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Médecine esthétique : une loi pour stopper les faux praticiens et les injections clandestines

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Par Nadya Jennene

    La médecine esthétique tunisienne fait face à un phénomène qui inquiète de plus en plus les professionnels du secteur : la multiplication des interventions réalisées par des personnes non habilitées, sans formation médicale reconnue ni autorisation légale d’exercer. Face à cette dérive, le Syndicat tunisien des médecins esthétiques entend renforcer l’arsenal juridique afin de protéger les patients et préserver la sécurité sanitaire.

    La présidente du Syndicat tunisien des médecins esthétiques, Imene Ben Amara, a tiré la sonnette d’alarme sur l’essor des pratiques esthétiques clandestines, dénonçant l’intervention croissante d’« intrus » dans un domaine relevant exclusivement de la compétence médicale. Selon elle, ces dernières années ont été marquées par une prolifération d’actes de médecine esthétique pratiqués par des personnes qui ne disposent ni du statut de médecin, ni des qualifications nécessaires, ni des autorisations requises.

    Ces intervenants, souvent très actifs sur les réseaux sociaux, proposent des prestations à des tarifs attractifs, jouant sur la recherche de solutions rapides et accessibles par une partie de la population. Une situation qui, selon la responsable syndicale, constitue une violation de la réglementation en vigueur et un phénomène d’usurpation de la qualité de médecin.

    Des pratiques clandestines qui poussent le syndicat à réclamer une nouvelle loi

    C’est dans ce contexte que le syndicat a présenté, jeudi 23 juillet 2026, une proposition de projet de loi devant la Commission de la santé à l’Assemblée des représentants du peuple. Le texte vise à lutter contre l’exercice illégal de la médecine ainsi que contre les formations médicales non autorisées, tout en renforçant les mécanismes de protection de la santé publique.

    Pour Imene Ben Amara, l’enjeu dépasse la seule question professionnelle. Ces pratiques représentent, selon elle, une véritable menace pour la sécurité sanitaire des citoyens, notamment à travers l’utilisation de produits injectables dont l’origine, la composition ou les conditions de conservation restent parfois inconnues. Des substances non homologuées par le ministère de la Santé pourraient entraîner des complications graves, allant de réactions indésirables à des séquelles permanentes, voire à des déformations ou des handicaps.

    La présidente du syndicat a appelé ainsi à une intervention rapide des autorités afin d’instaurer un cadre réglementaire clair. Elle a rappelé que le ministère de la Santé avait annoncé son intention de publier un cahier des charges définissant les conditions d’exercice de la médecine esthétique ainsi que les normes applicables aux espaces dédiés à cette activité.

    Au-delà de ce dispositif réglementaire, le syndicat a réclamé également un contrôle renforcé des publicités et contenus diffusés dans les médias et sur les plateformes numériques, devenues aujourd’hui un principal canal de promotion de ces pratiques. Il a plaidé pour l’adoption de textes interdisant explicitement l’exercice de la médecine esthétique par toute personne autre qu’un médecin habilité, ainsi que pour un encadrement strict de l’importation et de la commercialisation des produits injectables utilisés dans ce domaine.

    Derrière cette mobilisation, les professionnels alertent sur les dérives d’un marché en pleine expansion où la frontière entre prestations esthétiques et actes médicaux tend parfois à disparaître.

    Le drame de Villeurbanne, illustration des dangers des injections illégales 

    Les risques liés aux pratiques esthétiques hors cadre médical ont récemment été illustrés par un drame survenu en France. À Villeurbanne, une femme est décédée après une injection d’acide hyaluronique réalisée dans un appartement loué, une affaire qui a conduit l’ouverture d’une information judiciaire pour homicide involontaire et exercice illégal de la médecine.

    Ce drame avait déjà suscité une réaction en Tunisie de la part du Syndicat des médecins esthétiques qui avait alerté sur la banalisation des injections réalisées en dehors des structures médicales autorisées. Imene Ben Amara avait alors rappelé que les produits de comblement, communément appelés « fillers », ne sont pas de simples produits cosmétiques, mais des dispositifs médicaux dont l’utilisation exige des compétences médicales précises et une parfaite connaissance de l’anatomie humaine.

    Pour la présidente du syndicat, le danger ne réside pas uniquement dans la qualification de la personne qui pratique l’acte, mais également dans la circulation de produits dont l’origine, la composition ou les conditions de conservation peuvent être incertaines.

    N.J

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