« Dégage ! », « Liberté ! », « Le peuple veut la chute du régime ! » Les slogans résonnent à nouveau dans les rues du centre-ville de Tunis. Cinq ans après le 25 juillet 2021, plus de 2500 manifestants se sont donné rendez-vous, samedi 25 juillet 2026, place de la République, au Passage, pour dénoncer le bilan du président Kaïs Saïed et réclamer la fin du pouvoir autoritaire.
Drapeaux tunisiens à la main, pancartes brandies et voix couvertes par les sifflets et les applaudissements, le cortège s’est progressivement mis en marche dans une ambiance à la fois déterminée et grave. Parmi les manifestants, des militants politiques, des défenseurs des droits humains, des syndicalistes, des figures de la société civile, mais aussi de nombreux citoyens venus sans appartenance partisane, mus par le sentiment que la Tunisie s’enfonce chaque jour davantage dans une crise politique, économique et sociale sans précédent.


À mesure que le cortège a emprunté l’avenue de Paris en direction de l’avenue Habib-Bourguiba, de nombreux passants ont rejoint spontanément la manifestation. Selon plusieurs participants, les slogans dénonçant les coupures d’eau et d’électricité ont particulièrement trouvé un écho auprès des riverains.
Au rythme des slogans, les manifestants dénoncent un pouvoir qui a échoué sur tous les fronts. Ils rappellent les promesses de prospérité, de justice sociale et de lutte contre la corruption qui avaient accompagné l’arrivée de Kaïs Saïed au pouvoir et estiment qu’elles ont laissé place à un pays confronté aux pénuries, aux coupures d’eau et d’électricité, à la flambée du chômage, à l’effondrement de l’investissement et au départ massif des jeunes et des compétences.


Mais au-delà de la crise économique, c’est surtout la question des libertés qui domine cette mobilisation. Les manifestants dénoncent les poursuites visant les opposants politiques, les avocats, les journalistes, les militants et les acteurs de la société civile. Ils fustigent un climat de peur, la multiplication des arrestations et ce qu’ils considèrent comme une instrumentalisation de la justice pour faire taire les voix dissidentes.

Les slogans fusent : « Liberté ! », « Le peuple veut la chute du régime ! », « Travail, liberté, dignité nationale ! » ou encore « Ça suffit le gâchis ! », devenu le mot d’ordre de cette journée symbolique.


Pour les participants, le choix de la date n’a rien d’anodin. Le 25 juillet est à la fois la fête de la République et le cinquième anniversaire du coup de force de 2021. Cinq années qui, selon eux, ont vu les institutions s’effacer, les contre-pouvoirs disparaître et les acquis démocratiques s’éroder au profit d’un exercice solitaire du pouvoir.
Tout au long du parcours, deux drones ont survolé la manifestation. Les participants les ont rapidement remarqués et plusieurs d’entre eux ont estimé qu’il s’agissait d’appareils déployés par les services du ministère de l’Intérieur, sans qu’une confirmation officielle ne soit disponible.
La manifestation s’est déroulée sous une présence sécuritaire remarquée, sans incident majeur. Les commerces sont restés ouverts tout au long du parcours, une constante des mobilisations tunisiennes, où les manifestations n’entraînent généralement pas la fermeture des boutiques comme c’est souvent le cas dans d’autres pays.

À mesure que le cortège progresse dans les artères du centre-ville, les slogans continuent de résonner entre les immeubles. Dans une capitale placée sous une chaleur écrasante, les manifestants veulent faire entendre un même message : cinq ans après le 25-Juillet, ils refusent que l’exception soit devenue la norme et entendent rappeler que, pour eux, la République ne peut exister sans libertés, sans justice et sans institutions démocratiques.


L’arrivée sur l’avenue Habib-Bourguiba s’est faite dans une ambiance particulièrement bruyante. Les applaudissements, les sifflets et les slogans ont accompagné le cortège jusqu’aux marches du Théâtre municipal, où les manifestants se sont regroupés. Là, ils ont entonné l’hymne national avant de reprendre leurs principaux mots d’ordre, faisant de ce lieu hautement symbolique le théâtre de leur démonstration de force, cinq ans après le 25-Juillet.
R.B.H











Commentaire
Roberto Di Camerino
Manifestation reportee live sur France 24.