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Agriculture : la Conect appelle à une refonte du secteur et à un statut légal pour les agriculteurs 

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Par Nadya Jennene

    Face aux difficultés structurelles qui fragilisent depuis plusieurs années l’agriculture tunisienne, le Groupement professionnel national de l’agriculture relevant de la Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (Conect Agri) plaide pour une réorganisation profonde du secteur. Son président, Mohamed Taher Nabi, a estimé que l’avenir de l’agriculture passe nécessairement par une nouvelle approche fondée sur la reconnaissance du métier d’agriculteur, la modernisation des circuits économiques et une vision globale intégrant l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur.

    Invité sur les ondes de la Radio nationale mardi 4 août 2026, il est revenu sur les propositions portées par son organisation, notamment l’élaboration d’un cadre juridique consacrant le statut de l’agriculteur et définissant clairement ses droits et ses obligations. « Il ne faut pas seulement développer l’agriculture, ou uniquement les unités de stockage ou les industriels. Il faut faire progresser toute la chaîne ensemble », a-t-il expliqué.

    Selon lui, l’agriculture doit désormais être considérée comme un système intégré regroupant les producteurs, les transformateurs, les distributeurs, les investisseurs et les consommateurs. « Il faut que tout le monde avance dans la même direction », a-t-il insisté.

    Le président de Conect Agri a dressé un constat préoccupant de la situation actuelle des agriculteurs tunisiens, évoquant plusieurs facteurs qui pèsent lourdement sur l’activité agricole : les changements climatiques, l’augmentation des coûts de production et la baisse du pouvoir d’achat des consommateurs.

    Alors que l’agriculture est souvent perçue comme une activité naturellement rentable, Mohamed Taher Nabi estime que cette image ne correspond plus à la réalité vécue par de nombreux exploitants. « Beaucoup d’agriculteurs ont abandonné leur activité ou rencontrent de grandes difficultés », a-t-il déclaré.

    Pour lui, cette fragilisation menace également l’équilibre social des zones rurales. L’exode progressif des populations agricoles entraîne, selon lui, une désertification des campagnes. « Nous ne sommes pas encore dans une situation comparable à certains pays voisins, mais nous observons progressivement que les terres se vident et que les enfants d’agriculteurs quittent le métier », a-t-il averti.

    Pour inverser cette tendance, Mohamed Taher Nabi a noté qu’il faudrait avant tout permettre aux petits agriculteurs de vivre dignement de leur activité. « Il faut encourager les petits exploitants pour qu’ils restent sur leurs terres, qu’ils puissent produire, investir et générer des revenus », a-t-il expliqué.

    Selon lui, le rapport de l’agriculteur à sa terre dépasse la seule dimension économique. « La relation entre l’agriculteur et sa terre est profonde. Mais si cette activité ne lui permet plus de vivre, il sera contraint de partir », a-t-il souligné.

    Il a également appelé à dépasser la vision purement sociale de l’agriculture car c’est aussi un secteur économique stratégique. « L’agriculteur doit pouvoir être rentable sur sa propre terre », a-t-il insisté.

    Parmi les principales revendications de la Conect Agri figure l’adoption d’une loi encadrant la profession agricole. Mohamed Taher Nabi a expliqué que son organisation travaille actuellement sur un projet qui devrait être présenté prochainement aux autorités compétentes et au Parlement.

    L’un des axes majeurs de cette réforme serait la création d’un registre national des agriculteurs. « Aujourd’hui, nous ne disposons même pas d’un chiffre officiel et précis du nombre d’agriculteurs en Tunisie. Toutes les données disponibles restent des estimations », a-t-il déploré.

    Selon lui, l’absence d’une base de données fiable complique la planification des politiques publiques et la gestion des crises. Il a cité l’exemple de la production agricole, notamment durant certaines périodes comme l’Aïd ou les campagnes céréalières, où les prévisions peuvent diverger fortement faute de données précises.

    Ce registre permettrait également de mieux cibler les mécanismes de soutien public et de permettre que les aides bénéficient aux véritables producteurs.

    Revenant sur la campagne céréalière actuelle, Mohamed Taher Nabi a estimé que les résultats étaient « corrects », sans toutefois atteindre les niveaux annoncés initialement. Alors que des prévisions optimistes avaient évoqué une récolte pouvant atteindre 21 à 22 millions de quintaux, la collecte devrait finalement avoisiner 11 millions de quintaux.

    Les meilleures performances ont été enregistrées notamment dans les gouvernorats du Kef et de Béja, suivis de Jendouba et Bizerte. Selon lui, plusieurs facteurs expliquent cet écart, notamment les difficultés d’approvisionnement en intrants agricoles, particulièrement les engrais. « À un moment crucial pour les cultures, certains agriculteurs n’ont pas trouvé les quantités nécessaires d’engrais ou les produits disponibles n’étaient pas toujours adaptés aux besoins », a-t-il expliqué.

    Il a toutefois souligné que les conditions climatiques ont été globalement favorables cette année, avec une pluviométrie meilleure que les années précédentes et un niveau des barrages jugé satisfaisant. 

    Concernant l’huile d’olive, il a évoqué une campagne encourageante, appelant toutefois à améliorer les mécanismes de stockage afin de mieux protéger les revenus des producteurs.

    Concernant les dattes et les autres produits agricoles exportés, il a reconnu que la Tunisie disposait de marchés ouverts, mais qu’un important travail reste à accomplir en matière de promotion et de conquête de nouveaux débouchés.

    « Nous devons aller vers de nouveaux marchés, comme la Chine, qui représente une opportunité importante », a-t-il indiqué rappelant toutefois que les problèmes logistiques, notamment le transport, restent un frein majeur pour les exportateurs tunisiens.

    Mohamed Taher Nabi est revenu également sur la nécessité de réduire les coûts de production pour protéger producteurs et consommateurs. Selon lui, l’un des principaux handicaps de l’agriculture tunisienne reste, en effet, le niveau élevé des coûts de production. Cette situation pénalise à la fois l’agriculteur, dont les marges diminuent, et le consommateur, qui retrouve des produits plus chers sur les marchés.

    Pour réduire cette pression, il a proposé d’exonérer les intrants agricoles de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA).

    Le président de Conect Agri a également critiqué l’organisation actuelle des marchés de gros et des circuits de commercialisation. Selon lui, le secteur souffre d’un manque de structuration qui pénalise directement les producteurs.

    Il a estimé que de nombreux agriculteurs n’ont plus les moyens logistiques nécessaires pour accéder directement aux marchés de gros, notamment en raison des coûts élevés du transport.

    La solution passe, à son sens, par une digitalisation des circuits de distribution et une réorganisation complète des marchés. « Il faut sortir des méthodes anciennes. Le monde évolue, et nous devons moderniser nos marchés comme cela se fait dans les pays développés », a-t-il plaidé.

    Mohamed Taher Nabi a également alerté sur la situation de la filière avicole, qu’il considère comme particulièrement fragilisée. Il s’est interrogé sur la dépendance persistante de la Tunisie aux importations de certains produits liés à cette filière, notamment les poussins et les œufs à couver, alors que les investissements nationaux restent limités.

    Il a appelé à revoir la gestion des quotas et des autorisations dans ce secteur, estimant que certaines restrictions empêchent le développement d’une production locale compétitive.

    Enfin, le président de Conect Agri a insisté sur la nécessité de rapprocher les jeunes du monde agricole. Il a proposé le développement de « fermes pédagogiques » permettant aux élèves de découvrir l’agriculture et de renouer avec la terre.

    « La terre, c’est le pays. Il faut transmettre aux jeunes l’amour de la terre et leur montrer que l’agriculture peut être un avenir », a-t-il déclaré soulignant que la réforme du secteur agricole est possible, à condition d’une volonté politique claire et d’une approche collective.

    N.J

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    Commentaire

    1. Gg

      Répondre
      5 août 2026 | 9h08

      La photo…
      Comment les hommes peuvent-ils laisser les femmes travailler ainsi? Elles se cassent le dos et les reins, sous un soleil de plomb, pour un salaire de misère.
      Et elles sont transportées comme du bétail.
      Qu’attendent les maaaaagnifiques LTDH et consort pour s’occuper d’elles?
      Ne valent elles pas mieux que le dernier rappeur ou influenceur à la mode?

    Répondre

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