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Feux de forêt : 260 agents seulement pour un million d’hectares

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Par Nadya Jennene

    Près de 12.000 hectares de forêts sont partis en fumée en seulement quinze jours. Si la canicule a aggravé la propagation des incendies, la Direction générale des forêts reconnaît également que le manque d’effectifs et d’équipements a pesé sur les opérations de lutte. Un constat qui relance la question des moyens consacrés à la protection du patrimoine forestier tunisien.

    Depuis le début du mois de mai, la Direction générale des forêts affirme avoir déployé son plan national de prévention et de lutte contre les incendies, articulé autour de trois phases : la prévention, l’intervention et la restauration des espaces sinistrés. Campagnes de sensibilisation, travaux d’aménagement et opérations de prévention ont ainsi été engagés avant le début de la saison estivale.

    Jusqu’au 10 juillet 2026, près de 900 interventions avaient été recensées, principalement pour des départs de feu dans les champs de céréales et les herbes sèches. Mais l’arrivée de la vague de chaleur a brutalement changé la donne.

    Quinze jours qui ont ravagé les forêts tunisiennes

    Entre le 10 et le 26 juillet, les incendies se sont multipliés dans plusieurs gouvernorats forestiers, notamment au Kef, à Béja, Jendouba et Bizerte. En l’espace de deux semaines, environ 12.000 hectares de forêts ont été détruits, dont une large partie dans la région de Takrouna, au Kef.

    Invité de la Radio nationale mercredi 29 juillet 2026, le sous-directeur de la Direction générale des forêts, Laaroussi Rabii, a expliqué que les températures extrêmes n’étaient pas à l’origine des incendies, mais qu’elles avaient considérablement accéléré leur propagation.

    « La chaleur ne déclenche pas le feu, mais elle augmente fortement sa vitesse de propagation », a-t-il indiqué, soulignant que les flammes deviennent rapidement incontrôlables lorsque les foyers se déclarent dans des zones montagneuses difficiles d’accès.

    Selon lui, 95% des incendies restent liés à l’activité humaine, qu’il s’agisse d’imprudences, de mise à feu de résidus agricoles ou d’actes volontaires. Plusieurs personnes ont d’ailleurs été interpellées et des procédures judiciaires sont en cours.

    Les femmes face aux flammes 

    Si les conditions météorologiques expliquent en partie l’ampleur des dégâts, le responsable a reconnu également que les capacités d’intervention de l’administration étaient insuffisantes.

    Le chiffre est révélateur : la Tunisie ne dispose que de 260 agents forestiers pour surveiller et protéger près d’un million d’hectares de forêts, alors que les besoins sont estimés à environ mille agents. « Chaque agent accomplit aujourd’hui le travail de quatre personnes », a noté Laaroussi Rabii.

    Pendant les incendies de juillet, certains agents sont restés 48 à 72 heures d’affilée sur le terrain, sans véritable relève, confrontés à des reliefs accidentés, à des températures caniculaires et à des feux se déplaçant parfois plus vite que les équipes ne pouvaient intervenir.

    Le responsable a par ailleurs rendu hommage aux femmes forestières qui « passent des nuits dans les montagnes » et affrontent directement les incendies aux côtés de leurs collègues. Malgré la chaleur intense, elles participent aux opérations de maîtrise des flammes et tentent de limiter autant que possible les dégâts causés aux écosystèmes forestiers.

    Un déficit qui dépasse les seuls effectifs

    Au-delà des ressources humaines, le responsable a évoqué également le manque de moyens matériels.

    Parmi les priorités figurent le renouvellement des camions de lutte contre les incendies, le renforcement des engins lourds et une meilleure répartition des équipements entre les gouvernorats afin d’éviter de dépendre systématiquement des renforts venus d’autres régions.

    Il a indiqué que chaque gouvernorat devrait disposer de capacités suffisantes pour intervenir immédiatement, sans attendre l’arrivée de renforts extérieurs.

    La Tunisie a d’ailleurs dû bénéficier d’un soutien aérien de l’Algérie et de l’Italie pour contenir plusieurs incendies majeurs au cours des dernières semaines.

    Une forêt qui met des décennies à renaître

    Au-delà des surfaces détruites, les conséquences écologiques s’inscrivent dans le temps long. Selon Laaroussi Rabii, une forêt ne retrouve son équilibre qu’après plusieurs décennies. Si la nature commence à se régénérer durant les deux ou trois premières années, il faut près de trente ans pour reconstituer un véritable écosystème forestier, avec sa flore, sa faune et l’ensemble des interactions biologiques qui le composent.

    Le responsable a dans ce sens appelé les citoyens à ne pas entreprendre eux-mêmes des opérations de reboisement dans les zones incendiées. La priorité consiste d’abord à laisser la nature amorcer sa régénération, avant d’engager, si nécessaire, des campagnes de reboisement coordonnées par les services forestiers à partir du mois de novembre.

    En attendant, il a rappelé que la meilleure protection reste la prévention : éviter les brûlages agricoles à proximité des massifs forestiers, ne pas abandonner de déchets inflammables et signaler immédiatement tout départ de feu. Car si les incendies ne durent parfois que quelques heures, leurs conséquences, elles, se mesurent en décennies.

    N.J

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