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Le député Ammar Aidoudi charge Kaïs Saïed : « S’il existe un État profond, alors vous en êtes la tête »

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Par Nadya Jennene

    Lors d’une intervention lundi 27 juillet 2026 devant l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), le député Ammar Aidoudi a adressé un réquisitoire sévère au président de la République Kaïs Saïed, critiquant la gestion du pays, l’action du gouvernement et la situation économique, sociale et institutionnelle. 

    Le parlementaire de Kasserine a affirmé ne représenter « aucune chambre obscure ni à l’intérieur ni à l’extérieur du pays » rejetant ainsi toute accusation d’appartenance à des réseaux occultes ou à des agendas étrangers, avant de lancer une série d’accusations contre le chef de l’État, son gouvernement et son entourage politique.

    « Des couteaux dans le cou du peuple » : une charge frontale contre Kaïs Saïed et son gouvernement

    « Votre gouvernement, ses ministres, ses directeurs, vos gouverneurs et vos délégués sont des couteaux plantés dans le cou du peuple et des citoyens », a-t-il lancé, estimant que « la patrie est livrée à elle-même, devenue un terrain ouvert au sionisme et aux Africains ».

    Dans un discours marqué par des formules particulièrement virulentes, il a dénoncé ce qu’il considère comme une dilapidation des richesses nationales et une restriction des libertés publiques. « Les ressources sont abandonnées et gaspillées, et la liberté d’expression est sous pression », a-t-il affirmé.

    Évoquant le contexte social, Ammar Aidoudi a estimé que les Tunisiens n’avaient pas connu de périodes de célébration dignes de ce nom. « Le peuple tunisien n’a pas connu de fête religieuse comme l’Aïd el-Idha, ni de fête nationale comme la Fête de la République », a-t-il déclaré.

    Il a également remis en cause les promesses liées au développement régional et à la justice sociale. « Le développement, la répartition équitable des richesses, la justice sociale et l’équité entre les régions n’étaient qu’un mensonge durant cette deuxième décennie », a-t-il affirmé.

    Développement, eau, électricité : le député dénonce « l’injustice » et « les mensonges » du pouvoir

    Le député a particulièrement ciblé le Plan de développement 2026-2030, adopté récemment par le Parlement, qu’il a qualifié de « summum de l’injustice envers les régions intérieures », citant notamment le gouvernorat de Kasserine et plusieurs délégations marginalisées.

    « Ce plan est une injustice flagrante envers les régions intérieures, envers le gouvernorat de Kasserine, envers Thala, Haïdra et Foussana », a-t-il déclaré, affirmant que les projets annoncés dans ces zones relevaient davantage d’une « illusion de projet national » que d’une véritable politique de développement. 

    Selon lui, même les projets mentionnés dans le Plan de développement ne constituent pas de véritables nouveautés. « Les projets cités dans le plan sont d’anciens projets ressortis pour tromper et gagner du temps », a-t-il accusé.

    Ammar Aidoudi s’est également attaqué au projet de mise en place des districts, évoquant « un mensonge » et « une manipulation de la géographie au détriment des citoyens ».

    Le député a ensuite dénoncé la dégradation des services publics essentiels, notamment l’eau et l’électricité. « Après avoir échappé au coronavirus, nous avons été frappés par le coronavirus de l’eau et le coronavirus de l’électricité », a-t-il déclaré, ajoutant sur un ton ironique : « Nous attendons encore que le gouvernement fasse de l’air le troisième élément d’un triptyque complet. »

    « Votre second mandat est illégitime » : Ammar Aidoudi met directement en cause le président

    Poursuivant son intervention, Ammar Aidoudi a accusé le président de la République d’avoir affaibli le rôle du Parlement. « Vous avez paralysé l’Assemblée des représentants du peuple élue, parce que vous ne reconnaissez pas cette institution et que vous n’y croyez même pas », a-t-il lancé.

    Il a affirmé que le chef de l’État aurait donné des instructions au gouvernement afin qu’il ne coopère pas avec les députés. « Le député est devenu marginalisé, méprisé et livré à la dérision », a-t-il regretté.

    Le parlementaire a également reproché à Kaïs Saïed d’avoir transformé la scène politique tunisienne en éliminant progressivement les partis, les organisations et les associations. « Vous avez ensorcelé le pays et vous l’avez vidé des partis politiques, des organisations et des associations », a-t-il déclaré.

    Il a rappelé avoir invité le président à se présenter devant le Parlement pour dialoguer avec les élus, estimant que ces appels étaient restés sans réponse. « Vous avez persisté dans une démarche solitaire à une époque où les États ne peuvent fonctionner qu’à travers la concertation et le dialogue », a-t-il affirmé.

    Ammar Aidoudi a également reproché au président de la République de ne pas avoir répondu aux invitations à visiter les régions marginalisées. « Nous vous avons invité à vous rendre dans les régions, mais vous n’avez pas répondu. Vous êtes même allé jusqu’à empêcher une visite des membres de l’Assemblée des représentants du peuple à Thala, Haïdra et Foussana », a-t-il déclaré.

    Le député a ensuite contesté la légitimité du second mandat présidentiel de Kaïs Saïed, sans revenir en détail sur le processus électoral. « Monsieur le Président, votre deuxième mandat présidentiel est illégitime, sans même parler des élections et de leurs détails », a-t-il affirmé évoquant la cérémonie de prestation de serment organisée au Parlement, qu’il considère comme contraire au règlement intérieur de l’Assemblée.

    « Vous avez prêté serment lors d’une séance parlementaire illégale selon le règlement intérieur du Conseil, car la séance consacrée à la proposition de loi criminalisant la normalisation avec Israël était encore suspendue à ce moment-là », a-t-il déclaré.

    Réagissant au discours présidentiel sur l’existence d’une « administration profonde, de corruption et de réseaux d’influence, Ammar Aidoudi a retourné cette accusation contre le chef de l’État.

    « Vous parlez d’une administration profonde, de foyers d’influence et de lobbies. Vous êtes pourtant le premier et le dernier responsable, puisque c’est vous qui avez nommé ses directeurs et ses ministres », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « S’il existe une administration profonde, alors vous en êtes la tête. »

    En conclusion, Ammar Aidoudi a lancé un avertissement au président de la République : « Enfin, Monsieur le Président, et loin des chambres obscures, réfléchissez bien avant que ‘l’été ne vous apporte ce qui fait tourner le lait’ », une expression utilisée pour signifier qu’une situation pourrait se retourner contre lui ou devenir difficile à gérer.

    Il a enfin adressé un message aux citoyens tunisiens et particulièrement aux habitants de Kasserine : « Les droits se conquièrent. »

    Cette intervention s’inscrit dans un contexte marqué par une vive polémique autour des perturbations des services publics, notamment les coupures d’eau et d’électricité qui ont touché plusieurs régions du pays en pleine canicule. 

    Le gouvernement n’a pas participé à la séance plénière exceptionnelle organisée pour débattre de cette crise, une absence dénoncée par plusieurs députés. Le président de la République Kaïs Saïed ne s’est, pour sa part, exprimé publiquement sur cette question qu’à une seule reprise, appelant à trouver des solutions aux perturbations enregistrées, sans toutefois intervenir depuis sur l’ampleur de la crise ni sur les critiques visant la gestion gouvernementale du dossier.

    N.J

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    3 commentaires

    1. Roberto Di Camerino

      Répondre
      28 juillet 2026 | 15h30

      Bravo, M. Aidoudi. Vous avez eu le courage de dire tout haut ce que 90 % des Tunisiens murmurent tout bas.

      Mais prenez garde. Méfiez-vous des « accidents » de la route. Évitez de vous approcher d’une fenêtre au troisième étage. Et surtout, mettez vos affaires en ordre : il ne serait pas étonnant que la Stasi locale vienne bientôt frapper à votre porte au milieu de la nuit pour vous arrêter, sous l’éternel prétexte de « complot contre la sûreté de l’État ».

      Dans l’esprit de ce pouvoir, la « sûreté de l’État » ne signifie plus la protection des institutions ou de la nation. Elle se confond avec la protection d’un seul homme. L’État, c’est lui. Toute critique devient une atteinte à sa personne, toute opposition un crime, toute voix dissidente une menace à faire taire.

      C’est ainsi que meurent les démocraties : lorsque le chef finit par se prendre pour l’État lui-même.

    2. le financier

      Répondre
      28 juillet 2026 | 11h29

      Bravo a ce deputè pour son courage , le pouvoir appartient au peuple , c est au peuple de mettre fin a ce mandat

    3. Mohamed Mabrouk

      Répondre
      28 juillet 2026 | 5h45

      الله اكبر كل ما نطق رجل حقا

    Répondre

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