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Au-delà des discours : comment l’Algérie aurait pu aider la Tunisie

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Par Sadok Rouai

    Par Sadok Rouai

    Le décalage entre la rhétorique sécuritaire d’Alger et l’occasion manquée d’un geste financier fort depuis 2022

    Depuis plusieurs années, les autorités algériennes répètent qu’« une menace contre la Tunisie est une menace contre l’Algérie ». Le 27 juillet 2026, le président Abdelmadjid Tebboune a réaffirmé avec force que toute tentative de déstabilisation de la Tunisie par le recours au terrorisme constituerait une ligne rouge pour l’Algérie. Cette position ne constitue pas un épisode isolé : elle s’inscrit dans une doctrine constante selon laquelle la stabilité tunisienne relève directement de la sécurité nationale algérienne.

    Pourtant, depuis fin 2022, au moment même où la Tunisie a perdu l’accès aux marchés financiers internationaux, vu s’interrompre ses négociations avec le FMI et assisté au recul progressif du soutien budgétaire de certains partenaires traditionnels, aucun nouveau soutien financier significatif n’a été annoncé par Alger.

    Ce contraste entre une rhétorique sécuritaire toujours plus affirmée et une implication financière devenue inexistante constitue un paradoxe rarement souligné.

    2011-2018 : une solidarité bilatérale réelle, mais limitée

    Durant la décennie qui suit la révolution de 2011, le financement extérieur de la Tunisie repose principalement sur les programmes du FMI, les concours de l’Union européenne ainsi que les financements des institutions financières multilatérales.

    Dans cet ensemble, la contribution algérienne demeure relativement modeste. Entre 2011 et 2018, elle prend essentiellement la forme de dépôts auprès de la Banque centrale de Tunisie et d’un don ponctuel en 2014, pour un montant cumulé de l’ordre de 300 millions de dollars sur l’ensemble de la période.

    Ces interventions constituent un geste de solidarité bilatérale important, mais elles ne représentent pas un mécanisme alternatif de financement comparable aux concours financiers mobilisés par les partenaires multilatéraux de la Tunisie durant cette période.

    2019-2021 : un rapprochement politique, mais un engagement financier encore limité

    Cette période marque une évolution dans la relation bilatérale, sans toutefois entraîner de changement d’échelle. Dans un contexte de coopération politique renforcée et de multiplication des rencontres au plus haut niveau, l’Algérie effectue en 2020 un dépôt de 150 millions de dollars auprès de la BCT.

    Ce soutien constitue un signal positif dans la relation bilatérale, mais demeure limité au regard des besoins croissants de financement extérieur de la Tunisie.

    2021-2022 : un engagement financier inédit, court, puis une interruption

    La situation évolue profondément après le 25 juillet 2021.

    Alors que la Tunisie s’éloigne progressivement des marchés internationaux, que les négociations avec le FMI deviennent plus difficiles et que les besoins de financement extérieur augmentent, l’Algérie devient temporairement un partenaire financier majeur.

    Entre décembre 2021 et décembre 2022, Alger mobilise environ 600 millions de dollars en faveur de la Tunisie, à travers deux concours successifs de 300 millions de dollars en 2021 et 2022.

    Cette séquence marque un changement d’échelle dans la relation financière bilatérale. Pour la première fois depuis longtemps, l’Algérie apparaît comme un acteur capable d’apporter un soutien macrofinancier significatif à son voisin.

    Puis cette dynamique s’interrompt.

    Depuis fin 2022, aucun nouveau protocole de don, de prêt ou de dépôt auprès de la Banque centrale n’a été annoncé.

    Cette interruption intervient pourtant au moment où les contraintes financières tunisiennes deviennent les plus fortes : fermeture durable des marchés internationaux de capitaux, absence d’accord avec le FMI, tarissement des appuis budgétaires extérieurs et absence d’un engagement financier comparable de la part des pays du Golfe.

    L’instrument qui aurait pu changer la donne : un dépôt auprès de la Banque centrale

    Si Alger avait souhaité traduire en actes sa doctrine de solidarité stratégique envers la Tunisie, elle disposait d’un instrument simple, réversible et déjà utilisé par l’Algérie ainsi que dans la diplomatie financière internationale : un dépôt de long terme auprès de la Banque centrale de Tunisie.

    À titre illustratif, un dépôt de 500 millions d’euros sur dix ans, rémunéré au taux du marché, aurait constitué une opération financière relativement limitée pour l’Algérie tout en apportant un soutien significatif à la position extérieure tunisienne.

    Contrairement à un don, un dépôt auprès d’une banque centrale demeure un actif financier pour le pays déposant. Les fonds sont rémunérés, récupérables à l’échéance et ne représentent pas une dépense budgétaire définitive.

    Pour la banque centrale bénéficiaire, l’effet est immédiat : les réserves en devises sont renforcées, la capacité à honorer les échéances de dette extérieure est améliorée et la confiance des acteurs économiques peut être consolidée.

    Il ne s’agit donc pas d’un transfert financier sans contrepartie, mais d’un instrument permettant de concilier solidarité régionale et préservation des intérêts financiers du pays déposant.

    Ce qu’un tel geste aurait pu apporter

    Un dépôt algérien de cette nature aurait présenté plusieurs avantages.

    Premièrement, il aurait renforcé les réserves de change tunisiennes à un moment où la Banque centrale devait préserver ses liquidités extérieures afin d’assurer le paiement des échéances de dette et maintenir la stabilité financière.

    Deuxièmement, son coût pour l’Algérie aurait été limité. Un dépôt rémunéré au taux du marché comporte certes un coût d’opportunité, mais il ne constitue pas une charge budgétaire directe. Pour un pays disposant d’importantes réserves extérieures, il s’agirait davantage d’un arbitrage d’allocation d’actifs que d’un effort financier comparable à un don.

    Troisièmement, il aurait envoyé un signal de confiance aux marchés. Dans un contexte où la perception du risque tunisien s’est fortement dégradée, un engagement financier algérien de grande ampleur aurait pu constituer un indicateur de soutien susceptible d’améliorer la crédibilité extérieure de la Tunisie.

    Enfin, il aurait donné une traduction concrète aux ambitions régionales affichées par l’Algérie. En mobilisant un instrument financier moderne, Alger aurait pu montrer que sa volonté de peser dans son environnement régional ne se limite pas aux discours sur les questions sécuritaires, mais peut également s’exprimer par une capacité à contribuer à la stabilisation financière de ses voisins. La solidarité stratégique ne se mesure donc pas uniquement à l’intensité des déclarations, mais également à la capacité de les traduire en instruments concrets. C’est précisément ce décalage entre le discours et l’action qui constitue l’un des paradoxes les plus révélateurs de la relation tuniso-algérienne récente.

    BIO EXPRESS

    Sadok Rouai est un ancien haut cadre de la BCT et ancien conseiller auprès du conseil d’administration du FMI.

    Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.

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    3 commentaires

    1. riadh e.

      Répondre
      1 août 2026 | 14h28

      l algérie est un beau pays diriger par des raclures de la pire espèces, des charognards qui ont pris un pays en otage, et cette caste parle de nous comme de leur petit chien.
      mêla dignité

      l algérie pompe notre eau, laisse passer les migrants illégaux, nous coupent du reste du monde et nous on obéit comme une prostituees à un pays dirigés par les pires mafieux du monde.

      trop trop fier

    2. Que l'Algérie s'aide d abord elle-même en se libérant pour Qômmencer...

      Répondre
      31 juillet 2026 | 17h06

      Que « l’Algérie » se libère de son autoritarisme françalgériatrique militarosécuritaire fatimidick Qômplice imposé.

      Qu’elle cesse ses transaKSions Qômplices antidémocratiques et contre-révolutionnaires tous azimuts, entre autre via l’outil ingérant terroriste d’état destabilisateur chez sa voisine au coeur de sa décennie de transition démocratique authentique.

      Que cette Françalgériatrie rende entièrement les comptes pour Belaïd et Brahmi.

      Que cet « Etat algérien » sous verrin s’occupe de finir d acquérir pleinement sa propre souveraineté de son ancien colon au lieu de s’immiscer dans celle d’autrui.

      Algérien.ne.s ! Le pays Algérie est d’abord vôtre. L’Etat algérien est d’abord vôtre. Votre souveraineté, votre indépendance et votre autodétermination est d’abord vôtre.

      Commencez, recommencez et finissez d’abord par là.

      La Tunisie n’a besoin de rien d’autre, si tant est besoin de quelconque aide, concernant sa souveraineté.

      La Tunisie ne compte que sur elle même.

      Elle reste comme restera souveraine, libre et indépendante par elle même, d’elle même et pour elle même comme en témoigne son passé et témoignera son futur (pas seulement très proche;) sans le moindre doute aucun.

      From Alger to Tunis
      From Rabat to Tahran
      From Gaza to Cisjordania
      From all rivers to all wild open seas

      Truly free democracies tawa !

    3. le financier

      Répondre
      30 juillet 2026 | 12h17

      Venant d un professionnel, cette analyse est honteuse , etant un patriote tunisien je refuserai de recevoir de l aide de personne surtout en periode de paix .
      La tunisie est un pays d a peine 11 millions d habitant dont une diaspora de 1.5 millions , c est un petit pays compare a l algerie 3 fois la france …
      Notre president gouvernement de mediocre aurait du travailler a equilibrer leur budget au lieu d avoir 750 000 fonctionnaires , je trouve meme que des don cumulé sur presque 30 ans de 900 millions de dollars aurait ete mieux utilisé en Algérie qui fait la fourni avec peu de dette alors que nous sommes des cigales qui refusons de se reformer , de travailler dur , nous sommes corrompus mediocres nul … il faut toucher le fond avoir un blackout inchallah avant que ce peuple commence a peine a se reveiller …
      Que chacun travail dur son pays et apres nous verrons comment rapprocher ces pays economiquement parlant … nous avons une classe politique mediocre et je menfoutiste

    Répondre

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