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Zone frontalière tampon : un dispositif sécuritaire reconduit depuis 2013 aux frontières algérienne et libyenne

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Par Sarra Hlaoui

    Une décision présidentielle vient de prolonger d’une année supplémentaire la proclamation de la zone frontalière tampon. Le décret n°2026-206, daté du 12 août 2026, maintient ainsi ce dispositif à compter du 29 août prochain. Une décision qui peut sembler routinière à la lecture du Journal officiel, mais qui renvoie à un dispositif sécuritaire exceptionnel instauré en 2013, dans un contexte marqué par la montée de la menace terroriste et l’instabilité aux frontières tunisiennes.

    Une zone créée en 2013

    La zone frontalière tampon a été officiellement instaurée par l’arrêté républicain n°2013-230 du 29 août 2013, pour une durée initiale d’une année. Le texte avait été pris après des délibérations du Conseil national de sécurité des 19 avril et 20 août 2013.

    À l’époque, la Tunisie faisait face à une dégradation importante de la situation sécuritaire. L’armée était notamment engagée dans des opérations contre des groupes jihadistes retranchés dans les zones montagneuses de l’ouest du pays, alors que les frontières avec l’Algérie et la Libye étaient également confrontées à des risques liés aux trafics et à la circulation d’armes.

    Quelques semaines avant la création de la zone tampon, huit militaires tunisiens avaient été tués dans une embuscade au mont Chaambi, à la frontière avec l’Algérie. Dans le même temps, les autorités avaient multiplié les opérations contre des groupes jihadistes et intercepté des armes en provenance de Libye.

    La création de la zone tampon répondait donc à une logique de contrôle renforcé d’espaces frontaliers particulièrement sensibles.

    Où se trouve cette zone ?

    Contrairement à ce que pourrait laisser penser son appellation, il ne s’agit pas d’une simple bande uniforme longeant l’ensemble des frontières tunisiennes.

    Le dispositif concerne essentiellement les zones désertiques du sud du pays, à proximité des frontières algérienne et libyenne.

    Le texte fondateur identifie trois secteurs principaux.

    Le premier correspond à la partie sud de la zone saharienne tunisienne, comprise entre la ligne reliant Lozrot, Al-Borma et la frontière tuniso-libyenne, puis jusqu’à la frontière tuniso-algérienne et Borj El Khadra.

    Le deuxième couvre une partie du sud-ouest de l’espace saharien, avec une bande longeant la frontière algérienne sur une profondeur de 30 kilomètres, entre Al-Matrouha et Al-Borma.

    Le troisième concerne le sud-est tunisien, à proximité de la frontière libyenne. Il englobe notamment les secteurs autour des points de passage de Ras Jedir et Dhehiba, ainsi que l’espace compris entre la bande frontalière et la route qui lui est presque parallèle entre Ras Jedir et Lozrot.

    Il s’agit donc d’un vaste espace désertique stratégique, situé principalement dans le sud tunisien, aux confins des gouvernorats de Tataouine et Médenine, mais également dans les zones sahariennes du sud-ouest.

    Un accès soumis à autorisation

    L’instauration de cette zone n’implique pas une fermeture totale du territoire concerné. Elle soumet toutefois l’accès à certaines conditions particulières.

    Selon le texte de 2013, l’entrée dans la zone pour des activités professionnelles ou touristiques est soumise à une autorisation du gouverneur territorialement compétent.

    L’entrée et la sortie doivent également s’effectuer par des points déterminés, parmi lesquels Kambout, Al-Kamour, Al-Jbeil et Al-Matrouha, ainsi que par les points de contrôle et de fouille indiqués dans l’autorisation.

    Le dispositif donne en outre aux autorités militaires la possibilité, lorsque la situation l’exige et après information du président de la République, d’interdire l’accès ou la circulation dans tout ou partie de la zone.

    Autrement dit, derrière la notion de « zone tampon » se trouve un régime particulier de contrôle des déplacements, conçu avant tout pour permettre aux forces sécuritaires et militaires de mieux surveiller des territoires particulièrement difficiles d’accès.

    De prorogation en prorogation

    Prévue à l’origine pour une seule année, la mesure n’a jamais véritablement disparu. Elle a été reconduite à plusieurs reprises depuis 2013.

    Une première prorogation est intervenue en 2014, puis le dispositif a été renouvelé successivement en 2015, 2016, 2017 et 2018. En 2020, le décret présidentiel n°2020-73 a encore prolongé la mesure, avant de nouvelles prorogations en 2021, 2022 et 2024.

    La décision annoncée en août 2026 s’inscrit donc dans une continuité désormais longue de treize années.

    Une mesure née du terrorisme, maintenue dans un autre contexte

    En 2013, la menace terroriste constituait l’une des principales justifications du renforcement du contrôle des zones frontalières. La proximité avec la Libye, alors plongée dans une profonde instabilité, constituait parallèlement une source de préoccupations pour les autorités tunisiennes.

    La situation sécuritaire a depuis évolué. Les grandes opérations militaires contre les groupes jihadistes dans les montagnes de l’ouest ont profondément changé la nature de la menace, tandis que la Libye reste un voisinage sécuritaire sensible.

    La prorogation de 2026 pose ainsi une question qui n’est pas directement tranchée par le décret : pour combien de temps encore un dispositif conçu comme une mesure exceptionnelle doit-il rester en vigueur ?

    Le décret du 12 août ne fournit aucune nouvelle justification. Il se contente de prolonger d’une année la proclamation existante et de maintenir, de fait, le cadre fixé par le texte fondateur de 2013.

    Treize ans après sa création, la zone frontalière tampon est donc devenue un dispositif durable du paysage sécuritaire tunisien. Une mesure exceptionnelle à l’origine, mais dont la reconduction annuelle est désormais devenue presque routinière.

    S.H

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    Commentaire

    1. Roberto Di Camerino

      Répondre
      15 août 2026 | 13h37

      Au lieu de decrire les zones, une apres l’autre une simple carte geographique aurait fait mieux pour nous donnner une idee visuelle des sites.

    Répondre

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