La crise de l’eau s’est encore aggravée en Tunisie au mois de juillet 2026. Alors que le pays traverse une nouvelle séquence de fortes chaleurs et que la pression sur les ressources hydriques s’intensifie. L’Observatoire tunisien de l’eau a recensé 608 signalements citoyens, un niveau présenté comme record et révélateur de l’ampleur de la crise.
Selon les données de la « Carte de la Soif » publiée par l’Observatoire, 549 signalements concernaient des coupures ou des perturbations non annoncées de l’approvisionnement en eau potable. Un chiffre particulièrement préoccupant dans un contexte où la Tunisie fait face à un stress hydrique structurel, aggravé par la succession des épisodes de sécheresse et la hausse des températures.
La crise ne s’est toutefois pas limitée aux interruptions de l’approvisionnement. L’Observatoire a également recensé 34 mouvements de protestation citoyenne organisés pour revendiquer l’accès à l’eau, ainsi que 13 signalements de fuites sur le réseau et 12 alertes relatives à la qualité de l’eau.
La répartition géographique des signalements a également fait apparaître une évolution de la « Carte de la Soif » . En juillet, les régions côtières et le Cap Bon ont figuré parmi les territoires les plus affectés, dans un contexte marqué par l’afflux estival de la population et des touristes et par une pression accrue sur les réseaux.
Nabeul a enregistré 65 signalements, devant Monastir avec 62, Mahdia avec 51 et Sousse avec 49.
Ces chiffres illustrent une équation de plus en plus difficile à gérer : durant l’été, la demande en eau augmente fortement au moment même où les ressources disponibles restent sous pression.
À cette situation structurelle se sont ajoutées, au cours de l’été, les perturbations liées au réseau électrique. Les délestages opérés par la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg) ont notamment provoqué des interruptions dans le fonctionnement de certaines installations hydrauliques, avec pour conséquence des perturbations de la distribution de l’eau dans plusieurs zones.
Dans certains cas, les coupures d’électricité ont ainsi entraîné des interruptions ou des perturbations de l’alimentation en eau potable pouvant durer plusieurs heures, ajoutant une crise à une autre. Le phénomène a mis en évidence l’interdépendance croissante entre les deux réseaux : lorsque l’électricité est interrompue, le pompage et certaines opérations nécessaires à l’acheminement de l’eau peuvent également être affectés.
Pour l’Observatoire tunisien de l’eau, l’accumulation de ces signalements ne peut plus être considérée comme une succession d’incidents isolés. Elle traduit une pression durable sur le système d’approvisionnement en eau potable.
La Tunisie doit en effet composer avec une disponibilité limitée de ses ressources hydriques, une demande qui augmente fortement pendant la saison estivale, des infrastructures vieillissantes et des pertes sur les réseaux. Les effets du changement climatique viennent encore accentuer cette vulnérabilité.
Les 608 signalements enregistrés en juillet constituent ainsi un nouveau marqueur de la crise hydrique que traverse le pays. Ils témoignent également d’un mécontentement croissant des citoyens confrontés à des coupures parfois non annoncées et à des difficultés d’accès à une ressource essentielle.
Face à cette situation, l’Observatoire a appelé à dépasser les réponses ponctuelles et à engager une gestion « durable et équitable » des ressources hydriques. Car derrière les chiffres de juillet se dessine une réalité désormais difficile à ignorer : en Tunisie, l’accès à l’eau est devenu l’un des principaux enjeux environnementaux, sociaux et économiques de l’été.

N.J










