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Il est encore possible de redevenir le président de tous les Tunisiens

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Par Sofiene Ben Hamida

    Par Sofiene Ben Hamida

    Le pays est dans un état lamentable ! Ce n’est pas une exagération de le dire.

    On aurait aimé parler de notre pays autrement, avec des mots plus doux en rapport avec notre douce Tunisie, celle que nos parents ont connue et celle que nous continuons à rêver. Mais la réalité est têtue. Tous les fards, tous les filtres ne sauraient embellir ou masquer la situation actuelle du pays : la Tunisie est dans un état lamentable. C’est un pays à la dérive comme une embarcation en plein tumulte qui espère trouver un capitaine capable de redresser la barre et l’amener saine et sauve jusqu’au rivage.

    Des rêves de révolution à la simple quête de quiétude

    Remarquons que nous avons revu nos aspirations et nos rêves à la baisse. Fini les ambitions démesurées générées par la révolution.

    Finis les espoirs du plein emploi pour les centaines de milliers de jeunes Tunisiens dont, pour beaucoup, les diplômes n’ont servi qu’à accentuer leur frustration.

    Fini le rêve de la liberté totale, épanouissante et accessible à l’ensemble de la population. Enfin, fini la chimère d’une dignité individuelle et nationale pourchassée par des générations successives de Tunisiens et qu’on croyait désormais à portée de main après la révolution.

    Maintenant, les aspirations des plus optimistes d’entre nous se limitent à atteindre sains et saufs le rivage, à sentir un soupçon de quiétude et éviter l’arbitraire érigé en système.

    Cinq ans de pouvoir absolu, un bilan qui déçoit

    La question est de savoir comment avons-nous laissé le pays se délabrer à ce point ? Comment nous n’avons pas pu faire face à la déliquescence des institutions, de la politique, de l’économie et du cadre de vie des populations ? Mais surtout, comment et pourquoi le président de la République Kaïs Saïed n’a pas réussi, ou n’a pas voulu, redresser la barre du pays et a laissé le radeau chavirer au gré des ambitions des nouveaux loups à l’intérieur et des convoitises des puissants voisins à l’extérieur ? Pourtant, il avait été plébiscité au début et suscité tous les espoirs. Seulement après sept ans de pouvoir et cinq ans de pouvoir absolu, il est clair que le bilan du président Kaïs Saïed n’est pas seulement négatif mais surtout décevant.

    Il est vrai qu’il avait hérité d’une situation difficile. Mais il n’a pas réussi à rendre la situation du pays meilleure depuis. Pire, le pays a régressé sur tous les plans au point de donner des couleurs rosâtres à une décennie dite noire. En effet, depuis le 25 juillet 2021, Kaïs Saïed a accaparé tous les pouvoirs et s’est donné, grâce à une constitution écrite sur mesure, des pouvoirs pharaoniques.

    Mais les Tunisiens n’ont senti aucune amélioration de leur quotidien. Au contraire, le pouvoir absolu octroyé au président a fait basculer le régime politique d’un régime bicéphale hybride vers un régime totalitaire et arbitraire. Ce basculement fait du président de la République le seul responsable de toutes les lacunes, de tous les problèmes et de tous les maux du pays.

    La dernière chance de redresser la barre

    Mais tout n’est pas encore définitivement perdu. Le président Kaïs Saïed peut encore redresser la barre du pays profitant des trois dernières années de son mandat.

    Il lui suffit de mettre en place les institutions essentielles pour le bon fonctionnement du pays notamment la Cour constitutionnelle et le Conseil supérieur de la magistrature, d’abolir les décrets liberticides, de libérer tous les prisonniers politiques et d’ouvrir un débat national avec tous les partenaires politiques, les organisations nationales et les associations de la société civile.

    Il lui suffit aussi de faire confiance aux spécialistes et experts économiques pour mettre en place un plan de redressement économique et social dont les résultats se feront sentir dans l’immédiat et à moyen terme.

    Il lui suffit surtout de se débarrasser de ses illusions de construction de base, de réconciliation pénale et des sociétés communautaires.

    Il lui suffit enfin de bannir le discours de division, d’invective et du complot.

    Bref, il lui suffit de redevenir le président de tous les Tunisiens.

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    10 commentaires

    1. A4

      Répondre
      10 août 2026 | 19h36

      Au roi des échecs:

      LA DIAGONALE DU FOU
      Ecrit par A4 – Tunis, le 16 Juillet 2023

      Comme sur un banal échiquier
      Où pions, tours et reines se côtoient
      Il y a de quoi être inquiet
      Quand un fou se prend pour le roi

      Un fou instable qui s’agite
      Qui s’excite à mort, se déchaîne
      Ne connaissant pas de limites
      Ne nous épargnant aucune peine

      Un fou qui devient fou à lier
      Qui se croît au dessus de tout
      Pour occuper seul l’échiquier
      Et être l’unique manitou

      Un fou au regard arrogant
      Prisonnier de sa diagonale
      Qui voudrait bien en zigzagant
      Nous cacher sa haine viscérale

      Et le voilà qui se défoule
      Qu’il écrase tout sur son chemin
      Qu’il entre en transe, qu’il perd la boule
      Qu’il s’en prend aux pions blancs et bruns

      Et c’est la diagonale du fou
      Qui s’allonge et qui s’étire
      Sans barrière ni garde-fou
      Pour atteindre le délire

      C’est une diagonale immense
      Qui se fracasse sur les bords
      Qui ne connait aucun bon sens
      Aucun regret, aucun remords

      Une diagonale infernale
      Où il n’y a que des cases noires
      Où des tactiques prises pour géniales
      Nous plongeront dans du brouillard

      Mais à la tombée de la nuit
      Notre fou se brisera le bec
      Et on ne retiendra de lui
      Que c’était le roi … des échecs !

    2. L'internaute tunisien

      Répondre
      10 août 2026 | 11h35

      Vous lui demandez de se donner la mort ainsi. Pas facile qu’il tienne de votre conseil

    3. HatemC

      Répondre
      10 août 2026 | 10h55

      Attendre d’un dirigeant qui a méthodiquement démantelé les contre-pouvoirs (dissolution du Parlement, réécriture de la Constitution, mise sous tutelle de la justice) qu’il restaure la démocratie de son propre chef relève de la naïveté politique ou d’une stratégie de prudence éditoriale.

      Proposer à un idéologue d’abandonner ses projets phares (entreprises communautaires, réconciliation pénale) équivaut à lui demander de renier l’essence même de son projet politique.
      En présentant ce virage comme un simple choix personnel à la portée du président, l’article occulte la nature systémique de la consolidation du pouvoir autoritaire.

      NON IL FAUT LE VIRER COMME EN SON TEMPS BENALI, ….

      Dans un régime où la Constitution de 2022 a supprimé les équilibres institutionnels et où l’opposition est neutralisée par le décret 54, la dynamique naturelle du pouvoir pointe vers sa perpétuation, non vers sa concession.

      La dimension géopolitique régionale :
      Le facteur algérien joue un rôle déterminant. Alger privilégie la stabilité sécuritaire et l’alignement stratégique à ses frontières directes. Une expérience démocratique florissante à Tunis a toujours été perçue par le pouvoir algérien comme un risque de contamination démocratique pour sa propre jeunesse (rappel de l’épisode du Hirak).

      La transition démocratique tunisienne post-2011 a longtemps été un sujet d’inquiétude pour le régime algérien. L’émergence du Hirak en Algérie en 2019 a ravivé la crainte qu’un modèle démocratique maghrébin ne vienne contester la légitimité du système politique algérien.

      L’article dresse un diagnostic lucide du désastre socio-économique, mais chute dans sa conclusion en proposant une porte de sortie théorique déconnectée des logiques réelles du pouvoir en place.

    4. Tunisino

      Répondre
      10 août 2026 | 10h00

      dont les résultats se feront sentir dans l’immédiat et à moyen terme: et le LONG terme cher littéraire! Scientifiquement, on part du long terme vers le moyen terme vers le court terme pour la planification, à l’envers du sens de l’exécution. Vous comprenez ainsi pourquoi les littéraires, en particulier Saied, sont mauvais pour gérer les affaires des tunisiens! La culture littéraire est trop philosophique, trop anarchique, et trop lente pour rendre la Tunisie un pays avancé, au contraire elle ne peut que la rendre un pays nul.

    5. Moez Torki

      Répondre
      9 août 2026 | 20h10

      Appeler Kaïs Saïed à « revenir en arrière », à restaurer les institutions de l’après-2011 ou à renouer avec les compromis politiques classiques revient à méconnaître la logique même du système qu’il a construit.

      La Constitution de 2022 n’est pas une simple parenthèse institutionnelle : elle consacre une rupture avec le modèle de 2014 et donne un cadre juridique à une conception du pouvoir, de la représentation et de la relation entre l’État et le citoyen sensiblement différente de celle consacrée par la Constitution de 2014. La « société de droit », la construction par la base, l’affaiblissement des corps intermédiaires et la relation directe avec les citoyens procèdent d’une même logique.

      Dès lors, demander au président d’abandonner les sociétés communautaires, la réconciliation pénale ou la construction par la base pour revenir aux mécanismes de l’après-2011, ce n’est pas lui demander un simple compromis. C’est lui demander de renoncer au projet politique qui fonde son action depuis le 25 juillet 2021.

      Autrement dit, le véritable débat n’est plus de savoir comment revenir au système précédent, mais de savoir jusqu’où ira le système nouveau et quelles en seront, à terme, les limites et les garanties.

      Pour autant, l’histoire politique de la Tunisie ne s’arrête ni à un homme ni à une doctrine. L’expérience actuelle, avec ses blocages, ses contradictions et ses difficultés économiques et sociales, finira par faire mûrir une nouvelle conscience collective. La société civile, la jeunesse et le tissu intellectuel, loin d’être anéantis, continuent d’observer, de questionner et d’emmagasiner les leçons des échecs de la décennie 2011-2021 comme de la période actuelle.

      L’après-Kaïs Saïed ne sera probablement ni un simple retour au passé ni la prolongation à l’identique du présent. Il pourrait être l’occasion de construire, avec davantage de recul, un modèle tunisien plus équilibré, capable de conjuguer l’efficacité de l’État et des réformes économiques réelles avec la pluralité politique, les contre-pouvoirs et la garantie pleine et entière des libertés individuelles.

    6. Hannibal

      Répondre
      9 août 2026 | 19h30

      @SBH, Bon retour !
      J’admire votre optimisme.
      Il suffit, il suffit, il suffit, …
      Il suffit de changer de gouvernance, tout simplement.

    7. Fares

      Répondre
      9 août 2026 | 18h44

      With great power comes great responsibility

      However when you allow a bunch of irresponsible new comer(s) to seize all powers, then you only have yourself to blame.

      Je ne partage pas votre optimisme quand à un retour à la raison: كان فلح راهو من نبارح

      Bon retour!

    8. Roberto Di Camerino

      Répondre
      9 août 2026 | 17h31

      L’indépendance de la justice… selon Kaïs Saïed

      Voilà donc que l’État nous explique, avec une avalanche de références constitutionnelles et de textes juridiques, que la justice tunisienne est indépendante.

      Il fallait oser.

      On nous récite la Constitution, les garanties statutaires des magistrats, les instruments internationaux, la protection de leur carrière et de leurs fonctions… Bref, sur le papier, tout serait magnifique. La justice serait indépendante, les magistrats seraient protégés et l’État de droit fonctionnerait comme une horloge.

      Mais de quelle Tunisie parle-t-on ?

      Car il existe une différence fondamentale entre proclamer l’indépendance de la justice dans des textes et laisser réellement les juges exercer leur métier sans pression, sans intimidation et sans intervention du pouvoir exécutif.

      Depuis l’arrivée de Kaïs Saïed au pouvoir, la question n’est plus de savoir ce que disent les textes. Elle est de savoir ce qu’est devenue la justice dans la pratique.

      Un président qui concentre progressivement les pouvoirs, qui s’arroge une influence considérable sur les institutions, qui dissout le Conseil supérieur de la magistrature et qui intervient directement ou indirectement dans le fonctionnement de l’appareil judiciaire peut difficilement venir ensuite nous expliquer, la main sur le cœur, que « la justice est indépendante ».

      Ce n’est pas de l’argumentation juridique. C’est de la mise en scène.

      On peut empiler les articles de Constitution, les conventions internationales et les garanties statutaires jusqu’à remplir des bibliothèques. Si, dans la réalité, les magistrats travaillent sous la menace de sanctions, de révocations ou de poursuites et si les décisions judiciaires deviennent suspectes aux yeux d’une partie croissante de la population, alors l’invocation obsessionnelle des textes ne sert qu’à habiller la réalité d’un vernis juridique.

      L’indépendance de la justice ne se mesure pas au nombre de paragraphes qui la garantissent.

      Elle se mesure à une chose beaucoup plus simple : un juge peut-il rendre une décision défavorable au pouvoir en place sans craindre pour sa carrière, sa liberté ou son avenir ?

      C’est cette question que le pouvoir devrait avoir le courage de poser.

      Et surtout, d’y répondre.

      Car une justice réellement indépendante n’a pas besoin que le président vienne périodiquement nous expliquer qu’elle l’est.

      Elle le démontre par ses actes.

      Le problème de la Tunisie aujourd’hui n’est donc pas l’absence de textes proclamant l’indépendance de la justice.

      C’est l’écart abyssal entre ces textes et la réalité politique.

      À force de gouverner par les proclamations, les accusations et les discours, on finit par confondre l’État de droit avec le droit de l’État.

      Et c’est précisément là que commence le danger.

      • Moez Torki

        Répondre
        9 août 2026 | 20h02

        La bascule de l’État de droit vers le droit de l’État n’est pas un dérapage accidentel : elle s’inscrit dans la logique même du projet de Kaïs Saïed.
        Dans le préambule de la Constitution de 2022, le pouvoir ne théorise pas seulement l’État de droit, mais lui substitue la notion de « Société de droit ».
        En apparence noble, ce concept déplace le centre de gravité de la garantie juridique : la règle n’est plus seulement conçue comme une limite à la puissance publique destinée à protéger le citoyen et les institutions, mais comme une norme que la collectivité doit intérioriser et faire respecter elle-même. Dès lors que les contre-pouvoirs sont affaiblis et que l’indépendance institutionnelle de certaines autorités est réduite au nom de la « volonté du Peuple », le droit tend à se confondre avec la volonté de l’État.
        Le droit cesse alors progressivement d’être un bouclier contre l’arbitraire pour devenir un instrument de l’action du pouvoir. La bascule de l’« État de droit » vers le « droit de l’État » apparaît ainsi moins comme une dérive imprévue que comme l’une des conséquences logiques de cette conception de la « Société de droit ».

        • Benhassine

          Répondre
          13 août 2026 | 18h38

          Honnêtement mr SBH vous pensez sérieusement qu’il est possible
          Je ne crois absolument pas meme vous
          Îl n’a aucun indice pour espérer

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