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Éclipse solaire : pourquoi le ciel s’assombrit-il

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    La Tunisie vivra ce mercredi 12 août 2026 un rendez-vous astronomique particulièrement spectaculaire. À partir d’environ 18h40, le Soleil commencera à être progressivement masqué par la Lune, offrant aux Tunisiens une éclipse solaire partielle visible en fin de journée. Le phénomène ne sera pas identique partout dans le pays : son ampleur variera selon la région, avec une occultation plus importante dans le nord-ouest. À Tunis, le début est prévu vers 18h41, avec un maximum autour de 19h11, tandis que l’éclipse prendra fin peu après 19h.

    Ce n’est évidemment pas la première éclipse que les Tunisiens peuvent observer, mais chaque passage de la Lune devant le Soleil constitue un événement astronomique qui suscite les mêmes interrogations : comment est-il possible que la Lune, pourtant beaucoup plus petite que le Soleil, puisse le cacher presque entièrement ? Pourquoi le phénomène n’est-il pas visible partout sur Terre de la même manière ? 

    Pour comprendre une éclipse solaire, il faut d’abord imaginer les trois principaux acteurs du phénomène, le Soleil, la Lune et la Terre. Le Soleil est situé à environ 150 millions de kilomètres de la Terre et possède un diamètre près de 400 fois supérieur à celui de la Lune. Mais la Lune est également environ 400 fois plus proche de nous que le Soleil. Cette extraordinaire coïncidence géométrique fait que, vus depuis la Terre, les deux astres présentent dans le ciel des dimensions apparentes relativement proches.

    Lorsque la Lune passe entre la Terre et le Soleil, elle peut donc se placer exactement ou presque exactement devant le disque solaire. Elle projette alors son ombre sur une partie de la surface terrestre. C’est cette rencontre entre l’ombre de la Lune et la Terre que nous appelons une éclipse solaire.

    Il existe toutefois une différence fondamentale entre une éclipse totale et une éclipse partielle. Lors d’une éclipse totale, la Lune recouvre entièrement le disque brillant du Soleil pour les observateurs situés dans une bande relativement étroite à la surface de la Terre. Le ciel peut alors s’assombrir de manière spectaculaire et la couronne solaire, normalement noyée dans l’éclat du disque solaire, devient visible.

    Le 12 août 2026, cette éclipse sera totale dans certaines régions du monde, notamment en Espagne, en Islande, au Groenland et dans une partie de la Russie. La Tunisie se trouve en dehors de la trajectoire de totalité  les observateurs tunisiens verront donc une éclipse partielle. La NASA confirme que l’Afrique du Nord fera partie des régions où l’éclipse sera visible sous cette forme.

    En Tunisie, la situation sera d’autant plus particulière que le phénomène se produira alors que le Soleil sera déjà très bas sur l’horizon, à proximité de son coucher. Cela donnera au spectacle une dimension visuelle inhabituelle, un Soleil couchant dont une partie du disque sera masquée par la Lune. Dans le nord-ouest du pays, l’occultation sera particulièrement importante. À Tabarka, par exemple, près de 60 % du disque solaire pourra être masqué selon les données disponibles.

    Mais une question demeure : si la Lune cache une partie du Soleil, pourquoi ne peut-on pas simplement regarder le phénomène quelques secondes à l’œil nu ?

    C’est précisément là que se trouve le principal danger des éclipses solaires. Une éclipse partielle ne diminue pas suffisamment la luminosité du Soleil pour rendre son observation directe sûre. Même lorsqu’une grande partie du disque solaire est masquée, la portion restante continue d’émettre une quantité considérable de rayonnement.

    Le problème ne vient pas uniquement de la sensation d’éblouissement. L’œil humain possède une capacité remarquable à concentrer la lumière sur la rétine, la fine couche de cellules située au fond de l’œil et responsable de la transformation de la lumière en signaux nerveux transmis au cerveau. Lorsque l’on fixe le Soleil, le cristallin concentre son rayonnement sur une toute petite zone de la rétine. Une exposition suffisamment intense peut alors provoquer une lésion appelée rétinopathie solaire.

    Le piège est particulièrement dangereux parce que la rétine ne possède pas de récepteurs de douleur. Autrement dit, l’œil peut être en train de subir une lésion alors que la personne ne ressent pas immédiatement de douleur. La baisse de vision ou les anomalies visuelles peuvent apparaître plus tard, une fois l’exposition terminée. Dans certains cas, les dommages peuvent être permanents.

    C’est pourquoi le caractère partiel d’une éclipse ne constitue absolument pas une protection naturelle. Au contraire, pendant une éclipse partielle, il n’existe jamais de phase durant laquelle le Soleil peut être regardé directement sans protection spécialisée. La NASA rappelle explicitement que l’observation directe d’une éclipse partielle ou annulaire sans protection adaptée n’est jamais sûre.

    Les lunettes de soleil ordinaires ne constituent donc pas une solution. Même très foncées, elles ne sont pas conçues pour filtrer le rayonnement solaire à un niveau permettant l’observation directe du Soleil. Il en va de même pour les lunettes superposées, les films photographiques, les verres fumés, les CD, les morceaux de verre ou d’autres méthodes artisanales souvent présentées comme des astuces d’observation.

    Pour regarder le Soleil, il faut utiliser un dispositif spécialement conçu pour l’observation solaire et répondant aux normes de sécurité appropriées. Les lunettes spéciales pour éclipses doivent être utilisées conformément aux indications du fabricant et ne doivent pas être confondues avec de simples lunettes teintées. La NASA recommande l’utilisation de lunettes d’éclipse certifiées ou d’un dispositif d’observation solaire sûr chaque fois qu’une partie du Soleil reste visible.

    Il existe également une manière de suivre le phénomène sans regarder directement le Soleil: la projection. Le principe est simple. Au lieu de faire parvenir le rayonnement solaire directement jusqu’à l’œil, on utilise un dispositif permettant de projeter une image du Soleil sur une surface. Cette méthode permet notamment d’observer la forme progressive de l’éclipse sans exposer directement la rétine au rayonnement solaire.

    Une autre idée reçue mérite d’être corrigée : une éclipse solaire n’est pas dangereuse parce que le Soleil deviendrait soudainement plus puissant. Le rayonnement du Soleil ne se transforme pas en quelque chose de nouveau pendant une éclipse. Le danger vient du fait que l’observateur regarde directement une source extrêmement lumineuse, et que la diminution apparente de sa luminosité peut donner une fausse impression de sécurité.

    Il faut également distinguer ce qui se passe en Tunisie de ce qui se produira dans la bande de totalité. Lors d’une véritable éclipse totale, une fois que le disque brillant du Soleil est entièrement recouvert par la Lune, les observateurs placés dans la trajectoire de totalité peuvent retirer momentanément leur protection pour admirer la totalité. Mais cette possibilité ne concerne que la très courte phase de totalité et uniquement les personnes situées dans la zone où le Soleil est effectivement entièrement masqué. Dès qu’une partie du disque solaire réapparaît, il faut immédiatement remettre la protection.

    R.A.

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