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FIFA : l’argent devait couronner Gianni Infantino, il menace désormais son règne

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Service IA, Business News

Par Maya Bouallégui

    Il y a moins de trois semaines, Gianni Infantino se félicitait d’avoir obtenu le soutien de plus de 200 fédérations pour sa réélection à la tête de la FIFA. Le voilà désormais retranché au Maroc, où il a convoqué ses principaux collaborateurs pour une réunion de crise. Désavoué par trois confédérations, abandonné par plusieurs de ses lieutenants et sommé de partir par l’UEFA, l’homme fort du football mondial traverse la plus grave crise de ses dix années de règne. Sa chute n’est pas encore acquise, mais elle est devenue possible.

    Gianni Infantino paraissait intouchable jusqu’il y a peu. La Coupe du monde 2026 venait de s’achever, les revenus de la Fédération internationale de football (FIFA) atteignaient des sommets et le dirigeant italo-suisse pouvait se prévaloir du soutien de « plus de 200 » des 211 associations membres en vue de sa réélection en mars 2027. La FIFA elle-même s’en était félicitée dans une communication publiée le 18 juillet.

    Mercredi 5 août 2026, le décor est radicalement différent. Gianni Infantino se trouve au Maroc, où il a convoqué les hauts responsables de la FIFA pour une réunion de crise destinée à sauver sa présidence. Ses opposants ont remporté une première bataille majeure, ses alliés commencent à se dérober et plusieurs de ses plus proches collaborateurs se sont publiquement démarqués de lui. Son projet phare, FIFA Forward Enterprise (FFE), conçu pour renforcer encore son pouvoir en libérant, selon ses propres termes, le « potentiel commercial » de l’organisation, a provoqué l’effet inverse.

    En quelques jours, l’empire patiemment édifié depuis 2016 s’est mis à vaciller.

    Le projet qui devait verrouiller son pouvoir

    L’origine de la crise tient dans un projet préparé dans le plus grand secret. Gianni Infantino voulait créer une société commerciale, FIFA Forward Enterprise, appelée à regrouper une partie des activités commerciales et opérationnelles liées à la Coupe du monde et aux autres compétitions organisées par la FIFA.

    Cette structure devait être valorisée à vingt milliards de dollars. Jusqu’à 20 % de son capital auraient été ouverts à des investisseurs privés, permettant de lever quelque 4,2 milliards de dollars (12,32 milliards de dinars). Thrive Eternal, société d’investissement dirigée par Joshua Kushner, était pressentie pour conduire le groupe d’investisseurs. Ce choix a immédiatement nourri les soupçons de conflit d’intérêts : Joshua Kushner est le frère de Jared Kushner, gendre de Donald Trump, homme d’affaires et envoyé spécial du président américain pour les missions de paix. Une proximité d’autant plus sensible que Gianni Infantino entretient lui-même des relations étroites avec Donald Trump.

    La FIFA présentait l’opération comme un moyen de financer massivement le développement du football. Chaque association nationale devait bénéficier de vingt millions de dollars (58,66 millions de dinars) au titre du programme FIFA Forward pour la période 2027-2030, auxquels pouvaient s’ajouter vingt millions supplémentaires dans le cadre d’un mécanisme volontaire baptisé FIFA Fast Forward. La FIFA assurait qu’elle conserverait le contrôle de la société et que les investisseurs privés resteraient minoritaires. Ces chiffres et ces engagements figurent dans ses clarifications officielles du 31 juillet.

    Mais l’ampleur de l’opération, sa préparation opaque, l’absence de consultation préalable et les liens des investisseurs pressentis avec la famille Trump ont immédiatement provoqué une fronde. L’Union des associations européennes de football (UEFA), la Confédération de football d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes (Concacaf) et la Confédération asiatique de football (AFC) ont rejeté le projet.

    L’UEFA est allée jusqu’à menacer de boycotter les compétitions de la FIFA si FFE était maintenue ou remise ultérieurement sur la table. Face au risque d’une rupture historique avec trois confédérations, Gianni Infantino a dû capituler. Le 31 juillet, à 23 h 30, la FIFA a annoncé que la proposition ne serait pas poursuivie.

    L’abandon du projet n’a cependant pas éteint l’incendie. Il l’a déplacé vers la présidence de la FIFA.

    L’argent, fondement du système Infantino

    Gianni Infantino avait été élu en 2016 pour restaurer l’image d’une FIFA ravagée par les scandales de corruption ayant emporté son prédécesseur, Sepp Blatter. En dix ans, il a surtout bâti un système de pouvoir fondé sur l’expansion permanente des compétitions, la multiplication des revenus et la redistribution d’une partie de cette manne aux fédérations nationales.

    Sous son règne, la Coupe du monde est passée à 48 équipes et une nouvelle Coupe du monde des clubs réunissant 32 formations tous les quatre ans a été lancée. Sa première édition s’est déroulée aux États-Unis en 2025. Une extension du Mondial des sélections à 64 équipes dès 2030 est par ailleurs déjà à l’étude. Au terme du cycle 2023-2026, les revenus de la FIFA avoisinent les quinze milliards de dollars (44 milliards de dinars).

    Cette prospérité a profité aux 211 associations membres, notamment aux fédérations les plus modestes, très dépendantes des programmes de développement de la FIFA. Or, chacune dispose exactement de la même voix lors de l’élection présidentielle. Saint-Marin, dernier du classement mondial, pèse autant que l’Argentine, le Brésil ou l’Allemagne.

    L’argent a ainsi constitué le ciment du pouvoir d’Infantino. Il pourrait désormais devenir la cause de sa chute.

    Dans une enquête publiée le 2 août, le journaliste Rémi Dupré révèle dans Le Monde que plusieurs acteurs du football mondial soupçonnaient le président de vouloir prendre, après son départ de la FIFA, la direction rémunérée de FFE. Selon The Times, il aurait ambitionné de percevoir à terme plus de trente millions d’euros annuels (88 millions de dinars), hors primes.

    La FIFA a formellement démenti qu’une telle reconversion ait jamais été discutée. Le soupçon n’est donc pas un fait établi. Il alimente néanmoins la défiance, d’autant que la rémunération personnelle d’Infantino a considérablement augmenté depuis son arrivée. Son coût total pour la FIFA a dépassé six millions de dollars (17,6 millions de dinars) en 2024, contre une rémunération annuelle initiale de 1,5 million de francs suisses en 2016, soit environ 3,3 millions de dinars au taux de change moyen de l’époque. Cette même année, la FIFA, association à but non lucratif de droit suisse, a versé 33,2 millions de dollars à ses dirigeants et aux élus de son conseil.

    Les lieutenants quittent le navire

    La contestation n’est plus seulement extérieure. Elle a gagné les plus hauts étages de l’organisation.

    Le 31 juillet, Kevin Lamour, directeur des opérations de la FIFA, considéré comme numéro trois, a rompu publiquement avec Gianni Infantino. Dans une déclaration rapportée par Associated Press, il affirme que les employés de la FIFA ont été « trompés » par l’absence de transparence entourant la préparation de FFE et qualifie l’initiative de « projet d’une seule personne ». Il ajoute que les dirigeants politiques du football doivent désormais « se poser les bonnes questions et prendre les bonnes décisions », tout en se disant prêt à perdre son poste pour avoir pris cette position.

    Le même jour, Carlos Cordeiro a démissionné de ses fonctions de conseiller principal auprès du président de la FIFA. Ancien président de la Fédération américaine de football, il représentait également la FIFA au sein du groupe de travail de la Maison-Blanche consacré à la Coupe du monde 2026. Dans son message de démission, il assure n’avoir participé ni à l’élaboration ni à l’examen du projet et s’y oppose « sans équivoque ». Il dénonce notamment l’absence de réponses sur le choix des investisseurs, la procédure suivie, les mécanismes de contrôle et les bénéficiaires réels de l’opération.

    Le 4 août, Arsène Wenger, directeur du développement du football mondial à la FIFA, a lui aussi pris ses distances. L’ancien entraîneur d’Arsenal affirme n’avoir été associé ni à la conception ni à la rédaction de FFE et avoir découvert le projet dans les médias. Il juge son abandon « absolument nécessaire », au nom d’une FIFA indépendante, transparente et placée au service du football. Sa déclaration est notamment rapportée par Le Monde.

    Le coup le plus sévère est toutefois venu du secrétaire général de la FIFA, Mattias Grafström, pourtant nommé par Infantino et longtemps considéré comme l’un de ses collaborateurs les plus loyaux. Dans un mail adressé hier mardi 4 août aux salariés et révélé par Le Monde, le numéro deux de l’organisation déplore une série d’événements « tristes et répréhensibles » et promet de protéger les employés face à la crise politique.

    Sans jamais nommer le président, Mattias Grafström rappelle surtout que les individus et les périodes d’instabilité passent, tandis que l’institution demeure. Le message ressemble moins à une manifestation de soutien qu’à la préparation de l’après-Infantino.

    Le symbole est d’autant plus saisissant que le président de la FIFA avait progressivement réduit les prérogatives de son secrétariat général. En 2024, il avait fait modifier les statuts pour renforcer encore son contrôle sur l’administration. C’est désormais cette même administration qui paraît chercher à se préserver de son chef.

    L’UEFA ne veut plus seulement enterrer FFE

    Le retrait du projet aurait pu permettre une sortie de crise. L’UEFA a choisi d’aller plus loin. Elle considère que la confiance est rompue et veut désormais obtenir le départ de Gianni Infantino.

    Dans un communiqué particulièrement sévère, publié samedi 1er août, l’organisation européenne s’est félicitée que le président de la FIFA ait compris que « le football n’est pas à vendre ». Elle réclame que les responsables du projet soient identifiés et rendent des comptes. Elle dénonce des plans secrets, préparés dans l’urgence par des personnes anonymes et dont les bénéfices pour le football restent douteux.

    D’après plusieurs médias européens, l’UEFA cherche désormais un candidat non européen capable de rassembler au-delà de ses propres frontières. Le nom de Victor Montagliani, président canadien de la Concacaf et ancien allié d’Infantino, revient avec insistance.

    La Concacaf elle-même a demandé un bilan complet de la présidence Infantino. Plusieurs de ses 41 fédérations, qui avaient pourtant parrainé sa candidature avant le Mondial, envisagent à présent de lui retirer leur soutien, selon The Guardian.

    Autre signe de rupture : le prince Ali bin Al-Hussein, président de la Fédération jordanienne, accuse publiquement la FIFA de « chantage », rapporte Reuters. Il affirme que l’organisation lui aurait fait comprendre qu’un soutien à la candidature d’Infantino faciliterait la résolution de plusieurs litiges financiers opposant la Jordanie à la FIFA.

    Une procédure existe pour le faire tomber

    Le départ d’Infantino ne dépend pas uniquement d’une démission volontaire ou de l’élection de mars 2027. Les statuts de la FIFA permettent aux fédérations de provoquer sa destitution avant le terme de son mandat.

    Un cinquième des associations membres, soit 43 fédérations sur 211, peut demander par écrit la convocation d’un congrès extraordinaire. Celui-ci doit alors se tenir dans un délai de trois mois. Forte de ses 55 membres, l’UEFA dispose à elle seule du nombre nécessaire pour déclencher la procédure, à condition de préserver son unité.

    La destitution serait ensuite soumise au vote du congrès. En l’absence d’une majorité particulière prévue par les statuts, elle devrait recueillir plus de la moitié des suffrages valablement exprimés. Le chiffre symbolique de 106 voix correspond à la majorité absolue de l’ensemble des 211 fédérations, mais le seuil réel dépendrait de la participation et du nombre de votes valides.

    L’UEFA peut donc ouvrir la bataille, mais elle ne peut pas la gagner seule.

    L’Afrique, dernier rempart de l’empereur

    C’est en Afrique que pourrait se décider l’avenir de Gianni Infantino. La Confédération africaine de football compte 54 associations et n’a pas encore officiellement pris position. Plusieurs dirigeants africains ont néanmoins exprimé leur soutien au président de la FIFA, tout comme le Maroc, appelé à coorganiser la Coupe du monde 2030.

    La présence d’Infantino au Maroc cette semaine n’est donc pas anodine. Selon Reuters, la réunion de crise d’aujourd’hui, mercredi 5 août, doit lui permettre de consolider sa position et de tenir au moins jusqu’au congrès électif de mars 2027.

    Les fédérations africaines, asiatiques, océaniennes et sud-américaines sont au cœur de son système. Elles ont bénéficié de l’augmentation des financements de la FIFA et certaines ne pourraient fonctionner sans ces ressources. Infantino continuera à présenter sa politique comme une démocratisation du football mondial face aux grandes puissances européennes qui souhaitent préserver leur domination.

    Cet argument porte. Il explique pourquoi la fronde de l’UEFA, de la Concacaf et de l’AFC ne se traduira pas mécaniquement par 148 votes contre lui. Plusieurs fédérations asiatiques, dont celles du Qatar, du Koweït, du Liban, du Sri Lanka et de l’Indonésie, lui ont déjà renouvelé leur fidélité. En Afrique, le rapport de force reste à établir.

    L’invulnérabilité a disparu

    Gianni Infantino conserve des moyens considérables, des fidélités patiemment entretenues et un avantage majeur : aucun adversaire ne s’est encore officiellement déclaré. Victor Montagliani apparaît comme le candidat le plus crédible, mais il doit encore accepter de se lancer et démontrer qu’il peut réunir une coalition mondiale.

    Les opposants à Infantino devront également convaincre les petites fédérations qu’un changement de président ne remettra pas en cause les financements dont elles bénéficient. Une condamnation morale de sa gouvernance ne suffira pas. La bataille se gagnera sur la transparence, mais aussi sur l’argent et sa redistribution.

    La chute de Gianni Infantino n’est donc ni certaine ni encore programmée. Mais quelque chose d’essentiel s’est brisé. Il y a moins de trois semaines, sa réélection semblait être une formalité. Aujourd’hui, trois confédérations contestent son leadership, ses principaux collaborateurs prennent leurs distances, plusieurs fédérations retirent leur soutien et une procédure statutaire permet de le destituer.

    L’homme qui avait promis de restaurer la FIFA après la chute de Sepp Blatter a fini par concentrer entre ses mains un pouvoir rarement égalé. En voulant pousser plus loin encore la marchandisation du football, il a offert à ses adversaires le motif et l’occasion qu’ils attendaient.

    Son empire tient toujours. Son invulnérabilité, elle, a déjà disparu.

    Maya Bouallégui

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    Commentaire

    1. Judili58

      Répondre
      6 août 2026 | 15h22

      Le silence de notre FTF est troublent. Il est vrai que nos responsables fédéraux ne sont pas réputés pour leur transparence et encore mois pour leur défense des valeurs et des principes. Or c’est précisément sur la défense des valeurs que véhicule le football et qui ont été mises à mal durant cette dernière crise que connaît la FIFA que la FTF devrait faire preuve de transparence absolue et prendre une position claire et nette et ne pas continuer à « jouer » derrière les rideaux. Doit on rappeler aux dirigeants de notre FTF qu’ils agissent au nom du football tunisien auquel ils doivent rendre des comptes.

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