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Crise énergétique : Mohsen Gharsi alerte sur les fragilités de la Steg et appelle à réhabiliter l’expertise tunisienne

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Par Nadya Jennene

    Alors que la Tunisie traverse une importante crise énergétique marquée par des délestages répétés, des coupures d’électricité dans plusieurs régions et une forte pression sur le réseau national en raison de la hausse exceptionnelle de la demande durant les périodes de forte chaleur, le président de l’Ordre des ingénieurs tunisiens, Mohsen Gharsi, a livré son analyse des difficultés structurelles qui affectent le secteur.

    Invité à s’exprimer sur la situation énergétique du pays sur Jawhara FM jeudi 23 juillet 2026, il a estimé que la crise actuelle ne traduisait pas une absence de compétences, mais plutôt un problème de gouvernance, de planification et de valorisation de l’expertise technique nationale. Selon lui, la Tunisie dispose d’ingénieurs hautement qualifiés, particulièrement dans le domaine énergétique, mais n’a pas suffisamment réussi à exploiter ce potentiel pour renforcer son système électrique.

    « Malgré les grandes compétences tunisiennes, reconnues par le monde entier, notamment dans le domaine de l’énergie, nous avons aujourd’hui un problème énergétique », a-t-il déclaré, soulignant le paradoxe d’un pays qui exporte son savoir-faire tout en faisant face à des difficultés internes de production et de gestion du réseau électrique.

    « Lorsque, dans une entreprise comme la Steg, les décisions qui concernent des domaines scientifiques, techniques et d’ingénierie ne sont plus prises par les ingénieurs, cela devient un problème », a-t-il noté. 

    Selon lui, cette situation a contribué au départ de nombreuses compétences vers l’étranger. Des ingénieurs ayant travaillé au sein de la Steg ont choisi de quitter l’entreprise parce qu’ils ne trouvaient plus la reconnaissance correspondant à leur expertise.

    Il a rappelé que les ingénieurs tunisiens occupaient aujourd’hui des postes importants dans plusieurs pays, notamment en France, aux Émirats arabes unis, au Canada, au Sénégal ou encore en Égypte, où ils participent à la gestion de réseaux électriques et d’infrastructures énergétiques

    Mohsen Gharsi a expliqué que la question ne concernait pas uniquement les conditions matérielles, mais également la capacité du système à faire confiance aux spécialistes et à leur permettre de jouer pleinement leur rôle dans les choix stratégiques. Il a appelé à éviter que les considérations non techniques prennent le dessus sur les impératifs scientifiques dans un secteur aussi sensible que l’énergie.

    Dans ce contexte, il a également évoqué les retards accumulés dans plusieurs projets énergétiques, notamment dans le domaine des énergies renouvelables. Sans citer directement de parties responsables, il a estimé que certains projets auraient pu contribuer à réduire la pression actuelle sur le réseau électrique s’ils avaient été réalisés dans les délais prévus.

    Il a rappelé que l’Ordre des ingénieurs tunisiens avait déjà alerté sur ces risques. Dès 2022, l’organisation avait commencé à attirer l’attention sur la vulnérabilité du système énergétique national. En 2023, elle a élaboré une étude d’environ 70 pages consacrée aux défis énergétiques de la Tunisie, aux scénarios futurs et aux solutions permettant d’éviter une situation de tension.

    Cette étude, selon lui, proposait notamment des orientations pour diversifier le mix énergétique, accélérer le développement des énergies renouvelables et améliorer la planification du secteur.

    Mohsen Gharsi a également insisté sur l’importance de réduire la dépendance de la Tunisie aux énergies fossiles, notamment au gaz naturel, qui constitue une composante essentielle de la production électrique nationale. Il a estimé que les changements intervenus sur le marché énergétique international, notamment après la guerre en Ukraine, ont accentué les fragilités du modèle tunisien. 

    La dépendance à l’approvisionnement extérieur en gaz, notamment auprès de l’Algérie, constitue selon lui un facteur de vulnérabilité supplémentaire. Il a expliqué que l’évolution des conditions d’approvisionnement avait contribué aux difficultés rencontrées par certaines centrales électriques et à la tension sur les capacités de production.

    Face à cette situation, le président de l’Ordre des ingénieurs a plaidé pour une accélération de la transition énergétique, estimant que la Tunisie dispose d’un potentiel important dans le solaire et l’éolien. Il a notamment affirmé que certaines régions du Nord-Ouest pourraient permettre de couvrir au moins 20% de la consommation électrique nationale grâce à l’énergie éolienne.

    Pour lui, la diversification du mix énergétique n’est plus une option mais une nécessité stratégique afin de réduire les risques de nouvelles crises et de renforcer l’autonomie énergétique du pays, en accélérant les projets renouvelables, modernisant la gouvernance de la Steg et surtout en redonnant à l’expertise scientifique et technique la place centrale qu’elle doit occuper dans les décisions énergétiques du pays.

    N.J

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