupures répétées d’eau et d’électricité et les difficultés quotidiennes auxquelles sont confrontés les Tunisiens. Elle estime néanmoins que le sort des personnes détenues ne doit pas être oublié.
« Nous nous sommes tus. À chaque nouvelle incarcération, nous nous taisons. Nous sommes tous responsables de cette situation », conclut-elle, appelant à rompre le silence face aux conditions de détention.
M.B.Z










