Quelques dinars de plus sur une boîte de médicaments peuvent sembler anodins. Mais pour un retraité souffrant d’une maladie chronique, qui doit acheter plusieurs traitements chaque mois, cette hausse peut rapidement devenir un casse-tête budgétaire. C’est à partir de cette réalité concrète que le professeur universitaire en économie Ridha Chkoundali livre une analyse approfondie de la récente révision des prix des médicaments en Tunisie, estimant qu’elle révèle une crise bien plus profonde que celle des seuls tarifs.
Le 24 juillet 2026, la Pharmacie centrale de Tunisie (PCT) a publié sa circulaire n°30/2026 portant révision des prix de plusieurs médicaments à usage humain. Cette nouvelle actualisation intervient près d’un an après une précédente révision d’ampleur qui avait concerné plus de 280 spécialités pharmaceutiques importées. Les nouveaux ajustements touchent notamment des traitements destinés aux maladies chroniques, parmi lesquels des médicaments contre le diabète, les maladies cardiovasculaires, les troubles de la thyroïde ou encore certaines pathologies hématologiques.
Pour Ridha Chkoundali, cette décision ne doit toutefois pas être analysée comme une simple mesure administrative ou une conséquence mécanique de l’évolution des coûts d’approvisionnement. Elle constitue, selon lui, le symptôme d’un déséquilibre beaucoup plus vaste qui touche l’ensemble du système de santé et des finances publiques.
« Quand la maladie devient un facteur d’appauvrissement »
L’économiste rappelle qu’un médicament n’est pas un bien de consommation comme un autre. Si un ménage peut renoncer à certains achats lorsque les prix augmentent, un patient atteint d’une maladie chronique ne peut, lui, interrompre son traitement sans mettre sa santé en danger.
Dans un contexte de dégradation du pouvoir d’achat, chaque hausse, même limitée en apparence, peut donc peser lourdement sur les budgets des familles les plus fragiles, en particulier les retraités et les personnes aux revenus modestes.
Pour Ridha Chkoundali, cette évolution soulève une question centrale. Jusqu’où l’État est-il encore en mesure d’assumer son rôle social ? Il précise qu’il ne s’agit pas de réclamer un gel systématique des prix, mais de s’assurer que la maladie ne devienne pas une cause supplémentaire de précarisation des citoyens.
Une crise qui dépasse la seule Pharmacie centrale
Le professeur établit un parallèle avec les difficultés rencontrées récemment par d’autres entreprises publiques stratégiques, notamment la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg). À ses yeux, la situation de la Pharmacie centrale s’inscrit dans une série de fragilités financières qui affectent plusieurs institutions essentielles.
Selon lui, le risque ne se limite pas à la hausse des prix. Si les difficultés de financement persistent, elles pourraient également affecter les capacités d’importation, la constitution des stocks et, à terme, la disponibilité de certains médicaments.
L’économiste invite ainsi à ne pas réduire le débat au seul coût des traitements, mais à s’interroger sur la capacité du pays à garantir durablement son approvisionnement en médicaments.
La Cnam pourrait aussi être concernée
Ridha Chkoundali évoque également les conséquences possibles pour les assurés bénéficiant d’une prise en charge au titre des affections prises en charge intégralement (APCI).
Il rappelle que les remboursements de la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) reposent sur des tarifs de référence qui ne sont pas nécessairement révisés au même rythme que les prix pratiqués en pharmacie. Si ces barèmes ne sont pas actualisés, une partie de l’augmentation pourrait donc rester à la charge des patients, y compris pour des traitements normalement couverts.
Cette situation pourrait, selon lui, accentuer les difficultés financières de nombreux malades, d’autant que la Cnam fait elle-même face à des contraintes budgétaires.
Une question de souveraineté sanitaire
L’analyse de Ridha Chkoundali met également en avant un autre facteur. La pression exercée sur les réserves en devises. La Tunisie dépend largement des importations de médicaments et de matières premières pharmaceutiques, ce qui nécessite des disponibilités importantes en monnaie étrangère.
S’il juge légitime que l’État cherche à préserver ses réserves, il estime toutefois que les médicaments ne peuvent être traités comme des produits ordinaires. Contrairement à d’autres importations pouvant être reportées ou réduites, les traitements médicaux relèvent de la sécurité sanitaire nationale.
« Réformer le système plutôt que transférer le coût au citoyen »
En conclusion, Ridha Chkoundali considère que la hausse des prix n’est qu’une manifestation d’une crise plus globale touchant la Pharmacie centrale, la Cnam, les hôpitaux publics, le financement du système de santé et, plus largement, les équilibres macroéconomiques du pays.
Il plaide pour une réforme structurelle de la politique du médicament, comprenant notamment une meilleure gouvernance de la Pharmacie centrale, le renforcement des stocks stratégiques, le soutien à l’industrie pharmaceutique locale et aux médicaments génériques, ainsi qu’une révision du système de remboursement de la Cnam.
À défaut, avertit-il, le risque est de voir le coût des déséquilibres des finances publiques être progressivement transféré vers les patients. Et de conclure par une interrogation qui résume l’enjeu du débat : un citoyen doit-il payer plus cher simplement parce qu’il est malade ? Cette question, estime-t-il, renvoie directement à ce qu’il reste aujourd’hui de l’État social en Tunisie.


R.B.H











4 commentaires
Citoyen_H
BÉLLÉHI,
mettez-nous Chkoundali en guise de président et la Tunisie deviendra ainsi, la première puissance économique mondiale.
jamel.tazarki
C) Le chômage est le « péché originel » qui assèche les caisses. Sans cotisants, même la meilleure organisation administrative ne peut pas inventer d’argent:
c1) Le chômage (environ 16 % au niveau national fin 2025, mais bien plus élevé chez les diplômés) crée un manque à gagner colossal pour la CNSS et la CNRPS.
c1.1) Le cercle vicieux : Moins d’emplois signifie moins de cotisations. Pour compenser, l’État a dû instaurer dans la Loi de Finances 2026 de nouvelles taxes (redevances sur les bénéfices des banques à 4 %, sur le tabac, et même sur les tickets de caisse des grands magasins) pour tenter de renflouer les caisses sans augmenter les charges sur les salaires déjà fragiles.
c1.1) Lutte contre l’informel : Le chômage pousse aussi vers le secteur informel (environ 40 % de l’économie), où personne ne cotise. Le gouvernement tente de réintégrer ces travailleurs via des amnisties sociales ou des incitations à l’auto-entrepreneuriat prévues pour 2026
c2) 2. Impact critique sur la santé (CNAM), en effet le chômage tue le financement de la santé. Bien que la CNAM affiche un excédent théorique (+760 millions de dinars prévus en 2025), elle est en crise de liquidité réelle.
c2.1) Pourquoi ? Parce que ses fonds servent à payer les retraites des caisses déficitaires (CNRPS/CNSS). Résultat : les délais de remboursement pour les assurés sont passés de 21 jours à parfois plus de 6 mois.
c2.2) Conséquence pour le citoyen : Le chômage réduit le pouvoir d’achat, et les retards de la CNAM obligent les Tunisiens à payer de leur poche (23 % du budget familial moyen est désormais consacré à la santé), créant une barrière d’accès aux soins pour les plus fragiles
c3) Les dispositifs d’aide au chômage (IPE et Fonds 2025). Le système tente de s’adapter, mais le volume de chômeurs rend la tâche titanesque :
c3.1) Nouveau Fonds d’Assurance Chômage (2025) : La Tunisie a validé la création d’un fonds dédié aux travailleurs licenciés pour raisons économiques. Il est financé par une cotisation de 0,5 % sur les salaires et une taxe sur les jeux et le tabac.
c3.2) Incitation à l’embauche 2026 : Pour casser la dynamique du chômage, l’État prendra en charge 100 % des cotisations patronales (CNSS) la première année pour tout recrutement de jeune diplômé dès le 1er janvier 2026
c4) En synthèse : Le chômage est le moteur du déficit. Sans une reprise de la croissance (prévue à seulement 2,1 % en 2026) et une création d’emplois formels, les taxes sur les banques ou le tabac ne seront que des « pansements » sur une plaie ouverte.
jamel.tazarki
D) Incitation à l’emploi : Exonération pour les jeunes diplômés.
d1) le chômage est le moteur du déficit des caisses sociales. La Loi de Finances 2026 en Tunisie tente d’agir sur deux fronts : trouver de l’argent là où il y en a (taxes) et inciter les entreprises à embaucher pour recréer une base de cotisants.
d2) Pour encourager le recrutement dans le secteur privé et réduire le chômage des diplômés du supérieur, l’État a instauré un mécanisme de prise en charge dégressive des cotisations patronales à la CNSS sur 5 ans
d2.2) Le principe : Pour tout nouveau recrutement d’un diplômé de l’enseignement supérieur à partir du 1er janvier 2026, l’État paie la part patronale à la place de l’entreprise selon ce barème :
Année 1 : 100 % de prise en charge par l’État.
Année 2 : 80 %.
Année 3 : 60 %.
Année 4 : 40 %.
Année 5 : 20 %.
– Conditions : Le dispositif concerne les nouveaux recrutements effectués dans le secteur privé par les entreprises soumises au Code de la Sécurité Sociale. L’objectif est de rendre le coût d’un jeune cadre quasi nul en charges sociales la première année pour l’employeur
E) Nouvelles taxes 2026 : Renflouer les caisses sociales. Face à l’urgence, le gouvernement a diversifié les sources de financement pour ne plus dépendre uniquement des salaires:
e1) Secteur financier et grandes entreprises :
– e1,1) Banques et Assurances : Instauration d’une contribution de 4 % sur les bénéfices (avec un minimum de 10 000 dinars) pour soutenir les caisses sociales.
– e1,2) Impôt sur les sociétés : Une contribution sociale de 3 % sur les bénéfices des entreprises pour l’année 2026.
e2) Consommation et services :
– e2.1) Redevance sur les achats : Une taxe de 1,5 dinar sur les factures d’achat supérieures à 50 dinars dans les grandes surfaces, et 2 dinars au-delà de 100 dinars.
– e2.2) Téléphonie : Une taxe de 100 millimes sur chaque recharge téléphonique de 5 dinars ou plus.
– e2.3) Tabac et Jeux : Renforcement des taxes sur les cigarettes et les concours pour alimenter les fonds de protection sociale.
e3) Patrimoine et Immobilier :
e3,1) Droit d’enregistrement : Le droit fixe sur les dons immobiliers entre époux ou parents passe de 100 à 200 dinars, dont 50 % sont reversés directement aux caisses sociales.
e3.2) Contribution Sociale Solidaire (CSS) : Maintenue avec une retenue de 0,5 % sur les salaires des personnes physiques pour l’année 2026
Fazit: Ces mesures montrent que l’État cherche désespérément à compenser le manque à gagner dû au chômage par une taxation de la consommation et des secteurs les plus rentables (banques, télécoms)!
F) Rappel historique:
f1) En 1956, la Tunisie comptait 3,3 millions d’habitants ; en 2022, elle compte 11 à 13 millions d’habitants, et d’après mes calculs statistiques, la Tunisie aura 28 millions d’habitants en 2045. Où allons-nous, et quelles seront les conséquences pour l’environnement ?
f2) – La récolte céréalière tunisienne n’a pas cessé d’augmenter, mais la quantité de grain par Tunisien n’a pas cessé de se réduire, à cause de la poussée démographique. Un grand pourcentage de l’accroissement annuel du revenu national est absorbé par l’accroissement de la population, ce qui absorbe une grande partie de nos fonds et freine le développement économique et social.
f3) L’équilibre à long terme entre croissance démographique et approvisionnement alimentaire est Indispensable. Il faut s’attendre à ce que le taux annuel de croissance de la production alimentaire par habitant en Tunisie continue de baisser.
f4) La croissance démographique doit diminuer afin de stabiliser la population tunisienne autour de 10 millions d’habitants. En effet, à un état stationnaire de la productivité, il nous faut aussi un état stationnaire de la croissance démographique
jamel.tazarki
G) La croissance démographique
g1) Le « Piège Malthusien » et la sécurité alimentaire
g1.1) la Tunisie produit environ 15 à 20 millions de quintaux de céréales les bonnes années, mais ses besoins dépassent les 30 millions.
g1.2) Conséquence : Avec une population en croissance continue (même si elle en ralentissement) la dépendance aux importations deviendrait totale. Dans un marché mondial instable, cela menacerait directement la souveraineté nationale.
g1.3) Frein au développement l’État dépense énormément dans la Caisse de Compensation pour subventionner le pain et l’huile. Plus il y a de bouches à nourrir, plus ce budget « consommation » empêche le budget « investissement » (écoles, hôpitaux, usines)
g2) Conséquences environnementales : Le stress hydrique, C’est le point le plus critique pour la Tunisie d’ici 2040.
g2.1) Pénurie d’eau : La Tunisie est déjà sous le seuil de pauvreté hydrique (moins de 400 m³ par habitant/an). À 28 millions, ce chiffre tomberait à un niveau de pénurie absolue.
g2.2) Dégradation des sols : L’urbanisation sauvage pour loger cette population grignoterait les terres agricoles fertiles (le littoral et le Nord), réduisant encore la capacité de production locale.
Fazit: Ainsi se pose une question fondamentale : celle de la capacité de charge d’un territoire aux ressources limitées comme la Tunisie. Si mes projections à 28 millions d’habitants se réalisaient, la Tunisie ferait face à un basculement systémique.
H) L’État stationnaire : Un défi sociétal
Je discute encore le point « f4 » ci-dessus: « La croissance démographique doit diminuer afin de stabiliser la population tunisienne autour de 10 millions d’habitants. »
–>
h1) L’idée de stabiliser la population autour de 10 millions (état stationnaire) est une théorie économique classique (Stuart Mill) pour préserver la qualité de vie. Cependant, la Tunisie vit une situation particulière :
h1.1)Les données de l’INS montrent toutefois une baisse de la fécondité, avec une moyenne de 1,7 à 2 enfants par femme en 2024 –> mesurer la croissance démographique à partir de la fécondité par femme est trop approximatif.