Cette semaine, les statistiques socioéconomiques devraient pleuvoir par ces temps de sécheresse et de canicule. L’arrosage a déjà commencé avec la publication des résultats du commerce extérieur des sept premiers mois de 2026 de l’Institut national de la statistique (INS). Ils ne sont pas fameux, loin de là : creusement du déficit commercial, recul du taux de couverture et surement une dégradation des termes de l’échange quand bien même l’INS ne publie plus les données de commerce extérieur à prix constant.
Un foisonnement de statistiques
Dans deux jours, l’INS devrait livrer les résultats de la croissance et de l’emploi trimestriels et semestriels. Dans la foulée, la Banque centrale de Tunisie (BCT) va publier son « Périodique de conjoncture », n’attendant d’ailleurs que les données de l’INS précitées pour le faire. L’institut d’émission devrait diffuser également son « Bulletin de statistiques financières » couvrant la 1er semestre 2026, accompagné du Supplément mensuel de statistiques financières du mois de juillet 2026 et probablement dans le même temps de son « Bulletin de paiement » inhérent au 1er semestre 2026. Autant dire du pain béni pour la communauté des économistes et au-delà pour tous les acteurs de l’économie, de la finance. Enfin, après la disette de ces derniers mois durant lesquels il a fallu se suffire des statistiques mensuels d’inflation et de commerce extérieur de l’INS et des communiqués émanant des réunions mensuelles du Conseil d’administration de la BCT pour se faire une idée, forcément très partielle, de l’évolution économique du pays. Il fut un temps, pas si lointain, où les publications de l’INS étaient bien plus abondantes permettant de dégager une vision plus fine de la situation économique du pays. L’exemple le plus récent se rapporte aux « Indices des prix de l’immobilier ». À leur création, ces indicateurs étaient publiés en même temps que ceux de la croissance, de l’emploi et du chômage. Ce n’est que le 8 juillet 2026 que l’INS a publié ces indices… du 4e trimestre 2025, alors même qu’il devrait fournir incessamment les indices de prix de l’immobilier du 2e trimestre 2026. Deux trimestres de retard rendant obsolètes ces statistiques dans la prise de décision des acteurs de l’immobilier du pays.
Certes, on va assister à un foisonnement de statistiques économiques et financières, sauf que le tableau traçant la situation et les performances de l’économie tunisienne est incomplet. Il lui manque ce qui demeure encore et toujours la première préoccupation du gouvernement, sa priorité absolue : l’état des finances publiques, de budget et de dette.
Une statistique qui manque et tout est dépeuplé
Le ministère des Finances ne semble pas vouloir publier l’état d’exécution du budget de l’État. Ni les statistiques mensuelles qui devraient être publiées à la fin de chaque mois pour le mois qui précèdent et cela en vertu des « Normes spéciales de diffusion des données (NSDD) » auxquelles a adhéré le pays à la fin des années 1990. Il est vrai que ces normes ont été édictées par la Fonds monétaire international (FMI) et comme le pays n’a plus eu de contact avec l’institution multilatérale de financement depuis 2021, le ministère des Finances semble avoir pris ses aises vis-à-vis de cette obligation.
En revanche, fera-t-il preuve de la même attitude à l’égard de la représentation nationale ? L’article 62 de la loi organique 2019-15 relative au budget indique dans son 3e alinéa que « le gouvernement présente à l’Assemblée des représentants du peuple, après l’expiration du premier semestre de chaque année budgétaire, un rapport sur l’exécution du budget et sur l’application des dispositions de la loi de finances de l’année ». L’Exécutif passera-t-il outre cette obligation ? Cela est possible. Des événements récents le suggère. Il n’a pas répondu aux sollicitations de la commission des Finances de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) pour obtenir un tel rapport. Il n’a pas daigné se présenter devant la représentation nationale à l’occasion de la tenue d’une séance plénière consacrée à la gestion de la canicule et de ses effets sur le quotidien du tunisien et sur l’activité des entreprises.
Y aura-t-il une réponse du berger à la bergère de la part des élus de l’ARP dans l’hypothèses où ils décideraient de boycotter le gouvernement lorsque le projet de Loi de finances pour l’exercice 2027 viendrait à être examiné à l’ARP ou bien d’exiger au préalable un état de la situation budgétaire 2026 et le cas échéant de l’hypothèse d’un recours ou pas à une Loi de finances complémentaires.
En tout cas, cette rétention de l’information budgétaire de la part du gouvernement est plus que préjudiciable à un moment où les besoins de financement du budget sont les plus pressants, particulièrement des besoins de financements extérieurs. Les résultats budgétaires de 2025 avaient déjà le ton. Les bailleurs de fonds étrangers ne se bousculent plus au portillon du gouvernement, particulièrement lorsqu’il s’agit d’appui budgétaire. En 2025, seule l’Afreximbank aurait accordé un appui budgétaire conséquent à la Tunisie sans que, par ailleurs, l’on sache exactement à quelles conditions. La plupart des financements étrangers obtenus concernent « les emprunts extérieurs affectés » à des projets clairement identifiés ou des « prêts extérieurs rétrocédés aux entreprises publiques » avec la garantie de l’État. C’est le même scénario qui se profilerait pour l’année en cours.
Que dire alors pour l’année prochaine.











Commentaire
Mohamed Mabrouk
Merci cher monsieur pour ce travail remarquable de suivi du niveau de serieux des publications statistiques du pays.
J’ai eu comme eleves la majorité des ingenieurs statisticiens diplomés de l’ESSAI, dont une partie travaillent a l’INS ou dans les services statistiques des principales administrations: ministere des finances, bct…
Je peux temoigner de la difficulté a avoir des statistiques a jour, difficulté qui va, helas, en augmentant. Faut-il que la Tunisie, tellement fiere de « la leçon qu’elle a donné a l’univers » en termes de droit des peuples et en termes de « nouveau systeme universel plus juste », se fasse fouetter par le FMI pour pondre ses statistiques?
Je voudrais temoigner ici de l’importance cruciale d’avoir des statistiques serieuses et à jour pour les analystes economiques et financiers qui ont la difficile tache de la vulgarisation de leurs travaux et conclusions aupres des journalistes, des députés et du public, ce « peuple souverain » qui est confortablement installé, et sciemment, dans le flou des « issabet » cachées et responsables de tous nos maux.
Je temoigne aussi du degré du recul de la qualité de nos formations supérieures tant en statistiques qu’en economie ou en finance, consécutivement au recul de la qualité de nos statistiques publiques, alors qu’avancent les convictions complotistes ou s’installent la cacophonie, le desordre et la defiance de tous contre tous au lieu de la comprehension raisonnable et apaisée des responsabilités et des erreurs, prealable a l’elaboration de vraies reformes utiles.
C’est tellement plus simple d’evoquer les « issabet ». Dans ce domaine, plus besoin de specialistes financiers. Tout le monde se retrouve au meme niveau de credibilité: le bac -7 comme le bac + 7.
C’est tellement plus simple et rapide de detruire que de construire. Ce qui a demandé des générations d’effort et de devouement part discredité sous nos yeux sous les qualificatifs de « dabbabet el iqtisad » ou de « dawla amiqa ».
Il est fascinant d’observer la facilité avec laquelle un peuple piégé par la fascination de medias mondiaux interéssés comme FB ou Jazeera, du reste propriétés indirectes du meme donneur d’ordre, se met gaiement a se detruire lui-meme et a se livrer aux neo-colonisateurs en pensant bien faire et chantant victoire.