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Discours de haine, accusations sans preuves, censure… Le Conseil de presse publie ses premières décisions disciplinaires

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Par Myriam Ben Zineb

    Le Conseil de presse a rendu publiques, lundi 3 août 2026, les premières décisions qu’il a adoptées cette année à la suite de plaintes ou de saisines relatives à des contenus médiatiques. Trois dossiers ont été tranchés : deux se sont soldés par la constatation de manquements déontologiques, tandis qu’un troisième a abouti à un classement sans faute.

    Ces décisions ne constituent toutefois qu’un premier jet. D’autres affaires sont actuellement en cours d’examen et devraient faire l’objet de nouvelles décisions dans les prochains mois.

    Dans une note accompagnant leur publication, le Conseil rappelle que cette mission relève de son rôle d’instance d’autorégulation de la profession, chargée de veiller au respect de la déontologie journalistique, de protéger la liberté de la presse et de garantir le droit des citoyens à une information fiable.

    Une émission de la chaîne Attessia au cœur d’une affaire de discours de haine

    La première décision remonte au 20 mai 2026 et concerne le journaliste Brahim Boughanmi, animateur de l’émission Rendez-vous 9 sur Attessia TV.

    L’affaire trouve son origine dans une émission diffusée le 7 janvier 2026, au cours de laquelle une invitée avait appelé, en direct, à empêcher les migrantes africaines vivant en Tunisie d’avoir des enfants. La séquence, largement relayée sur les réseaux sociaux à l’époque, avait suscité une vive polémique en raison de son caractère jugé discriminatoire et assimilé à un discours de haine.

    Sans attendre une plainte, le Conseil de la presse s’était autosaisi du dossier. Après avoir visionné l’émission et entendu le journaliste, il a estimé que celui-ci aurait dû interrompre ou recadrer immédiatement ces propos.

    Le Conseil considère que cette absence de réaction constitue un manquement à la responsabilité éditoriale. Il estime qu’un animateur, particulièrement lors d’une émission en direct, a l’obligation d’intervenir lorsque des propos incitent à la discrimination ou portent atteinte à la dignité humaine.

    Il a ainsi retenu un manquement professionnel à l’encontre du journaliste, l’a appelé à respecter les règles déontologiques et a recommandé à l’établissement médiatique de renforcer les mécanismes d’encadrement éditorial et les procédures d’intervention immédiate lors des émissions en direct.

    Jawhara FM épinglée pour des accusations non vérifiées

    Dans une deuxième décision, datée du 2 juillet 2026, le Conseil de la presse a également retenu un manquement professionnel visant un animateur de Jawhara FM.

    L’instance reproche à la radio d’avoir diffusé des accusations graves sans disposer d’éléments suffisants pour les étayer et sans offrir aux personnes mises en cause la possibilité d’exercer leur droit de réponse.

    Le Conseil considère également que cette situation révèle un défaut d’encadrement éditorial au sein de la rédaction. Il rappelle à cette occasion plusieurs principes fondamentaux de la déontologie journalistique, notamment l’obligation de vérifier les informations avant leur diffusion, le respect de la présomption d’innocence et la garantie du contradictoire.

    Aucune faute concernant Politica

    La troisième décision, rendue le même jour, concerne la plainte déposée par l’ancien ministre Faouzi Ben Abderrahmane contre Jawhara FM et le journaliste Zouheir Jiss.

    L’ancien ministre estimait que la suppression, des plateformes numériques de la radio, de l’enregistrement de l’émission Politica du 23 juillet 2025 constituait un acte de censure.

    Après examen du dossier, le Conseil a toutefois constaté que l’émission avait bien été diffusée intégralement en direct et que sa suppression ultérieure des plateformes numériques ne suffisait pas, en l’espèce, à caractériser un manquement aux règles déontologiques.

    Aucune faute professionnelle n’a donc été retenue à l’encontre de Jawhara FM ou du journaliste concerné.

    Ces trois décisions marquent les premiers arbitrages publics rendus par le Conseil de la presse dans le cadre de sa mission d’autorégulation. Elles donnent également un aperçu des critères que l’instance entend appliquer à l’avenir en matière de responsabilité éditoriale, de lutte contre les discours de haine et de respect des règles fondamentales de la pratique journalistique.

    M.B.Z

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