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Tunisie : la consommation de cannabis chez les lycéens augmente

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Par Rabeb Aloui

    Les indicateurs relatifs à la consommation de drogues en Tunisie sont en nette progression, particulièrement chez les jeunes. C’est ce qu’a révélé, mercredi 5 août 2026, le responsable du dossier des addictions au ministère de la Santé, le Dr Nabil Ben Salah, lors de son intervention dans l’émission Yaoum Saïd sur les ondes de la Radio nationale.

    Le responsable a fait état d’une augmentation marquée de la consommation de stupéfiants dans le milieu scolaire. Selon les dernières données disponibles, la proportion d’élèves âgés de 15 à 17 ans  scolarisés en première et deuxième années du secondaire ayant déclaré consommer du cannabis est passée de 1,5 % à 7,9 % en quelques années. La consommation de comprimés psychotropes suit la même tendance, avec une hausse de 7 % à 14 % au sein de cette tranche d’âge.

    Au-delà de ces chiffres, Dr Ben Salah a indiqué que la prévalence de la consommation de drogues en Tunisie est actuellement estimée entre 5 % et 6 % de la population, un niveau comparable à celui observé dans plusieurs pays de la région. Une nouvelle enquête nationale, qui concernera les personnes âgées de 15 à 65 ans, sera lancée l’année prochaine afin d’actualiser les données et de mieux mesurer l’évolution du phénomène.

    Pour le responsable, la société assiste aujourd’hui à une forme de banalisation de la consommation de drogues, ce qui impose une réponse globale dépassant la seule approche sécuritaire. Il a rappelé que les pouvoirs publics considèrent cette question comme un enjeu majeur de santé publique, tout en soulignant l’importance du rôle des forces de sécurité dans la lutte contre les réseaux de trafic.

    La stratégie nationale repose ainsi sur deux volets complémentaires. Le premier consiste à réduire l’offre en intensifiant les opérations menées par les services de la Douane et du ministère de l’Intérieur afin de lutter contre l’importation et la circulation des stupéfiants. Le second vise à diminuer la demande grâce à la prévention, à l’éducation et à la sensibilisation, notamment auprès des jeunes.

    Dans ce cadre, les ministères de la Santé et de l’Éducation élaborent actuellement un guide pédagogique destiné aux établissements scolaires. Ce document servira à former les enseignants et les encadrants afin qu’ils puissent mieux détecter les situations à risque, accompagner les élèves et renforcer les actions de prévention dès le plus jeune âge. Dr Ben Salah a également insisté sur le rôle essentiel des familles dans la sensibilisation des enfants et a rappelé que la consommation de certaines substances pendant la grossesse peut entraîner des conséquences graves pour le développement du fœtus.

    Selon lui, les premiers cas de dépendance apparaissent parfois dès l’âge de 12 à 15 ans, tandis que les personnes suivies pour addiction peuvent être âgées de 12 à 40 ans. Il a également attiré l’attention sur les addictions à l’alcool et au tabac, qui nécessitent elles aussi un accompagnement médical spécialisé.

    Le responsable a indiqué que le Conseil national de sécurité a fait de la lutte contre les drogues une priorité en adoptant un plan national dédié. Parallèlement, le ministère de la Santé poursuit le développement de son réseau de consultations spécialisées en addictologie. Des structures sont déjà opérationnelles dans plusieurs établissements hospitaliers et des consultations sont désormais disponibles dans 18 gouvernorats. De nouvelles unités doivent prochainement ouvrir dans les gouvernorats de l’Ariana et de La Manouba, cette dernière devant également proposer un traitement par méthadone destiné aux personnes dépendantes aux opioïdes.

    Dr Ben Salah a rappelé que 40 à 50 % des personnes souffrant d’une addiction présentent également un trouble psychiatrique, appelant les personnes concernées à consulter rapidement un psychiatre ou un spécialiste en addictologie afin de bénéficier d’une prise en charge adaptée. Il a également indiqué que le ministère avait pris des mesures disciplinaires contre certains médecins et pharmaciens impliqués dans la délivrance irrégulière de médicaments à potentiel addictif, tout en précisant que ces traitements demeurent indispensables pour de nombreux patients lorsqu’ils sont prescrits et utilisés dans un cadre médical strict.

    R.A.

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