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Tunisie – Afrique : lutter contre l’immigration irrégulière et faciliter la mobilité interafricaine

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Par Ali Labib

    Par Ali Labib

    La fluidité du déplacement des décideurs, entrepreneurs, étudiants, cadres africains est une condition indispensable pour faire de la Tunisie un pôle d’affaires et de partenariat stratégique. Simplifier les procédures d’accès et de séjour pour ces catégories permet d’encourager les investissements directs, dynamiser le commerce transfrontalier et positionner le pays comme une plaque tournante importante pour les échanges interafricains.

    Le contexte tunisien et la nature du phénomène

    Au cours des dernières années, la Tunisie a connu une augmentation du nombre de migrants subsahariens en situation irrégulière sur son territoire. Ce phénomène s’inscrit dans l’évolution des politiques européennes qui ont renforcé, depuis les années 1970, les restrictions à l’immigration légale et intensifié la dissuasion de l’immigration irrégulière. 

    Dans ce contexte, la Tunisie a vu son statut évoluer, devenant pour de nombreux migrants subsahariens une terre à la fois de transit et d’installation. Leur installation soulève des enjeux économiques, sociaux et politiques complexes. En effet, l’immigration est un phénomène social multidimensionnel influencé par les conditions économiques, les dynamiques politiques, les contextes sécuritaires et les représentations sociales. Elle suscite, au sein des populations locales, des perceptions liées à la concurrence sur le marché du travail, à la pression exercée sur certains services publics ou au sentiment de ne plus être maîtres des lieux ni des décisions.

    Face à de tels défis, l’expérience des pays occidentaux, comme les États-Unis, l’Italie, l’Espagne ou la Grèce, montre qu’aucun État disposant de frontières terrestres ne peut mettre fin aux flux migratoires irréguliers, quelles que soient la rigueur de sa législation et l’intensité de ses dispositifs de contrôle. Par conséquent, la complexité du phénomène pousse aujourd’hui les États à passer d’une logique d’éradication impossible à une gestion réaliste.

    Dans cette perspective, il importe pour la Tunisie d’articuler une politique équilibrée qui distingue clairement les enjeux liés aux afflux de l’immigration irrégulière de ceux relatifs à la mobilité interafricaine des étudiants, des entrepreneurs, des investisseurs, des compétences… 

    La mobilité interafricaine

    Alors que les grandes puissances mondiales se disputent les ressources et les talents du continent, l’Afrique redessine de l’intérieur sa propre géographie des échanges. La mobilité interafricaine est devenue le baromètre d’un continent en pleine mutation, cherchant à transformer sa proximité géographique et culturelle en un partenariat Sud-Sud gagnant-gagnant. Au centre de cette reconfiguration spatiale et économique, la circulation des savoirs et des opportunités d’affaires s’organise désormais autour de pôles régionaux structurants.

    . L’attractivité des etudiants africains: vers des hubs régionaux

    L’attractivité des étudiants africains, en Afrique et ailleurs, est devenue en l’espace d’une décennie, un enjeu géopolitique et économique majeur. Ce phénomène se structure aujourd’hui autour de deux dynamiques complémentaires : une forte compétition mondiale pour attirer ces talents à l’international, et l’émergence d’une véritable mobilité interafricaine portée par des hubs académiques régionaux.

    En effet, parallèlement à l’attraction exercée par l’Europe, l’Asie ou l’Amérique, une dynamique endogène se fortifie. De plus en plus d’étudiants africains choisissent de poursuivre leurs études sur le continent et plusieurs pays se positionnent comme des carrefours académiques :

    • L’Afrique du Sud est un pôle historique pour l’Afrique anglophone, grâce à ses universités bien classées.
    • Le Maroc et la Tunisie sont des hubs pour l’Afrique francophone, attirant par la qualité de leurs grandes écoles (ingénierie, gestion, médecine), le coût compétitif de la vie, des études et des critères d’accès plus souples que l’espace Schengen.
    • Le Sénégal et le Ghana attirent massivement les étudiants des pays voisins d’Afrique de l’Ouest.

    Cette mobilité interafricaine est un pilier fondamental de l’intégration continentale. Elle favorise le développement d’un réseau de compétences proprement africain, limite la fuite définitive des cerveaux vers l’Occident et renforce les partenariats économiques Sud-Sud. Cependant, le défi de la liberté de circulation des personnes reste à relever. Cette question est souvent réaffirmée comme primordiale pour les États africains mais sa mise en œuvre semble s’être toujours heurtée au manque de volonté politique. 

    Concilier la mobilité avec les impératifs de sécurité

    L’argument sécuritaire et la peur du contournement migratoire sont souvent avancés pour justifier la rigidité des contrôles. Pourtant, une gestion moderne et rationnelle permet d’allier parfaitement les deux. En accordant par exemple des visas de 2 à 5 ans aux professionnels ayant un historique économique vérifié (brevets, statuts d’entreprise, comptes bancaires) sécurise le flux tout en libérant la mobilité. 

    En réalité, l’attractivité universitaire et la mobilité des décideurs sont les deux piliers d’une même stratégie. Un pays ne peut pas prétendre rayonner sur son continent si ses procédures administratives traitent les investisseurs de ce même continent avec suspicion.

    Faciliter la mobilité interafricaine est le signal politique le plus fort pour consolider un ancrage continental performant et préserver son rayonnement régional et dynamiser ses échanges. 

    La mobilité des décideurs et des acteurs économiques : un levier de souveraineté et d’intelligence stratégique  

    Si la mobilité des étudiants prépare l’avenir, la libre circulation des décideurs, investisseurs et cadres supérieurs constitue le moteur immédiat de la croissance continentale. Et, pour tout État soucieux de consolider son ancrage africain, fluidifier le déplacement de ces acteurs ne relève pas d’une concession administrative, mais d’un acte souverain d’intelligence économique pour trois raisons majeures : 

    . La confiance commerciale se bâtit « sur le terrain » 

    Le monde des affaires en Afrique repose historiquement sur le contact direct, la négociation en présentiel et la construction de relations de confiance à long terme. Des barrières administratives ou des délais élevés poussent les entrepreneurs vers des pays plus agiles. 

    . Le développement des chaînes de valeur régionales 

    L’ancrage continental ne se limite pas à exporter des produits finis. Il passe par la création de co-entreprises, le conseil, la maintenance industrielle, l’audit et la formation. Une mobilité bloquée, c’est une chaîne de valeur paralysée. 

    . La valorisation des hubs de services (Santé, Tech, Finance) 

    La Tunisie excelle dans des secteurs, comme le tourisme médical, mais un accès lent au territoire pousserait patients et médecins vers des destinations concurrentes.

    Le Contrôle des entrées à des fins touristiques

    Pour les arrivants en provenance de certains pays à des fins touristiques, des mesures de vérification des conditions de séjour pourraient être envisagées. Celles-ci pourraient inclure la présentation d’une garantie financière suffisante pour couvrir les dépenses liées à la durée du séjour, ainsi que la détention d’un billet de retour confirmé. L’Italie a appliqué cette mesure envers les Tunisiens dans les années 1990, avant l’imposition du visa.

    La gestion de l’immigration

    La complexité des dynamiques migratoires contemporaines exige une gouvernance à la fois plus lisible, plus réactive et solidement ancrée dans la réalité des faits. L’organisation actuelle, marquée par un éparpillement des compétences entre plusieurs structures, ne permet plus de répondre de manière optimale à ces défis.

    A l’instar des modèles de gestion appliqués dans de nombreux pays d’accueil, il serait opportun de créer une « Direction de l’Immigration » au Ministère de l’Intérieur, parce qu’il est le seul à disposer d’un réseau d’administration territoriale décentralisé (gouvernorats, délégations, commissariats) capable d’assurer un accueil physique et opérationnel du public étranger sur l’ensemble du territoire national. Cette centralisation vise à rationaliser l’action publique et à garantir une cohérence dans la gestion globale de la mobilité :

    • Mettre en œuvre la politique nationale en matière d’immigration en veillant à l’équilibre entre la souveraineté sécuritaire, la facilitation de la mobilité interafricaine légale et les engagements internationaux.
    • Gérer les affaires des étrangers en Tunisie : Centraliser l’instruction et la délivrance des titres de séjour, des permis de travail et des procédures administratives connexes.
    • Entreprendre des études sur l’immigration/Emigration : Mener des études sur les migrations et soutenir la communauté scientifique, afin de doter les décideurs de données fiables, objectives et indispensables pour bâtir une politique migratoire prospective.
    Les axes de la lutte contre l’immigration irrégulière 

    Pour consolider les actions de l’Etat, les suggestions suivantes pourraient être utiles :  .

    • Distinguer l’interception des arrivants du traitement du stock : Il convient de différencier les mesures opérationnelles visant à stopper les afflux aux frontières des procédures administratives et juridiques requises pour traiter la situation des étrangers résidant déjà sur le territoire national en situation irrégulière.
    • Assurer la célérité des procédures d’expulsion : Activer les procédures de reconduite à la frontière pour les étrangers en situation irrégulière dès la constatation de leur entrée ou de leur maintien clandestin sur le territoire national.
    • Empêcher le glissement vers l’illégalité : Lutter contre la transformation d’une entrée légale en un séjour illégal après l’expiration de la période autorisée.
    • Encadrer la régularisation des situations : Mettre en place des mécanismes pour mettre fin aux séjours illégaux et de sorte que la « régularisation » soit l’exception et non la règle. A cet égard, le principe de base est que toute personne entrée clandestinement ou ayant dépassé la durée de son séjour légal n’a pas le droit d’obtenir des documents officiels de séjour, sauf dans des cas très spécifiques. Pour cela, il est important d’établir une liaison numérique entre les données d’entrée aux frontières et les données des demandes de régularisation de séjour.

    Conclusion 

    La Tunisie est aujourd’hui confrontée à un défi crucial : maîtriser les afflux d’immigration irrégulière tout en consolidant son intégration au sein du continent africain. Dans cette perspective, la valorisation du pôle académique national ne constitue qu’une première composante d’une stratégie plus large de facilitation de la mobilité interafricaine légale. Loin d’être contradictoires, la fermeté sécuritaire et l’ouverture partenariale exigent une politique publique globale et équilibrée. En articulant contrôle souverain et fluidité des échanges, la Tunisie affirmera son rôle de carrefour régional. Elle posera ainsi les bases d’une mobilité interafricaine maîtrisée et mutuellement bénéfique, clé de voûte de son influence économique, culturelle et diplomatique sur le continent africain. »

    BIO EXPRESS

    Ali Labib est universitaire (enseignant à la Faculté des Lettres de Manouba 1984-2010) et chercheur en migrations. Chef du Service des Etudes, Office des Tunisiens à l’Etranger. Chef du Département des Migrations, Organisation Arabe du Travail, Bagdad . Expert à l’Unité de Recherche en Matière de Migrations, Ligue des Etats Arabes, Tunis

    Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.

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    2 commentaires

    1. Gg

      Répondre
      5 août 2026 | 16h52

      « ….aucun État disposant de frontières terrestres ne peut mettre fin aux flux migratoires irréguliers, quelles que soient la rigueur de sa législation et l’intensité de ses dispositifs de contrôle. »
      C’est faux.
      En Europe, la Pologne, la Suède, le Danemark et, dans une moindre mesure l’Italie, y parviennent très bien.
      Surtout la Pologne.
      Ce sont des états qui savent être fermes, c’est tout.

    2. Tunisie – Afrique authentiquement démocratiques sans ingérances pompes Afrique et toutes azimutées via 2063 agendas pompafreaKS :

      Répondre
      5 août 2026 | 16h25

      Cette Tunisie-Afrique là : finir avec l’instrumentalisation Kriminelle françalgériatrique et euroroublarde des exilé.e.s subsaharien.ne.s via transaKSions Qômcentrations milichiens-milichiias afrocentriKS par frêts entiers, bâteaux ratisseurs Koncierges sous verrins italiens, convois entiers frontaliers libyano-francalgériatriKS ET faciliter enfin efficiemment la mobilité interafricaine GAGNANTE- GAGNANTE en incontournables ressources matérielles primaires comme rares essentielles et ressources humaines dignement traitées.

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