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Cosmétiques : ces contrefaçons qui finissent sur votre peau

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Par Nadya Jennene

    Un sac de luxe vendu à prix dérisoire dans un souk peut prêter à sourire. Un sérum contrefait appliqué chaque soir sur le visage, beaucoup moins. En Tunisie, la contrefaçon ne se limite plus aux vêtements, aux chaussures ou à la maroquinerie. Elle s’est installée dans l’univers des cosmétiques, du maquillage et des soins de la peau, notamment à travers les réseaux sociaux. Et dans ce marché où l’authenticité est parfois impossible à vérifier, le consommateur peut payer non seulement pour un faux, mais aussi avec sa peau.

    Il suffit de faire défiler quelques pages Facebook ou quelques groupes consacrés à la beauté pour mesurer l’ampleur du phénomène. Sérums anti-âge, crèmes hydratantes, protections solaires, mascaras, fonds de teint, produits de soins coréens… Les références internationales sont omniprésentes. Certaines sont proposées avec des réductions spectaculaires, des « promotions exceptionnelles » ou des prix qui semblent défier toute logique commerciale.

    Le problème n’est pas qu’un produit soit bon marché. Le problème commence lorsque le prix devient incompatible avec le coût réel d’un produit authentique. C’est précisément là que le consommateur devrait s’arrêter.

    Le prix cassé, premier signal d’alarme

    Dans le commerce parallèle, l’argument est toujours séduisant : « déstockage », « promotion », « dernière quantité disponible ». Le vocabulaire commercial permet de donner une apparence parfaitement légitime à une offre qui mérite pourtant d’être examinée de près.

    Prenons le cas des produits de soins coréens, dont la popularité a explosé en Tunisie. Des consommateurs ont récemment signalé, dans des groupes Facebook consacrés aux soins de la peau, des produits présentés comme des références authentiques, notamment de la marque Celimax, mais dont l’aspect, la texture, l’emballage ou les effets suscitaient des interrogations. Ces témoignages ne constituent évidemment pas, à eux seuls, une preuve que les produits concernés sont contrefaits. Ils révèlent cependant un problème plus large : dans la vente informelle en ligne, le consommateur dispose rarement des garanties nécessaires pour établir l’authenticité d’un produit.

    La marque Celimax dispose elle-même d’une boutique officielle en ligne. À titre indicatif, plusieurs sérums affichés sur son site officiel sont proposés autour de 20 à 27 dollars avant certaines promotions.

    Dès lors, lorsqu’une référence vendue officiellement à un certain niveau de prix apparaît en Tunisie à une fraction de cette valeur, il ne faut pas automatiquement conclure à la contrefaçon. Mais il faut poser des questions : d’où vient le produit ? Qui l’a importé ? Par quel circuit ? Est-il authentique ? Est-il correctement conservé ? Le vendeur peut-il fournir une facture ou un justificatif d’achat ? Existe-t-il une traçabilité ?

    Un rabais de 10, 20 ou même 30 % peut être parfaitement légitime. Une réduction extravagante, en revanche, doit pousser à la prudence.

    Car derrière le « bon plan » peut se cacher une marchandise authentique issue d’un circuit parallèle, un produit ancien ou mal conservé, un produit destiné à un autre marché… ou, dans le pire des cas, une imitation.

    Le faux ne ressemble pas toujours au faux

    C’est l’un des pièges les plus redoutables.

    Dans l’imaginaire collectif, une contrefaçon devrait forcément être grossière : logo mal imprimé, carton de mauvaise qualité, fautes d’orthographe, couleur approximative. Or les produits modernes peuvent être suffisamment bien imités pour tromper un consommateur qui ne dispose pas d’un exemplaire authentique à comparer.

    Sur les réseaux sociaux, la situation est encore plus favorable aux vendeurs douteux. Une belle photographie peut être celle du produit original, tandis que l’article effectivement livré est différent. La page peut utiliser le logo de la marque, reprendre ses photographies officielles et publier des commentaires élogieux. Rien de tout cela ne constitue une preuve d’authenticité.

    Le consommateur doit donc apprendre à distinguer l’image du produit de la preuve de son origine.

    Un emballage impeccable n’est pas une garantie. Un code-barres n’est pas, à lui seul, un certificat d’authenticité. Un hologramme peut être copié. Un numéro de lot peut être falsifié. Et une page Facebook qui compte plusieurs milliers d’abonnés n’est pas nécessairement un distributeur officiel.

    Le danger commence lorsque le produit touche la peau

    Pour une fausse paire de chaussures, le préjudice est essentiellement économique. Pour un cosmétique contrefait, la question est différente.

    La composition réelle du produit peut être inconnue. Le consommateur ne sait pas nécessairement quelles matières premières ont été utilisées, dans quelles conditions le produit a été fabriqué, ni s’il a été conservé correctement.

    En Tunisie, l’Agence nationale de l’évaluation des risques (ANER) a déjà documenté des problèmes de conformité dans le secteur cosmétique. Ses travaux sur les teintures capillaires ont notamment relevé des non-conformités analytiques et d’étiquetage, avec une attention particulière portée à la présence de substances potentiellement dangereuses.

    La question ne concerne donc pas uniquement les produits explicitement contrefaits. Un produit cosmétique vendu en dehors d’un circuit contrôlé peut poser problème même lorsque son emballage semble authentique.

    En mars 2026, plusieurs spécialistes ont alerté sur les risques liés à certains excipients et aux produits contrefaits, notamment lorsque des substances interdites peuvent être utilisées sans être mentionnées sur l’emballage.

    Une crème contrefaite peut provoquer une irritation, une réaction allergique ou une inflammation. Le risque dépend évidemment de la substance utilisée et de la manière dont le produit a été fabriqué et conservé. Il serait donc irresponsable de transformer chaque produit acheté sur Facebook en menace sanitaire certaine. Mais il serait tout aussi irresponsable de considérer qu’un cosmétique est inoffensif simplement parce qu’il est présenté dans un joli flacon.

    Facebook : le magasin sans vitrine, sans caisse et parfois sans traçabilité

    La véritable difficulté réside dans le développement d’un commerce numérique qui échappe facilement aux repères traditionnels.

    Une publication apparaît. Une photo attire l’attention. Le prix est alléchant. La vendeuse répond rapidement en message privé. La commande est passée. Le produit arrive quelques heures ou quelques jours plus tard.

    Et après ?

    Le vendeur possède-t-il une adresse commerciale ? Donne-t-il une facture ? Indique-t-il clairement l’origine du produit ? Peut-il présenter un justificatif d’importation ? Accepte-t-il les retours ? Le consommateur connaît-il l’identité juridique de la personne ou de l’entreprise à laquelle il vient de passer commande ?

    Ces questions sont essentielles et certains réflexes peuvent éviter une mauvaise surprise.

    Avant de cliquer sur « commander », il est utile de rechercher le prix du produit sur le site officiel de la marque ou auprès de distributeurs reconnus. Il ne s’agit pas de rechercher une correspondance au centime près, car les frais d’importation, de transport, les taxes et les marges peuvent naturellement faire varier le prix. Mais une différence gigantesque doit déclencher une vérification.

    Une page Facebook n’est pas une identité commerciale. Il faut rechercher le nom de l’entreprise, son adresse, son numéro de téléphone, ses conditions de vente et, surtout, demander une facture. Un vendeur qui refuse systématiquement de communiquer son identité ou de fournir une preuve d’achat mérite une prudence particulière.

    À la réception, comparer l’emballage avec les photographies publiées par la marque. Vérifier la typographie, la qualité de l’impression, les informations réglementaires, la liste des ingrédients, le numéro de lot, les dates et les éventuelles différences de format.

    Mais attention : aucun de ces éléments ne permet à lui seul de certifier l’authenticité. Pour une marque comme Celimax, le site officiel constitue un premier point de comparaison utile : catalogue, formats, noms des références et conditionnements peuvent être vérifiés directement auprès de la marque.

    Le site officiel permet donc de vérifier certains éléments objectifs du produit, mais il faut aussi savoir prendre du recul face aux arguments mis en avant par les vendeurs. « Prix exceptionnel », « liquidation », « -70 % », « dernière chance » : ces expressions sont des arguments commerciaux, pas des preuves d’authenticité. Une offre particulièrement alléchante ne constitue aucune garantie d’authenticité.

    La prudence doit donc s’exercer avant même l’ouverture du flacon : face à un produit dont l’origine ou la composition suscite le moindre doute, le meilleur réflexe reste de ne pas prendre de risque. Car chercher à vérifier soi-même l’authenticité du produit en l’utilisant peut exposer directement la peau à ses éventuels dangers. En cas de réaction inhabituelle après utilisation, il faut interrompre l’usage du produit et demander conseil à un médecin ou à un pharmacien.

    Et si le produit semble faux ?

    Il ne faut surtout pas jeter immédiatement l’emballage et effacer la conversation avec le vendeur.

    Conserver le produit, l’emballage, le reçu ou la preuve de paiement, les captures d’écran de l’annonce, les photographies publiées par le vendeur et les échanges réalisés par messagerie. Ces éléments peuvent être utiles pour établir ce qui a été vendu et dans quelles conditions.

    La Tunisie dispose d’un dispositif de contrôle. Les services compétents du ministère du Commerce peuvent prélever des échantillons et procéder à des contrôles lorsque des produits sont soupçonnés d’être falsifiés, toxiques ou non conformes. En fonction des résultats, des poursuites peuvent être engagées et les produits dangereux peuvent être saisis et détruits.

    La Douane tunisienne dispose également de procédures spécifiques en matière de contrefaçon. Elle peut notamment suspendre le dédouanement de marchandises portant atteinte aux droits de propriété industrielle et procéder, dans certaines circonstances, à une rétention d’office.

    Le meilleur réflexe du consommateur reste donc simple : lorsqu’un produit de beauté coûte étonnamment peu cher, ne pas se demander d’abord combien on va économiser, mais pourquoi personne ne le vend à ce prix ailleurs.

    Parce qu’en matière de cosmétique, une fausse économie peut rapidement devenir une vraie dépense, et parfois un risque que l’on ne voit apparaître qu’après avoir ouvert le pot, déposé le sérum sur sa peau et découvert que, derrière une marque connue, il n’y avait peut-être jamais eu le produit que l’on croyait acheter.

    Nadya Jennene

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    Commentaire

    1. Tunisie, sauve ta peau !

      Répondre
      14 août 2026 | 11h29

      Des contrefaçons cosmétiques incriminées inondantes le marché via poisseuse tartinade de main néoliberale..aux KosmétiKS éKrans Kriminels des QômtrefaSions antidémocratiques et contre revolutionnaires vertement injeKtéées…

      Tunisie, « on veut partout ta peau » !

      Substantiellement.

      https://m.youtube.com/shorts/zvG3iF_4zn4

    Répondre

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