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Tunisie : le pays du « tout zéro »

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Par Sadok Rouai

    Par Sadok Rouai

    Dans le sillage d’un quinquennat caractérisé par zéro réalisation et après le lancement d’un Plan de développement avec zéro réforme structurelle et zéro source de financement identifiée, voilà que la Tunisie instaure un mécanisme inédit : les « crédits sur l’honneur », ou « le crédit à tout zéro ».

    Les banques tunisiennes devront désormais consacrer 8 % de leur bénéfice net à des crédits accordés à zéro taux d’intérêt, zéro frais, zéro apport personnel et zéro garanties, avec un risque entièrement supporté par l’établissement financier.

    L’ironie de la situation est que, dans un passé récent, certains responsables bancaires ont été poursuivis pour avoir accordé des crédits sans garanties suffisantes, au motif qu’ils auraient exposé les établissements financiers à des risques excessifs. Aujourd’hui, le même principe — un financement sans garantie et sans rémunération du risque — devient une obligation inscrite dans le cadre réglementaire.

    Certes, l’objectif affiché est compréhensible : renforcer l’inclusion financière, faciliter l’accès au financement des petits projets et permettre à des catégories exclues du système bancaire classique d’accéder au crédit. Le débat ne porte donc pas sur la finalité recherchée, mais sur l’instrument choisi, la répartition du risque et la prise en charge de son coût réel. C’est à ce niveau que le dispositif soulève de sérieuses interrogations.

    L’inclusion financière ne signifie pas la gratuité du crédit

    Dans les expériences internationales en matière d’inclusion financière, l’objectif n’est pas seulement de distribuer du crédit. Il est de construire un système durable permettant aux populations exclues d’accéder progressivement aux services financiers, tout en préservant la responsabilité de l’emprunteur et la viabilité des institutions qui financent cette inclusion.

    Même les dispositifs de microfinance les plus reconnus ne reposent pas sur une logique de crédit gratuit. Les taux appliqués servent à couvrir les coûts de fonctionnement, l’accompagnement des bénéficiaires et le risque de défaut.

    Le décret va même au-delà du financement de l’activité économique. Il autorise également l’octroi de crédits pour répondre à des besoins de consommation des particuliers. Cette extension constitue une rupture supplémentaire avec les objectifs généralement associés aux politiques d’inclusion financière, qui visent prioritairement l’accès aux services financiers, le financement d’activités génératrices de revenus et l’investissement productif, plutôt que la consommation courante financée par un crédit sans rémunération du risque.

    Le dispositif tunisien rompt avec cette logique et ignore une règle fondamentale de la finance : supprimer le prix d’un risque ne supprime ni le risque lui-même, ni son coût.

    Si une partie de ces crédits devient impayée, les banques devront absorber les pertes et renforcer leurs provisions. Ce coût pèsera sur leur rentabilité et sera, tôt ou tard, répercuté dans les conditions de financement proposées aux autres emprunteurs.

    Au final, le bon client risque de payer une partie du coût du mauvais risque : l’entreprise solide ou le particulier qui rembourse correctement ses échéances pourrait supporter demain un coût du crédit plus élevé parce que le système bancaire devra absorber les pertes liées à des financements accordés sans rémunération suffisante du risque.

    Le coût ne disparaît jamais, il change simplement de payeur

    Cette logique permet également de comprendre pourquoi les taux d’intérêt en Tunisie demeurent plus élevés que dans certains pays comparables, comme le Maroc.

    Cette différence ne relève pas uniquement de la politique monétaire. Elle reflète également le coût global du risque bancaire, qui dépend notamment de la qualité des portefeuilles de crédit.

    Autrement dit, lorsque le système bancaire doit absorber davantage de risques, ce coût finit par être réparti sur l’ensemble des clients, y compris ceux qui présentent les meilleurs profils de remboursement.

    Chaque fois qu’un risque est transféré sans mécanisme clair de financement, il finit par être intégré quelque part dans le prix du crédit.

    Cette logique dépasse d’ailleurs le seul secteur bancaire.

    Depuis des années, certaines politiques publiques sont justifiées par un objectif social : subventions aux produits de consommation, soutien aux entreprises publiques, compensation des prix ou transferts destinés à maintenir certains services à un coût abordable.

    Ces politiques peuvent répondre à des préoccupations sociales légitimes. Mais lorsqu’elles ne sont pas suffisamment ciblées et qu’elles deviennent permanentes, leur coût ne disparaît pas. Il est simplement déplacé : vers le budget de l’État, la dette publique, la fiscalité ou une dégradation de la qualité des services publics.

    Le crédit à taux zéro s’inscrit dans cette même logique : répondre à un objectif social légitime en éliminant le coût du financement, sans toujours identifier clairement le mécanisme qui prendra en charge le coût réel.

    Cette approche rappelle également le recours aux crédits à taux zéro accordés par la Banque centrale au Trésor pour financer le déficit budgétaire.

    Dans les deux cas, le principe est similaire : répondre à une contrainte immédiate en réduisant ou en masquant le coût apparent du financement. Mais le coût économique réel ne disparaît jamais. Il se déplace dans le temps ou vers d’autres acteurs du système : le bilan de la Banque centrale, les finances publiques, les contribuables, les emprunteurs ou encore les consommateurs.

    Le véritable risque apparaît lorsque la politique sociale devient un argument permettant de s’affranchir des contraintes économiques et financières. L’objectif social est légitime, mais il ne peut justifier durablement des mécanismes dont le coût réel est reporté ou dissimulé.

    Un crédit sans intérêt, des subventions non ciblées ou des transferts permanents aux entreprises publiques peuvent répondre à des objectifs sociaux, mais lorsqu’ils ne reposent pas sur un financement soutenable et un ciblage efficace, ils créent des coûts différés.

    Ces coûts prennent alors différentes formes : des taux d’intérêt plus élevés pour les emprunteurs, une pression fiscale accrue pour les contribuables, une dette publique plus importante pour les générations futures ou une érosion du pouvoir d’achat à travers l’inflation.

    La vraie question est la suivante : peut-on construire une politique sociale durable en multipliant les mécanismes de gratuité apparente sans identifier clairement qui en supporte le coût ?

    En économie, il n’existe pas de gratuité durable : le coût peut être déplacé, reporté ou réparti, mais il ne peut jamais être supprimé.

    BIO EXPRESS

    Sadok Rouai est un ancien haut cadre de la BCT et ancien conseiller auprès du conseil d’administration du FMI.

    Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.

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    5 commentaires

    1. Tunisino

      Répondre
      27 juillet 2026 | 23h06

      Un autre ZERO, les solutions sont taillées par des littéraires et des illettrés qui considèrent que le futur n’existe pas, alors qu’il existe bel et bien! Les désolants, ils sont nuls en mathématiques et se croient capables de faire du calcul, l’annulation des microcrédits/chèques par le ministère littéraire de la justice n’est qu’un exemple désolant mais irréfutable!

    2. A4

      Répondre
      27 juillet 2026 | 21h58

      ET … sans oublier le « ZERO suprême » !!!

    3. Mhammed Ben Hassine

      Répondre
      27 juillet 2026 | 17h19

      [lorsque le système bancaire doit absorber davantage de risques, ce coût finit par être réparti sur l’ensemble des clients,]
      Ce coût du risque sera répartie sur l’ensemble des services payé par le CLIENT entre autre les
      Commissions sur services meme les plus élémentaires autre fois gratuit

    4. Vladimir Guez

      Répondre
      27 juillet 2026 | 16h14

      On institutionnalise une zakiat el maal obligatoire pour les banques.
      Les esprits n’étaient pas assez gangrenés par le partage de la misère socialiste il faut y ajouter la moraline de la charité islamique.
      Satisfaits de leur ratage, entêtes dans leur nullité, les tunisiens suivent leur propre chemin car en essayant continuellement un truc idiot, on finit par réussir sur un coup de chance ou un malentendu. Donc plus ça rate, plus on a des chances que cela marche un jour.

      • LOL

        Répondre
        27 juillet 2026 | 19h52

        Super ! Où est-ce qu’on s’inscrit ? N’importe quelle banque ? Combien on parie qu’on sera tous refusés ? Il écrit des décrets mais personne ne l’écoute, quel loser !

    Répondre

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