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Quand la souveraineté prend des vacances à Rome

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Par Marouen Achouri

    Il existe une manière de mesurer le crédit dont jouit un État auprès de ses partenaires. Ce n’est ni le nombre de sommets auxquels il participe, ni la chaleur des poignées de main, encore moins les déclarations convenues sur les « relations historiques » ou les « partenariats stratégiques ». Le véritable indicateur apparaît lorsque l’un de ces partenaires se permet de formuler une proposition que personne n’oserait faire à un pays dont la position est jugée ferme, crédible et non négociable. Si cette proposition est faite malgré tout, c’est qu’au fond, personne ne croit réellement à la ligne rouge que ce pays affirme défendre.

    C’est précisément ce qui vient de se produire avec la proposition italienne d’externaliser les centres de rétention pour migrants clandestins vers des pays tiers. Inspiré de l’accord conclu avec l’Albanie, le projet que le ministre italien de l’Intérieur Matteo Piantedosi s’apprête à défendre devant ses homologues européens prévoit la création de structures financées par l’Union européenne où seraient transférés les migrants déboutés du droit d’asile avant leur rapatriement. Parmi les pays pressentis figurent la Libye, l’Égypte, la Mauritanie, le Rwanda, le Sénégal, le Ghana, l’Ouganda, l’Éthiopie, l’Ouzbékistan, l’Arménie, le Monténégro… et la Tunisie.

    Le simple fait que Rome ait jugé pertinent d’inscrire la Tunisie sur cette liste mérite qu’on s’y attarde. Depuis des années, le discours officiel tunisien martèle pourtant que le pays ne sera jamais une terre d’installation pour les migrants irréguliers, qu’il refuse catégoriquement de jouer le rôle de garde-frontière de l’Union européenne et que toute coopération avec Bruxelles doit reposer sur l’égalité entre partenaires souverains. Le président Kaïs Saïed lui-même ne manque jamais une occasion de rappeler que la Tunisie n’accepte ni injonctions ni tutelles. Manifestement, ces rappels n’ont pas laissé un souvenir impérissable de l’autre côté de la Méditerranée.

    Une souveraineté très bavarde… sauf quand il le faut

    Chaque fois que Bruxelles évoque la coopération migratoire, Tunis insiste sur le fait qu’il ne saurait être question de sous-traiter la politique migratoire européenne. A coups de discours retentissants et de théories du complot, notamment sur la « modification de la structure démographique », Kaïs Saïed a toujours cru être suffisamment ferme sur la question migratoire.

    Et pourtant, lorsque Rome inscrit noir sur blanc la Tunisie parmi les candidats potentiels à accueillir ces centres, il ne se passe… rien. Aucun communiqué n’a été publié, aucune mise au point, aucune réaction de la part des autorités tunisiennes. Pas même cette formule diplomatique dont raffolent les chancelleries : « la Tunisie exprime son étonnement ».

    Ce silence est d’autant plus étonnant que la diplomatie tunisienne a récemment démontré qu’elle savait parfaitement retrouver sa voix lorsqu’elle le souhaitait.

    Il y a quelques jours à peine, le ministère des Affaires étrangères convoquait l’ambassadrice de France après une interview accordée par Moncef Marzouki à France 24. Une interview. Pas une décision officielle de l’État français. Pas une proposition gouvernementale. Pas un projet européen. Une interview diffusée par une chaîne de télévision.

    L’affaire avait été jugée suffisamment grave pour convoquer la représentante du premier client de la Tunisie, de son premier fournisseur et de l’un de ses principaux partenaires politiques.

    En revanche, lorsqu’un gouvernement européen envisage officiellement que la Tunisie puisse accueillir des centres destinés à retenir les migrants que l’Europe ne veut plus garder chez elle, tout devient soudain beaucoup moins urgent.

    On comprend que la hiérarchie des priorités diplomatiques est parfois difficile à établir. Mais il est tout de même fascinant de constater qu’une émission de télévision semble davantage mobiliser l’appareil diplomatique tunisien qu’un projet susceptible de redéfinir durablement la place du pays dans la politique migratoire européenne.

    Une diplomatie absente… au sens propre

    Mais pour faire connaître son mécontentement à Rome, il faudrait peut-être commencer par y nommer un ambassadeur.

    Depuis plusieurs mois, l’ambassade de Tunisie en Italie est sans titulaire. Et Rome est loin d’être une exception. Près d’une trentaine de représentations diplomatiques importantes attendent toujours leur ambassadeur.

    Certes, une ambassade continue de fonctionner sans chef de mission. Les diplomates en poste poursuivent leur travail. Les dossiers avancent tant bien que mal. Mais un ambassadeur n’est pas un simple élément décoratif destiné à apparaître sur les photos lors des réceptions officielles. C’est lui qui entretient les réseaux politiques, mesure les évolutions d’un pays, transmet les signaux faibles, intervient discrètement lorsque surgissent des tensions et fait comprendre, parfois avant même qu’un communiqué ne soit publié, qu’une ligne rouge est en train d’être franchie.

    L’Italie n’est pas un partenaire secondaire. C’est l’un des principaux interlocuteurs de la Tunisie en Méditerranée, un acteur central des politiques migratoires européennes et le gouvernement de Giorgia Meloni a fait de la lutte contre l’immigration clandestine un véritable marqueur idéologique. Son approche est assumée, revendiquée et souvent dénoncée pour sa dimension ouvertement xénophobe.

    Dans ce contexte, voir la Tunisie apparaître sur une liste de pays susceptibles d’héberger des centres de rétention n’a rien d’anodin. Cela signifie qu’à Rome, personne ne considère sérieusement que Tunis opposerait un refus suffisamment ferme pour rendre cette hypothèse politiquement impossible.

    Le problème n’est pas que l’Italie formule une proposition. Chaque État défend ses intérêts. C’est même sa fonction première. Le problème est qu’elle estime pouvoir le faire sans craindre la moindre réaction tunisienne.

    Un pays qui proclame sa souveraineté à longueur de discours, mais dont les partenaires semblent considérer que ses refus ne sont plus des refus, seulement des éléments de langage.

    À force de répéter que la souveraineté est sacrée sans prendre la peine de la défendre lorsqu’elle est publiquement mise à l’épreuve, on finit par convaincre les autres qu’elle relève davantage de la rhétorique que de la politique.

    Et c’est peut-être cela, le véritable drame : le jour où Rome a inscrit la Tunisie sur sa liste, ce n’est pas seulement une proposition qui a été faite. C’est un test qui a été lancé.

    Pour l’instant, le silence tunisien ressemble dangereusement à un début de réponse.

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    2 commentaires

    1. Mhammed Ben Hassine

      Répondre
      6 août 2026 | 10h10

      Insérer la tun dans cette liste un test ! Et quel test obus de grand calibre projet droit au principe de souveraineté tant clamé pal tun
      Provoquer egyp [ياخبر بفلوس بكرة ببلاش]

    2. Fares

      Répondre
      6 août 2026 | 2h58

      Après les menaces de Tebboune au peuple Tunisie, l’Italie s’y met, qui sera le prochain? Souveraineté, mais quelle blague qui ne donne pas envie de rire. Wake up.

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