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Lettre ouverte du prisonnier politique Ayachi Hammami à Kaïs Saïed : Pars avant qu’il ne soit trop tard

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Par Ayachi Hammami

    Par Ayachi Hammami

    Cinq années arides se sont écoulées depuis que tu as fait un coup d’État contre la Constitution que tu avais juré de respecter, et que tu as accaparé tout le pouvoir sans contrôle, ni contre-pouvoir, ni frein. Qu’as-tu donc accompli pour les gens, sinon la peur, l’injustice et la faim ? Et qu’as-tu réalisé pour le pays, sinon la fragmentation, la déliquescence, le retard et l’échec ?

    Tu as promis la prospérité aux gens, qui n’ont récolté que la vie chère, la pauvreté et l’absence de perspectives. Tu as été incapable de fournir les produits de base les plus élémentaires, réduisant toute la crise au prétexte commode de la « spéculation ». Les coupures d’électricité et d’eau ont épuisé le quotidien des gens, tandis que tu restais prisonnier des illusions du « complot ». Tu as davantage enfoncé le pays dans l’endettement, sous le slogan du « compter sur soi-même ». Les hôpitaux et l’école publique se sont dégradés plus que jamais, et tous les services et infrastructures ont reculé, au point que l’accès aux droits les plus élémentaires est devenu une souffrance quotidienne. La médiocrité s’est installée dans la gestion des affaires publiques, l’allégeance a remplacé la compétence, la porte du dialogue social s’est fermée, et les promesses sont restées lettre morte. La réalité des gens n’a cessé de se détériorer, pendant que tu répétais des slogans et vendais des illusions.

    Tu as transformé la justice en instrument de répression et de persécution, d’élimination des oppositions, d’étouffement de la presse et des médias, d’emprisonnement de citoyens pour une opinion ou une publication, et de retour du climat de peur et d’autocensure. Tu as accusé la société civile de trahison, entravé l’action syndicale, fermé les portes du dialogue, et réprimé tout mouvement populaire ou de solidarité. Tu as imposé ta constitution personnelle et refusé même d’en mettre en place les institutions, laissant le pays dans un état permanent de flou et de vide institutionnel. Tu as vidé les élections de leur sens en manipulant leurs conditions et en emprisonnant la plupart de tes concurrents, ramenant ainsi la Tunisie à l’ère des élections factices et fermant la porte à l’alternance pacifique du pouvoir.

    Quant à la souveraineté dont tu as brandi le slogan, tu l’as toi-même bradée. Tu as hypothéqué le pays au rôle de garde-frontière de l’Europe, en échange d’un peu d’argent et de reconnaissance politique, le transformant en prison pour ses propres enfants et en cauchemar pour ceux contraints d’y transiter en quête d’un avenir meilleur. Tu as habillé cela de slogans souverainistes et de théories racistes misérables, faisant des migrants le bouc émissaire de ton échec, et offrant une couverture politique à des agressions racistes qui ont même visé des Tunisiens noirs. Tu as semé la haine, fait de la différence une accusation, de la critique un crime, et de l’opposition une trahison.

    Et le plus grave dans ce bilan catastrophique, c’est que tu as supprimé le droit des Tunisiens à corriger tes erreurs et tes fautes. Tu as cumulé le pouvoir absolu et l’irresponsabilité absolue, rejetant sans cesse ton échec sur des ennemis imaginaires. Tu as aboli tous les mécanismes de participation politique qui permettaient aux Tunisiens de peser sur leur avenir, et tu leur as fermé toutes les voies pacifiques pour te demander des comptes et te remplacer. Car la légitimité ne naît pas du monopole du pouvoir, elle ne se fabrique pas par des référendums de façade, ni par des élections sur mesure, mais par la liberté de choix, l’indépendance des institutions et l’État de droit. Un dirigeant ne se maintient pas parce qu’il refuse de partir, mais parce qu’il accepte de se soumettre au jugement de son peuple. Et ce qui a été un coup d’État contre la Constitution ne doit pas devenir une fatalité pour la nation.

    C’est pourquoi ta démission n’est pas une revendication politique, mais une nécessité nationale urgente. Tu as échoué, tu as perdu ta légitimité, tu as épuisé la patience des Tunisiennes et des Tunisiens, et le maintien de ton pouvoir ne fait plus que s’acharner à épuiser l’État et la société, approfondir la crise et retarder d’en sortir. Démissionne, et ouvre la voie à la fin de cette étape, pour que la parole revienne au peuple.

    Il est vrai que la transition démocratique n’a pas pleinement réalisé les revendications de la révolution, et qu’elle a été entachée d’erreurs et de déséquilibres profonds. Mais la démocratie se répare par la démocratie, pas par un coup d’État contre elle. La porte du changement était ouverte jusqu’à ce que tu viennes la refermer, confisquant le droit du peuple à choisir et à se corriger, et le droit de la société à critiquer, participer et s’organiser.

    Quant à l’issue, ce n’est pas le vide. Ce n’est ni le chaos, ni le remplacement d’une personne par une autre, ni le passage d’une tyrannie à une autre. L’issue, c’est la restauration de la démocratie : un État régi par la loi et non par un individu, des institutions indépendantes, une justice indépendante, des élections compétitives, des libertés préservées, des politiques qui redonnent à l’État sa fonction au service de ses citoyens, et un développement qui assure le bien-être de tous.

    Le sauvetage commence par la rupture avec le précédent du coup d’État, à travers le rétablissement de la légitimité constitutionnelle et la mise en place des fondements de l’État de droit, l’abrogation des décrets répressifs, la libération des prisonniers politiques, la suspension des procès politiques, une rupture claire avec le discours et les politiques qui ont nourri le racisme, la haine et la discrimination, la réhabilitation des valeurs d’égalité et de dignité humaine, ainsi que l’organisation d’une phase transitoire répondant aux priorités économiques et sociales, ouvrant la voie à des élections démocratiques libres qui rendent la parole au peuple.

    Il est temps que cette étape prenne fin, pour que la parole revienne au peuple, le pouvoir à la loi, et l’État à ses citoyennes et citoyens.

    BIO EXPRESS

    Ayachi Hammami est un militant politique et avocat de cassation. Il a présidé la section de Tunis de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme et a été membre du Réseau euro-méditerranéen des droits de l’Homme. Il a occupé le poste de ministre des Droits de l’Homme et de la relation avec les instances constitutionnelles dans le gouvernement d’Elyes Fakhfakh. Il a été arrêté en décembre 2025  et purge une peine de 5 ans de prison dans ce qu’il est convenu d’appeler « l’affaire du complot contre la sûreté de l’État ».

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    2 commentaires

    1. EL OUAFI

      Répondre
      27 juillet 2026 | 12h45

      En ces moment ds d’extrême élévation de la température climatique, être privé de ses mouvements relève d’une extrême torture !
      Le problème est qu’il n’existe aucune alternative pour soulager ce dilemme et rendre l’atmosphère respirable !
      Notre pays n’a pas les moyens pour moderniser ces lieux de détention !
      Mes les pays prospères n’arrivent pas à remédier à ce phénomène atmosphérique.
      Mon attention fut attiré par l’affirmation de certains journalistes que ces détenus sont en vérité des prisonniers politiques ! Y avait il des justificatifs qui corroborent leurs affirmations qui sont effectivement des prisonniers politiques ou du droit commun ?

      • Citoyen_H

        Répondre
        27 juillet 2026 | 23h48

        DEPUIS LA COUPURE NETTE DES VANNES ALIMENTANT LES ÉCHANGES DE BLACK MICMAC,

        le 25 juillet béni, une infinité d’énergumènes, promotion bagla-liha, en pool avec des renégats de grands chemins, se trouvèrent fort dépourvus, quand Kaissoune accourut.
        Depuis, l’accuser de tous les maux que le pays traverse, le détracter, l’impliquer, le salir, devinrent les seules et uniques missions de ces khamjines, de ces va-nu-pieds, de ces moins que rien sans foi ni loi, qui furent privés du jour au lendemain, des transfusions d’argent sale.

        « Notre pays n’a pas les moyens pour moderniser ces lieux de détention ! »

        @EL OUAFI, il aurait peut-être fallu préciser, que le pays, non pas, n’a pas les moyens, mais plutôt, N’A PLUS LES MOYENS pour parer à ces aléas climatiques, après la razzia faite sur les finances publiques, opérée par les gardiens de boucs et de chèvres.
        Beaucoup de gens semblent avoir oublié ou occulté cet épisode

        Quant du titre de prisonniers politiques, ça me rappelle l’attribution maladroite de « Mounadhrine », qui fut dédiée aux casseurs et aux pilleurs de vitrines, tués par nos forces de sécurité, lors du coup d’État de 2011, tout au long de la durée de la loi martiale, mise en place par les autorités de l’époque.

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