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Le TSGP a démarré, la Steg vacille : Quand la Tunisie regarde ailleurs pendant que son destin énergétique se joue

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Par Abdelwaheb Ben Moussa

    Par Abdelwaheb Ben Moussa

    Depuis le 4 juin 2026, le gazoduc transsaharien (TSGP) n’est plus un projet : c’est un chantier. Les travaux ont été officiellement lancés dans le désert algérien d’Adrar. Au même moment, en Tunisie, le réseau électrique national subit les assauts d’une crise d’approvisionnement et de délestages qui mettent à rude épreuve la Société Tunisienne de l’Électricité et du Gaz (Steg) et le quotidien des opérateurs économiques. 

    Le contraste est saisissant, presque cruel : d’un côté, la carte énergétique euro-africaine se redessine sous nos yeux à nos frontières ; de l’autre, notre infrastructure nationale vacille sous le poids de l’obsolescence et du manque d’anticipation stratégique. La Tunisie, dont le potentiel est régulièrement souligné, n’a toujours pas traduit l’urgence en décision.

    Il y a quelques semaines, nous posions une thèse : la Tunisie peut et doit devenir le *« Software du Corridor transsaharien »*. Non pas en revendiquant un tracé physique, mais en s’imposant comme la couche intelligente qui rend ce corridor lisible, sécurisé et conforme aux standards européens — à travers la maintenance prédictive, la cybersécurité des infrastructures critiques et la gouvernance des données de flux. Aujourd’hui, la crise systémique de la Steg ne contredit pas cette thèse ; elle en devient l’illustration domestique la plus flagrante.

    Le chantier est ouvert, la carte énergétique euro-africaine se redessine. La Tunisie doit décider ce qu’elle en fait pour son écosystème et sa propre infrastructure (Steg) — avant que le corridor ne décide à sa place.

    Le paradoxe du black-out face au gigantisme régional

    Le chantier du TSGP a commencé et la fenêtre d’opportunité se ferme. Les ministres de l’Énergie d’Algérie, du Nigeria et du Niger ont lancé conjointement les travaux du tronçon algérien à Adrar. Sur 4 128 kilomètres, une infrastructure majeure destinée à transporter 30 milliards de mètres cubes de gaz par an commence à prendre forme. L’Algérie y consolide son rôle d’opérateur central via la Sonatrach, tandis que le Maroc finalise les études de son propre pipeline transcontinental. 

    Pendant ce temps, la Tunisie gère la pénurie au jour le jour. La crise actuelle de l’électricité et les fragilités opérationnelles de la Steg rappellent que l’inertie a un coût direct, quantifiable en mégawatts perdus et en pannes subies par le tissu productif national. 

    Nous faisons face au syndrome de l’observateur compétent : l’administration analyse avec une grande lucidité les mégaprojets voisins, mais échoue à moderniser l’architecture informatique et technique de son propre opérateur historique. Le corridor transsaharien, tout comme la refonte de la Steg, exige pourtant une convergence immédiate entre transition énergétique et transformation numérique. Piloter notre mix énergétique ne se fera plus à l’aide d’arbitrages manuels, mais par une ingénierie de la donnée en temps réel.

    De la crise de la Steg au Software Corridor : Les vases communicants

    Pourquoi la crise de l’électricité en Tunisie est-elle intimement liée au chantier du TSGP ? Parce que dans la géoéconomie moderne, la valeur ne réside plus dans la simple détention de la molécule ou du câble de cuivre, mais dans l’intelligence industrielle qui en orchestre le fonctionnement.

    Gouvernance des flux :

      – Symptômes Nationaux (Steg) : Délestages subis par manque de prévisibilité et de flexibilité du réseau.

      – Opportunités Régionales (TSGP) : Rendre le corridor lisible et conforme aux exigences d’optimisation européennes.

    Maintenance des infrastructures :

      – Symptômes Nationaux (Steg) : Pannes en cascade sur des installations vieillissantes faute d’outils prédictifs.

      – Opportunités Régionales (TSGP) : Déploiement de capteurs IoT et d’algorithmes de surveillance pour sécuriser le transit.

    Souveraineté & Sécurité :

      – Symptômes Nationaux (Steg) : Vulnérabilité du modèle centralisé face aux pics de consommation.

      – Opportunités Régionales (TSGP) : Intégration de la cybersécurité des infrastructures critiques (Scada, réseaux).

    Si l’État s’avère incapable d’injecter du logiciel et des technologies de pointe (Smart Grid, IA décisionnelle) pour stabiliser le réseau de la Steg, comment espérer convaincre nos partenaires régionaux ou européens de nous confier la couche intelligente du plus grand corridor énergétique du continent ? Notre écosystème d’ingénierie dispose d’atouts réels, mais il reste confiné à la périphérie des choix publics.

    Le coût de l’attentisme pour l’État développeur

    Le repositionnement énergétique mondial, accéléré par les exigences européennes de traçabilité carbone (MACF) et les critères ESG, ne pardonnera pas l’attentisme. 

    La crise de la Steg montre ce qui se passe lorsque la dette technique d’une entreprise publique explose : le service s’interrompt. Appliqué à l’échelle régionale, si la Tunisie laisse d’autres acteurs occuper les segments de services technologiques liés aux grands corridors africains compatibles avec l’hydrogène vert (*H2-Ready*), elle se condamne à une double peine : subir des coupures de courant à l’intérieur, et être totalement contournée par les flux de valeur à l’extérieur.

    Notre Plan de Développement 2026-2030 ne peut plus se contenter d’aligner des objectifs théoriques sur l’indépendance énergétique. Il doit acter une réalité : l’énergie est désormais une branche de l’économie numérique.

    Trois arbitrages urgents pour l’exécutif

    Pour interconnecter notre salut électrique interne et notre ambition géopolitique externe, trois ruptures doivent être opérées immédiatement :

    1. Déclarer l’urgence numérique pour les infrastructures critiques (Steg/Sonede) : Mandater une task-force d’ingénieurs pour implanter d’urgence des modèles algorithmiques de gestion de charge et de maintenance prédictive afin de stopper l’hémorragie des pannes.

    2. Fédérer un Hub national de services technologiques pour les corridors énergétiques : Unir nos centres de compétences en cybersécurité, nos entreprises de monitoring IoT et nos experts en certification carbone sous une structure unique capable de négocier avec les donneurs d’ordre du TSGP et de l’Europe.

    3. Inscrire le projet dans le Plan 2026-2030 : Faire du positionnement technologique de la Tunisie dans les grands projets maghrébins et africains un axe de sécurité nationale et d’attractivité économique.

    Du statut de spectateur au rôle d’acteur

    Dans les infrastructures transcontinentales comme dans la gestion d’un réseau électrique national, les positions se prennent à la conception, rarement à l’exploitation. Ceux qui n’écrivent pas le code des standards techniques sont condamnés à en subir les conséquences.

    La Tunisie a le privilège d’avoir le capital humain nécessaire pour concevoir ces solutions de pointe. Nos ingénieurs s’exportent partout pour moderniser les réseaux des autres ; il est temps qu’ils modernisent le nôtre. La réflexion sans décision n’est pas une stratégie : c’est une élégance stérile qui se termine dans le noir.

    Entre l’observateur qui comprend tout et l’acteur qui tranche, le corridor de l’histoire choisit toujours ceux qui agissent. La Steg n’a plus le temps d’attendre. L’économie tunisienne non plus.

    BIO EXPRESS

    Abdelwaheb Ben Moussa – Ingénieur en informatique / Cadre dans une banque publique

    Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.

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